dimanche 21 mars 2010

Recep Tayyip Erdoğan, les Arméniens, les Roms et les autres…


Après la reconnaissance du génocide arménien, le 4 mars 2010, par une commission du Congrès américain et, le 11 mars, par le parlement suédois, le début de la semaine qui vient de s’écouler s’annonçait moins mouvementé pour Recep Tayyip Erdoğan, qui, les 16 et 17 mars, se trouvait en déplacement au Royaume-Uni, l’un des Etats-membres qui apporte le soutien le plus constant à la candidature turque à l’Union Européenne. Pourtant, lors d’une interview à la BBC, le 16 mars, loin de chercher à calmer le jeu, le premier ministre turc a relancé les débats sur la question arménienne, d’une façon totalement inattendue. En condamnant les reconnaissances parlementaires américaine et suédoise et celles qui pourraient intervenir ultérieurement, il s’est interrogé en ces termes sur la situation des Arméniens sans papiers qui travaillent actuellement en Turquie : «Il y a 170 000 Arméniens dans mon pays. Parmi ceux-là, 70 000 sont des nationaux, mais nous tolérons les 100 000 autres... Si cela était nécessaire, je pourrais être dans l'obligation de leur dire de retourner dans leur pays. Ce ne sont pas mes concitoyens... Je ne suis pas obligé de les garder ici. »


Ce dérapage verbal a été fort mal accueilli, tant par les ONG que par une large partie de la presse turque. Les éditorialistes, dont un certain nombre entretiennent un contentieux déjà ancien avec le leader de l’AKP, suite à de précédents accrochages, ont vu dans cette nouvelle sortie de Recep Tayyip Erdoğan, au pire un chantage prenant en otage des travailleurs clandestins, au mieux une maladresse susceptible d’alimenter les accusations séculaires contre la Turquie. Les propos du premier ministre ont également mis les officiels de l’AKP dans un réel embarras. Le quotidien «Radikal» a dénoncé, d’ailleurs, dans sa une du 19 mars, le silence assourdissant des membres du gouvernement, en particulier celui du ministre des affaires étrangères, habituellement plus loquace quand l’actualité se déchaine. L’un des seuls à s’exprimer sur la question aura été le président de la République, qui a surtout cherché à atténuer la portée des déclarations de Recep Tayyip Erdoğan, en rappelant que celui-ci avait évoqué ces sans papiers, non parce qu’il songeait réellement à les expulser, mais simplement pour montrer que la Turquie fermait les yeux et qu’elle «n’avait pas de rancune à l’égard des Arméniens»


Il reste que ce nouvel incident verbal illustre, une fois de plus, l’ambiguïté qui n’a cessé d’empreindre l’attitude de l’AKP à l’égard des minorités et communautés distinctes en Turquie. Deux remarques essentielles peuvent être faites à cet égard. En premier lieu, au cours des deux dernières années, le gouvernement a fait une série d’annonces fracassantes. Alévis, Kurdes, Arméniens, Rums, et plus récemment Roms… l’ensemble du spectre qui reflète la diversité religieuse, identitaire et ethnique de ce pays a été l’objet des attentions du parti gouvernemental. De fait, de nombreux projets ont été lancés, mais pour l’instant, force est de constater que le bilan des réalisations est extrêmement mince. Les promesses faites aux alévis n’ont toujours pas été tenues, l’ouverture kurde s’est enlisée, la réouverture du séminaire de Halki butte sur une série de problèmes politiques et techniques… En second lieu, s’il est vrai que des déclarations spectaculaires ont été faites et que leur caractère symbolique ne saurait être minoré, les dérapages verbaux et les raidissements nationalistes sont assez fréquents dans la bouche du premier ministre ou dans celle d’autres responsables de l’AKP. Ce type de propos entame, en tout cas, la crédibilité des ouvertures effectuées, en donnant l’impression que Recep Tayyip Erdoğan et sa formation sont en permanence dans un exercice d’équilibriste qui les voit, d’un côté, vanter la diversité de la Turquie et, de l’autre, ménager un vieux fond de commerce nationalo-populiste.

La semaine passée fut un bon exemple de l’ambiguïté de ce discours, car le premier ministre a successivement adopté toutes ces attitudes contradictoires. La veille de sa déclaration de Londres menaçant les Arméniens sans papiers, Recep Tayyip Erdoğan, évoquant son enfance bercée par la culture tzigane dans le quartier stambouliote de Kasımpaşa, avait rencontré 15 000 Roms, lors d’un meeting à Istanbul, pour annoncer en leur faveur de prochaines mesures sociales. Le 18 mars, au lendemain de sa déclaration de Londres, le premier ministre célébrait le 95e anniversaire de la bataille de Dardanelles, et en profitait à nouveau pour s’exprimer sans nuances sur les reconnaissances parlementaires du génocide arménien, qualifiées de «déclarations irresponsables» et «de décisions injustes» prises par «certains pays ayant fait violence à la nation turque avec des visées impérialistes». Un jour plus tard, Recep Tayyip Erdoğan s’en prenait, cette fois, à la presse, notamment aux médias internationaux accusés d’avoir déformé à desseins ses propos sur les Arméniens sans papiers. En fin de semaine, pourtant, à l’occasion d’un nouveau meeting, tenu cette fois avec des artistes, pour convaincre de la pertinence de son initiative kurde, le premier ministre (photo) a repris une posture plus modérée pour dire que ses propos de Londres avait été mal compris et confirmer qu’il n’avait jamais été question d’expulser des travailleurs arméniens.


Pour certains cette attitude contradictoire, à l’égard des minorités et communautés spécifiques, confirmerait l’absence de sincérité des professions de foi démocratiques et pluralistes de l’AKP, et donc l’existence du fameux «agenda caché» ou de ce que les milieux les plus laïques appellent désormais «la dictature civile». Une telle opinion paraît pourtant bien simpliste. En réalité, il semble que le parti gouvernemental, et particulièrement son premier ministre, soit le fruit d’une dialectique compliquée de comportements et d’opinions. En premier lieu, dans cet ensemble hétérogène, on retrouve la dimension antisystème de l’AKP, qui le conduit à critiquer le centralisme uniformisant kémaliste et à soutenir les communautés victimes de cette conception de l’Etat turc, ne serait-ce que pour mieux mettre en accusation l’establishment politico-militaire et se poser en partisan sincère de la démocratie. En second lieu, on rencontre une tendance totalement opposée, qui voit un parti de gouvernement faire siens les principes traditionnels les plus nationalistes en usage à Ankara pour défendre l’Etat, comme cela a été le cas face aux récentes reconnaissances parlementaires du génocide arménien. En troisième lieu, on est aussi en présence, il ne faut pas l’oublier, d’une formation issue de la mouvance islamiste, ce qui amène son leader à souvent se référer à cette culture politique chère au noyau de sa base électorale, pour adopter une posture assez ottomaniste de défenseur des musulmans de l’intérieur mais aussi de ceux de l’extérieur. Enfin, on doit ajouter la personnalité entière et imprévisible de l’homme de Kasımpaşa, capable d’enthousiasmer les masses par ses propos directs ou par son pragmatisme étonnant, mais aussi de surprendre par ses colères et sa propension s’engager dans des polémiques interminables. À bien des égards, le discours, à première vue contradictoire, du premier ministre, tout au long de cette longue semaine, a probablement une logique qui se nourrit de cette alchimie complexe.
JM

vendredi 19 mars 2010

Pour Lisa Montmayeur, les échanges de population gréco-turcs peuvent être une clé de lecture de la société turque contemporaine.


Lisa Montmayeur (photo) est chercheuse en sociologie, doctorante à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble et à l’Institut Français d’Etudes Anatoliennes (IFEA) d’Istanbul. Elle travaille sur les initiatives de rapprochement entre des villes turques et grecques issues des échanges de population de 1923. Le 4 mars dernier, elle était l’invitée du séminaire sur la Turquie contemporaine de l’OVIPOT. Lors de cet entretien exclusif, Benoît Montabone est revenue avec elle sur les aspects les plus stimulants de sa démarche.


Benoît Montabone : Comment se manifestent les rapprochements entre les villes grecques et les villes turques ? Est-ce une volonté gouvernementale ?
Lisa Montmayeur : Depuis le début des années 1980, on constate que la société civile joue un rôle croissant dans la dynamique de rapprochement gréco-turc, même si les gouvernements continuent d’être des acteurs majeurs des relations bilatérales entre les deux pays. Ces nouveaux acteurs civils ont, par exemple, bénéficié des accords qui ont été adoptées lors du rapprochement établi dans les années 1980 entre Turgut Özal et Andreas Papandréou (appelé «processus de Davos»). Ces accords ont contribué à dynamiser les échanges culturels, économiques et sociaux entre les deux pays. Certaines villes grecques dont les habitants sont originaires de Turquie contribuent fortement à cette nouvelle dynamique en revenant dans leur ville d’origine (en organisant notamment des voyages-pèlerinages). C’est le cas par exemple de Nea Karvali et de Güzelyurt dont les populations ont été échangées en 1924. Les villes co-organisent un festival d’amitié depuis maintenant plusieurs années, à l’occasion de la venue des réfugiés grecs à Güzelyurt (anciennement Gelveri). Les Grecs de Nea Karvali viennent ainsi rencontrer les habitants de Güzelyurt, retrouver les maisons où vivaient leurs parents ou leurs grands parents. D’autres collaborations de ce type existent également entre les îles de la mer Egée et le littoral turc voisin.


BM : Les relations sont-elles réciproques ? La mémoire de la migration s’est-elle développée de la même façon en Grèce et en Turquie ?
LM : Le processus de construction de cette mémoire collective de l’échange est très différent en Grèce et en Turquie. En Grèce, les réfugiés ont très tôt fondé des associations au niveau local. Un centre a également été créé pour recueillir la mémoire des réfugiés (Centre d’études sur l’Asie Mineure) à Athènes. Ces associations locales ont été les vecteurs des premiers rapprochements. Si l’on prend le cas de Güzelyurt-Nea Karvali, on constate que les réfugiés ont commencé, dès la fin des années 40, à retourner dans leur ville d’origine pour de courts séjours. Ces initiatives étaient surtout individuelles et familiales. A partir des années 1980, ces initiatives ont pris un caractère plus structuré, collectif et ont permis le développement d’échanges plus poussés avec les habitants de la ville de Güzelyurt. En Turquie, le processus de redécouverte et de valorisation d’une identité individuelle et collective de réfugiés est un phénomène beaucoup plus tardif. La première fondation de réfugiés, le «Lozan Mubadilleri Vakfi» (La fondation des migrants du Traité de Lausanne), n’a été créée qu’en 2001. Cette fondation fait un important travail de collecte d’archives, qui est difficile après plusieurs décennies d’oubli. Elle organise aussi des voyages-pèlerinages en Grèce depuis quelques années.


BM : La question des biens immobiliers et patrimoniaux doit, par conséquent, être au cœur des ces échanges. Constitue t-elle un point de rapprochement ou d’achoppement entre les différentes communautés ?
LM : C’est effectivement une dimension importante du problème, notamment en ce qui concerne le patrimoine religieux. La question se pose beaucoup plus en Turquie qu’en Grèce, car il subsiste très peu de traces de la présence musulmane en Grèce, alors qu’églises et monastères orthodoxes sont encore très nombreux en Turquie. En Grèce, les mosquées qui n’ont pas été détruites après l’échange ou qui ont pu résister au temps, commencent timidement à être mises en valeur. Elles sont dans la plupart des cas transformées en musées (à Meis, Kavala, par exemple). En Turquie, les monuments religieux orthodoxes ont rarement fait l’objet de destructions, mais ont le plus souvent été laissé à l’abandon. Si certaines églises ont parfois été reconverties en mosquée (les « kilise-camii » de Güzelyurt et Kas), on constate que, dans la majorité des cas, ces églises ne sont plus utilisées comme lieu de culte. Certaines ont été transformées en musée, d’autres ont été rénovées pour permettre aux touristes de les visiter. Beaucoup ne sont plus des lieux de culte. La question du patrimoine architectural est aussi problématique. Le rachat de biens immobiliers par des étrangers, parfois descendants de réfugiés, comme à Ayvalik (en face de l’île grecque de Mytilène), peut être perçu comme une menace pour les habitants de certains villages.


BM : La question des identités individuelles et collectives semble être au cœur de ce processus. Comment est-elle appréciée en Turquie ?
LM : De manière générale, la question de l’échange de population, et plus largement des mouvements de populations à la fin de l’Empire ottoman, est une clé très intéressante pour lire la société turque contemporaine. On assiste, par exemple, à un renouveau du rapport à l’identité, phénomène récent en Turquie, mais qui tend à s’affirmer. Par exemple, l’année dernière, plusieurs membres de la société civile, dont la Fondation pour les réfugiés de Lausanne («Lozan Mubadilleri Vakfi»), ont osé contredire publiquement les propos du Ministre de la Défense Vecdi Gönul qui s’était félicité de l’échange de population (cf. l’article de Lisa Montmayeur dans notre édition du 29 novembre 2008). L’aspect traumatique de l’échange pour les populations concernées, jusque là longtemps resté tabou, commence à être abordé dans la sphère publique par certains acteurs. Ce processus d’affirmation d’une identité de réfugié se manifeste aussi par la redécouverte en Turquie de la musique Rebetiko. Mais dans le même temps, cette affirmation identitaire peut être aussi le fait de logiques nationalistes fortes. Les Grecs pontiques notamment s’estiment victimes d’une politique de nettoyage ethnique et l’ont fait reconnaître par le Parlement grec. Le rapprochement entre descendants de réfugiés peut être ainsi une source de nouveaux conflits entre les deux pays, sur des questions qui restent sensibles.
Propos recueillis par Benoît Montabone

mercredi 17 mars 2010

Turquie : relance de la polémique sur l’existence d’un conflit institutionnel au sommet de l’Etat.


Les récentes déclarations du général Başbuğ sur l’affaire du «plan d’action pour combattre la réaction» (cf. notre édition du 16 mars 2010), ont relancé les polémiques sur l’existence d’un conflit institutionnel au sommet de l’Etat. Lors d’un point de presse, lundi, le chef d’état-major a poursuivi sur sa lancée, en mettant cette fois en exergue un incident ayant opposé récemment la justice et l’armée, pour démontrer la méfiance existant, à l’heure actuelle, entre institutions au sommet de l’Etat. Le 10 mars dernier, en effet, suite à une dénonciation électronique anonyme, la police a arrêté un camion civil rempli de grenades destinées à l’armée. Le e-mail, qui avait informé la police, laissait entendre que ces grenades devaient servir prochainement, au moment de la fête de Nevruz (Newroz), à commettre une série d’attentats dans le sud-est. Deux jours plus tard, le procureur général d’Ankara a finalement fait savoir qu’il n’y avait pas lieu d’ouvrir une enquête, l’armée ayant fourni les explications nécessaires. Ce ratage judiciaire a donc tout de suite été exploité par le général Başbuğ pour «victimiser» l’institution militaire. Selon lui, celle-ci pâtirait de la méfiance de la justice et de la police à son égard. Le chef d’état-major s’est demandé pourquoi les magistrats saisis n’avaient pas cherché à joindre rapidement les autorités militaires en cause, afin d’éclaircir la situation.

Expliquant qu’il n’était pas «dans une logique d’affrontement» avec le gouvernement mais simplement «d’une humeur offensive», le général Başbuğ s’en est prit également à la presse en l’accusant de diffuser des informations erronées qui mériteraient, selon lui, de sérieuses condamnations. Il s’est même mis en colère lorsqu’un journaliste l’a interrogé sur son éventuelle démission, en déclarant notamment : «Vous seriez-vous heureux que je démissionne ? Je vous le dis je servirai jusqu’à la dernière minute de ma mission comme si j’avais encore 100 années devant moi. J’ai porté cet uniforme depuis 50 ans et je me sens encore comme un lieutenant !» Il a enfin exclu l’existence de conflits à l’intérieur de l’armée, notamment entre sa hiérarchie la plus élevée et ses cadres les plus jeunes.

Avant qu’il quitte Ankara pour se rendre au Royaume-Uni, le 16 mars au soir, la presse a interrogé Recep Tayyip Erdoğan sur cette nouvelle charge du général Başbuğ. Évitant la polémique, le premier ministre a estimé qu’il n’y avait pas, actuellement, à son avis, de conflit au sommet de l’État. Il a souhaité que chaque institution respecte le domaine de compétence qui lui est assigné. L’hypothèse d’un conflit institutionnel au sommet de l’Etat est évoquée depuis qu’à la fin de l’année passée, dans le cadre d’une enquête sur une tentative d’assassinat dont aurait été victime le vice-premier ministre, Bülent Arınç, la justice a mené des investigations au sein même des archives les plus sécrètes de l’armée. Cette banale affaire de camion de grenades, bien que rapidement close, confirme en fait, si ce n’est l’existence d’un conflit ouvert permanent, du moins la forte défiance existant entre les différentes institutions concernées (police, armée, justice). Elle relance aussi les supputations sur l’existence de dissensions internes au sein de l’institution militaire qui expliqueraient les fuites ou les dénonciations que l’on relève actuellement, à l’occasion de toutes les affaires où l’armée est mise en cause. La réaction immédiate de l’état-major montre bien, en tout cas, que la polarisation au sommet de l’Etat reste vive et que chaque incident est mis à profit par les différents acteurs pour essayer de gagner du terrain.
JM

mardi 16 mars 2010

Le chef d’état-major persiste et signe.


Lors d’une interview au quotidien «Milliyet», le 14 mars 2010, le chef d’état-major, le général Ilker Başbuğ, a créé la surprise en déclarant qu’il ne savait toujours pas si le document décrivant «le plan d’action contre la réaction» était un vrai ou un faux. Les déclarations du général ont fait sensation car les forces armées, depuis mois de février 2010, sur leur site Internet, semblaient avoir admis l’authenticité du document en question. Le général a rappelé, en outre, qu’un procureur militaire était toujours saisi dans cette affaire et que la justice devrait se prononcer pour établir notamment la culpabilité du colonel Dursun Çiçek, qui fait figure de principal suspect en l’occurrence, puisque sa signature est apposée sur le document.

L’émoi provoqué a été d’autant plus important que cette affaire affecte gravement, depuis près d’un an, les relations de l’armée et du gouvernement. Rappelons qu’elle a commencé avec la publication par le quotidien «Taraf», le 12 juin 2009, d’un document intitulé «plan d’action pour combattre la réaction», qui aurait été soumis à l’état major, en avril 2009. Ce plan aurait consisté à discréditer le gouvernement de l’AKP ainsi que le mouvement de Fetullah Gülen, tout en organisant la défense des militaires impliqués dans l’affaire «Ergenekon». Dès le 15 juin 2009, un procureur militaire avait mis en cause l’authenticité de ce document que la justice militaire avait dénoncé comme un faux. Cela avait conduit, lors d’une conférence de presse le 26 juin 2009, le chef d’état major, flanqué de tous ses adjoints, à défendre solennellement l’institution militaire, et à conclure que la Turquie avait perdu beaucoup de temps et dépensé beaucoup d’argent pour un document qui n’était, selon lui, «qu’un bout de papier». Au même moment, alors qu’une polémique sur le bien-fondé des immixtions politiques de l’armée faisait rage, le Parlement avait voté une très importante réforme du code de procédure pénal destinée à réduire les compétences de la justice militaire et à soumettre les militaires à la justice civile. Le 30 juin 2009, l’un des principaux militaires mis en cause dans cette affaire, le Colonel Dursun Çiçek avait été arrêté avant d’être relâché peu après. Ces multiples rebondissements avaient profondément détérioré les relations entre le gouvernement et l’armée. Le président Gül et des responsables politiques étaient alors intervenus à plusieurs reprises pour essayer de rassurer les militaires.

Un premier retour à la une de l’actualité de l’affaire du «plan d’action pour combattre la réaction» devait s’opérer à la fin du mois d’octobre 2009, un officier de l’état-major dont le nom n’a pas été révélé, ayant envoyé par e-mail, l’original du fameux plan dont l’authenticité était contesté par l’armée. Ce nouveau rebondissement avait bien sûr placé le chef d’état-major dans une position difficile, eu égard aux mots particulièrement durs qu’il avait eus, en juin, à l’égard du document, qualifié de «bout de papier». Face aux protestations provoquées par la publication de l’original du plan, qui s’étaient accompagnées, au demeurant, de la mise en cause directe de 5 officiers supérieurs de l’état major, dont le général, Hasan Iğsız, chef du premier corps d’armée, le chef d’état major, le général Ilker Başbuğ, avait ordonné une nouvelle enquête, le 26 octobre 2009. Mais cette initiative n’avait pas suffi pas à éteindre ce nouvel incendie médiatique qui avait vu la presse allait jusqu’à demander la révocation du chef d’état major. Une certaine accalmie était néanmoins revenue à l’issue d’une rencontre entre le chef d’état-major et le premier ministre, le jour de la fête nationale, le 29 octobre 2009, le gouvernement s’étant curieusement montré modéré et n’ayant pas cherché à mettre l’armée en accusation.

Par la suite, les choses se sont accélérées, comme l’on sait, et cette affaire a été supplantée par de nouvelles mises à jour de complots impliquant l’armée (tentative attentat contre le vice-premier ministre, plan Balyoz…), mais le «plan d’action contre la réaction» a refait surface au mois de janvier à deux occasions. D’une part, l’affaire d’Erzincan, ayant abouti à l’arrestation du procureur Cihaner, a été identifiée par les procureurs saisis sur ce dossier, comme une tentative de mise en application du plan d’action contre la réaction (cf. notre édition du 3 mars 2010). D’autre part, le 21 janvier dernier, la Cour constitutionnelle a annulé la réforme réduisant les compétences de la justice militaire et soumettant les militaires à la justice civile (cf. notre édition du 24 janvier 2010). Cette annulation n’a pourtant pas empêché la justice civile de continuer ses investigations sur les tentatives de coup d’Etat et sur les immixtions de l’armée dans la vie politique…

Certains spécialistes estiment aujourd’hui que les examens répétés du document original du «plan d’action contre la réaction », menés à la demande de l’armée, visent en fait à le dégrader pour pouvoir mettre en cause son authenticité ou tout au moins laisser planer le doute. Il est frappant de voir, en effet, qu’en dépit de la situation difficile dans laquelle elle a été plongée à l’occasion de cette affaire, l’autorité militaire n’a pas abandonné la partie et que le général Başbuğ semble bien décidé à démontrer, contre vents et marées, que le fameux plan n’est rien d’autre «qu’un bout de papier.» Les récentes déclarations du commandant en chef de l’armée turque dans «Milliyet» confirmeraient donc que, depuis la fameuse réunion tripartite (président, premier ministre, chef d’état-major) du 25 février 2010, perçue par les observateurs comme une concession aux protestations de l’état-major qui avaient suivi l’arrestations d’une quarantaine de militaires dans l’affaire Balyoz, l’armée aurait décider de suivre une ligne à nouveau plus offensive. On remarque aussi d’ailleurs que l’état major n’a pas retiré sa confiance au général Saldıray Berk, commandant de la 3ème armée et principal suspect (avec le procureur Cihaner) de l’affaire d’Erzincan. Au début du mois de mars, le général Berk a dirigé les manœuvres d’hiver de l’armée turque à Kars, boudées par les membres concernés du gouvernement (à la différence des années précédentes), mais honorées de la présence du général Başbuğ.
JM

lundi 15 mars 2010

La réforme de la justice enfin sur les rails ?


Lors d’un point de presse international organisé par «Medialog Platform», le 13 mars dernier, le ministre de la justice, Sadullah Ergin (photo), a confirmé le prochain lancement d’une réforme constitutionnelle destinée à réorganiser le pouvoir judiciaire. «Le projet vise à établir une pleine indépendance et une vraie impartialité du pouvoir judiciaire, tout en améliorant substantiellement les compétences professionnelles des magistrats et la confiance de l’opinion publique dans la justice», a déclaré le ministre en estimant qu’il s’agissait d’un objectif sur lequel existait un consensus mais qui ne serait pas facile à atteindre.

C’est surtout sur l’avenir du HSYK (Hakimler ve Savcılar Yüksek Kurulu – Conseil supérieur des juges et des procureurs, équivalent du Conseil supérieur de la Magistrature en France) que ce point de presse a porté, dans la mesure où cette institution, qui est en charge de la carrière des magistrats et en particulier de leurs nominations, est actuellement en conflit ouvert avec le gouvernement. Estimant que l’indépendance du HSYK laissait fortement à désirer, Sadullah Ergin a annoncé que la prochaine réforme concernerait prioritairement le statut de cette instance. Le nombre de ses membres sera augmenté, passant de 7 à 21 (7 étant désignés par le parlement et le gouvernement, tandis que 14 seront élus par les juges et procureurs). Pour justifier sa réforme, le ministre est revenu longuement sur un certain nombre de dysfonctionnements et d’épisodes qui tendraient à prouver l’engagement résolu du HSYK aux côtés de l’establishment, au détriment de l’Etat de droit. Il a rappelé en particulier l’emblématique affaire de «Şemdinli» qui avait débouché, en 2006, sur le dessaisissement du procureur, Ferhat Sarıkaya, qui s’apprêtait à mettre en cause des militaires de haut rang. Pour le ministre, l’affaire de Şemdinli permet de prendre la mesure exacte de la toute-puissance du HSYK et de l’influence permanente que celui-ci exerce sur le fonctionnement de la justice en Turquie. Sadullah Ergin a rappelé, à cet égard, que, l’année dernière, le HSYK avait tenté de dessaisir des procureurs et des juges en charge de l’affaire «Ergenekon» et que, le mois dernier, il avait dépouillé de ses compétences particulières le procureur spécial d’Erzurum qui venait d’ordonner l’arrestation d’un autre procureur, dans la complexe affaire d’Erzincan (cf. notre édition du 3 mars 2010).

Reste pourtant à savoir comment une telle réforme, qui suppose la révision de la Constitution actuelle, peut être conduite. Le ministre a regretté que le projet de Constitution civile, lancé en 2007, par le gouvernement, n’ait pu être mené à bien. Selon lui, ce blocage est la conséquence directe de la procédure de dissolution tentée contre l’AKP, en 2008. Dès lors, le gouvernement serait aujourd’hui contraint de mener «a minima» cette réforme du pouvoir judiciaire, pour répondre aux attentes de l’opinion publique et à celles de l’Union Européenne. Sadullah Ergin a souhaité que les partis d’opposition acceptent de soutenir cette révision de la Constitution, qui requiert pour être votée une majorité renforcée des deux tiers du nombre total des députés, soit 367 voix. Mais il n’a pas exclu le risque d’une annulation de la réforme par la Cour constitutionnelle et le recours à un référendum par le président de la République pour la faire adopter.

Après l’ambition d’une Constitution civile, affirmée au lendemain des élections de 2007 largement gagnée par l’AKP, les projets de réformes constitutionnelles n’ont cessé d’être revus à la baisse. Le dernier en date, qui se limiterait pour l’essentiel au statut du HSYK et à celui de la Cour constitutionnelle, apparaît comme une peau de chagrin au regard des annonces faites antérieurement. Toutefois, il faut bien voir que l’enjeu de cette réforme est tout à fait capital. Au travers du HSYK et des hautes cours (Cour constitutionnelle, Cour de cassation, Conseil d’État) le pouvoir judiciaire reste largement dominé par l’establishment laïque, mais cette emprise est de plus en plus contestée par la montée en force de juges et de procureurs, qui n’ont pas hésité, au cours des deux dernières années, à franchir les lignes rouges du système et à poursuivre notamment des militaires ou des personnes impliqués dans des affaires de complot ou dans les activités de «l’Etat profond». Toutefois, un certain nombre de ces nouveaux magistrats sont suspectés d’être acquis aux thèses et aux objectifs du gouvernement de l’AKP. Certains observateurs estiment plus particulièrement que le mouvement de Fetullah Gülen aurait entrepris, depuis un certain temps déjà, de pénétrer les milieux judiciaires pour transformer la justice turque de l’intérieur. Quoiqu’il en soit, une véritable guerre des juges est en cours et se traduit par plusieurs phénomènes : décisions contradictoires des tribunaux selon leur composition, conflits entre procureurs, affrontements réguliers entre le gouvernement et les hautes cours (Cour constitutionnelle, Cour de cassation, Conseil d’État…). Il faut donc s’attendre à voir le camp laïque jeter toutes ses forces dans la bataille pour empêcher cette tentative de réforme du pouvoir judiciaire projeté par le gouvernement, et défendre en fait les positions les plus solides qu’il conserve dans le système mis en place, à l’origine, par la Constitution de 1982.
JM

dimanche 14 mars 2010

Pour Maya Arakon, la question kurde sera beaucoup plus difficile à résoudre que le conflit en Irlande du Nord.


Maya Arakon, Maître de conférences à l’Université de Yeditepe, est intervenue, le 25 février 2010, à l’Institut Français d’Etudes Anatoliennes d’Istanbul, dans le cadre du séminaire sur la «Turquie contemporaine», sur le thème : «National minorities issues in Turkey and the EU : a comparative analysis around the Northern Irish, the Basque and the Kurdish questions» (La question des minorités nationales en Turquie et l’Union Européenne : une analyse comparative des questions nord-irlandaise, basque et kurde.) À l’issue de sa conférence, Benoît Montabone a prolongé la discussion en revenant sur les aspects les plus importants de son analyse.


Question : L’actualité a été marquée ces derniers mois par un regain de tensions entre le gouvernement et les différentes composantes (politique, sociale etc.) kurdes. La politique d’ouverture kurde de Recep Tayyip Erdoğan a t-elle fait long-feu ?

Cette politique dite d’ouverture n’en est pas vraiment une. L’annonce a été spectaculaire ; trois mois auparavant, rien ne laissait deviner sa mise en place : Recep Tayyip Erdoğan jurait que jamais il ne s’assiérait à la table des négociations avec des terroristes. Cette ouverture kurde a surpris beaucoup de monde. Mais trois mois après, force est de constater que le plan du Premier Ministre était quasiment vide. Il a agi sur la pression des Etats-Unis qui lui ont demandé de stabiliser la région frontalière avec l’Irak. Il a fait des déclarations unilatérales sans consultations préalables, et le fait que l’opposition ait rejeté son plan lui a finalement rendu service car il ne pouvait rien faire concrètement. Cela dit, une chaine de télévision en Kurde, la libération de l’enseignement du kurde, la possibilité de l’ouverture des départements de kurdologie dans les universités, le retour d’un certain nombre de militants kurdes du Nord d’Irak sont des avancées à ne pas négliger.

Question : Est-ce à dire que toute solution politique est impossible dans la résolution du conflit ?

La question kurde est le problème politique le plus important en Turquie. La résolution d’un tel conflit est très difficile et elle sera longue, beaucoup plus longue que la résolution du conflit en Irlande du Nord par exemple. Il passe nécessairement par un changement de Constitution. Aucun premier pas ne peut être fait avec l’article 66 (qui proclame que « Est turc qui est rattaché à la Turquie par des liens de citoyenneté ») car cela revient à nier les diversités ethniques et culturelles en Turquie. Le gouvernement et l’opposition doivent d’abord se mettre d’accord pour rédiger une nouvelle Constitution civile basée sur une égalité de citoyenneté. Ensuite, la difficulté vient du fait qu’il ne s’agit pas d’un problème uniquement politique, mais aussi social. Les sentiments nationalistes de supériorité sont très forts, trop forts mêmes, et sont intériorisés dès les programmes scolaires qui glorifient un passé idéalisé. Pour beaucoup de Turcs, les Kurdes restent séparatistes ; reconnaître les erreurs de l’Etat turc à l’égard des populations kurdes serait un traumatisme sociétal général que personne n’est prêt à assumer pour le moment.

Question : Le PKK pourrait-il faire le premier pas ? Un dépôt des armes est-il envisageable ?

Il n’est en tout cas pas à l’ordre du jour, et en faire un préalable à toute discussion est contre-productif. Pour reprendre l’exemple de l’Irlande du Nord, les avancées réelles ont eu lieu quand Tony Blair a accepté de négocier sans que l’IRA ne dépose les armes. Les négociations ont commencé en 1997, et l’IRA a déposé les armes en 2005, soit 7 ans après. Les groupes armés ont besoin de garanties de la part des gouvernements ; les armes sont leur légitimité et leur moyen de pression, ils ne peuvent pas les abandonner sans contrepartie. D’un autre côté, le PKK est une organisation extrêmement bien structurée et enracinée très profondément dans la région du Sud-Est turc, dans les régions frontalières en Irak et en Iran, mais aussi en Europe. Il finance son activité entre-autres par du trafic de drogue et d’autres marchandises illicites en utilisant ses liens transfrontaliers. La «taxe révolutionnaire» qu’il prélève ne s’impose pas seulement aux paysans de Turquie mais surtout aux émigrés établis en Europe de l’Ouest. De plus, l’autorité de l’Etat n’est pas établie à 100% dans ces régions qui conservent une structure féodale. Le pouvoir est partagé et disputé entre la gendarmerie (jandarma), l’armée turque et le PKK ; les trois organisations tirent ainsi profit d’une certaine rente de situation, sans compter l’institution cancéreuse des Gardes de village (korucu), véritable corps paramilitaire financé par l’Etat turc.

Question : La question kurde revient souvent dans les négociations d’adhésion de la Turquie avec l’Union européenne. L’internationalisation de la question peut-elle être une solution ?

L’Union européenne se montre très hypocrite sur la question. Elle en fait une question centrale, alors que ce n’est pas explicitement dans les critères d’adhésion, bien que celle-ci exige une stabilisation politique. Le Royaume-Uni est entré dans la CEE alors qu’il affrontait de manière violente le problème de l’Irlande du Nord. Le problème existe aussi en France, en Espagne. Bien sûr la Turquie a encore beaucoup de progrès à faire, mais mettre l’accent sur le problème kurde est un double discours déloyal. Ceci dit, l’internationalisation du problème kurde peut être une solution. Le dialogue a repris en Irlande du Nord quand Gerry Adams a été reçu à la Maison Blanche par Bill Clinton. Imaginez la force d’une image montrant Barak Obama recevant Abdullah Öcalan à la Maison Blanche ! Nous n’en sommes pas là ; pour la Turquie, l’Union européenne et les Etats-Unis, Öcalan est un terroriste avec qui on ne peut pas négocier. Mais le statut de terroriste n’est pas figé dans le temps ou dans l’espace. Un terroriste pour un Etat est un combattant de la liberté pour les personnes ou la cause qu’il défend. Yasser Arafat était un terroriste aux yeux du monde entier dans les années 1970. 20 ans plus tard, il est le libérateur de la Palestine et devient le chef officiellement reconnu de l’Autorité palestinienne. Si vous allez à Diyarbakır, ne dites pas qu’Öcalan est un terroriste : là-bas, il est un combattant national pour la liberté. Reste maintenant à savoir qui fera la première vraie concession ; cela risque de prendre encore beaucoup de temps.

Compte-Rendu : Benoît Montabone

jeudi 11 mars 2010

Parution de l'ouvrage dirigé par Nicolas Monceau : Istanbul. Histoire, Promenades, Anthologie & Dictionnaire.




Byzance-Constantinople-Istanbul : cette ville a marqué de son empreinte l’histoire universelle. Berceau de civilisations brillantes, elle fut la capitale de trois empires – romain, byzantin, puis ottoman –, qui ont dominé le monde durant plus de quinze siècles. Cœur de la chrétienté orthodoxe avant d’être centre religieux de l’islam, elle conserve aujourd’hui l’héritage d’un riche passé multiculturel dont témoignent la basilique Sainte-Sophie, la mosquée Bleue ou celle de Soliman le Magnifique.

Des récits orientalistes d’Européens de passage, tel Pierre Loti, aux œuvres réalistes ou intimistes des plus grands romanciers turcs, comme Orhan Pamuk, lauréat du prix Nobel de littérature en 2006, Istanbul a toujours fasciné les écrivains et les artistes. Important foyer de la modernité artistique, elle a été durant des siècles au cœur d’intenses échanges culturels avec l’Europe. Ceci lui vaut son statut de capitale européenne de la culture en 2010.

Cet ouvrage invite à redécouvrir une cité mythique et cosmopolite, à la confluence de l’Europe et de l’Asie, qui marque l’imaginaire occidental. À travers l’histoire, la littérature, le cinéma, l’architecture et les beaux-arts, mais aussi les aspects contemporains et quotidiens, il convie le lecteur à explorer Istanbul, ses lieux emblématiques – du Grand Bazar, de la Corne d’or et du Bosphore majestueux au vibrant quartier de Beyoğlu – et les plus méconnus, comme les faubourgs asiatiques et mystiques d’Üsküdar ou les îles des Princes. Ainsi que l’écrit Daniel Rondeau dans sa préface, Istanbul « reste aujourd’hui une ville-monde ».

Cet ouvrage collectif a été conçu et dirigé par Nicolas Monceau, docteur en science politique, auteur de Générations démocrates : Les élites turques et le pouvoir (Dalloz, 2007), qui a vécu huit ans à Istanbul comme universitaire et chercheur. Il a rassemblé une équipe de douze spécialistes de Byzance-Constantinople-Istanbul qui partagent la même passion et la même connaissance intime de la ville.


Les auteurs : Daniel Rondeau (préface), Jean-Michel Belorgey, Faruk Bilici, Béatrice Caseau, Jean-Claude Cheynet, Frédéric Hitzel, Nicolas Monceau, Timour Muhidine, Jean-François Pérouse, Catherine Pinguet, Pierre Pinon, Alain Quella-Villéger, Alain Servantie, Stéphane Yerasimos.

Architecture de l’ouvrage : Composé de textes inédits, l’ouvrage Istanbul comporte quatre grandes parties :

1- Une Histoire de la ville retrace la richesse et la complexité de vingt siècles de l’ancienne capitale des Empires romain, byzantin et ottoman jusqu’à l’Istanbul républicain d’aujourd’hui, devenu une mégapole tentaculaire et cosmopolite
2- Quatorze Promenades à dominante culturelle, littéraire et historique entraînent ensuite le lecteur dans les dédales infinis de la ville pour en dévoiler les secrets
3- Une Anthologie présente un panorama de la littérature ottomane et turque, d’une richesse et d’une diversité souvent méconnues en France, des témoins oculaires des grands événements historiques et des auteurs étrangers qui ont arpenté Istanbul à ses différentes périodes historiques
4- Un Dictionnaire contenant plus de cinq cents entrées offre un autre regard sur la ville, plus subjectif et complet, en abordant tant ses aspects incontournables que ses facettes moins connues

Istanbul. Histoire, Promenades, Anthologie & Dictionnaire
Sous la direction de Nicolas Monceau, Paris, Robert Laffont, coll. Bouquins, 2010, 1440 p.