samedi 12 mai 2007

Les « Loups gris » de Sakarya en festival


Mardi 1er mai. Deuxième jour du festival annuel de l’Université de Sakarya, sur le campus d’Adapazarı, ville de 300 000 habitants à 150 km à l’Est d’Istanbul. Ce soir, deux concerts sont prévus. Mais la programmation n’a pas fait le plein. Sur les 40 000 étudiants que compte l’Université, seul un petit millier a fait le déplacement. Pourtant, les étudiants Idéalistes (Ülkücü) du MHP (Parti du mouvement national), eux, ont répondu présent. Pour cause, l’un des chanteurs de la soirée, Zafer Isleyen, fait lui aussi partie de l’organisation de jeunesse nationaliste.

Depuis la fin de l’après midi, les jeunes nationalistes se retrouvent autour de la tente du conseil des étudiants, organisateur du concert de Zafer Isleyen. Il faut dire que la quasi totalité de ses élus sont eux aussi des nationalistes. Un « conseil aux mains des Idéalistes », selon les propos de l’un d’entre eux. Les principaux cadres du « foyer de l’Idéal » (nom donné à l’organisation) de Sakarya arrivent un à un sous la tente. C’est bientôt au tour du chanteur de s’installer sous les drapeaux rouge et blanc accrochés aux parois de la tente ottomane.

Le premier concert commence à quelques pas de là. Pas de quoi détourner cependant la plupart des Idéalistes du chemin du « foyer provisoire » installé sur le campus, selon certains. On boit du thé, on danse et on discute. De tout et de rien. De politique. Tayyip Erdogan a annoncé quelques heures auparavant la tenue d’élections parlementaires anticipées…Mais l’heure n’est pas à la préparation de la campagne. Pour l’instant, on commente seulement les évènements, en spectateur. Et, même si le parti qu’ils soutiennent tous, peut très difficilement remporter les prochaines élections, la satisfaction est là : l’ennemi numéro 1 des Idéalistes, l’AKP (parti de la justice et du developpement) au pouvoir, vient d’essuyer un sérieux revers…

Il est 21h30. Les jeunes nationalistes, se décident enfin à rejoindre la scène pour « escorter » leur chanteur. La première chanson donne le ton. Son titre : « Çannakale » (« Dardanelles »). Un des lieux les plus mythiques pour les Idéalistes. Celui de la bataille sanglante menée par Mustafa Kemal en 1915, alors que la Turquie était engagée aux côtés de l’armée allemande.

Au bout de cinq minutes de concert, une dizaine d’étudiants clament déjà « Türkiye ! Türkiye !». Le chanteur, cheveux longs, costume noir, joue la modération. « Attendez un peu, si vous commencez maintenant, on ne pourra plus vous arrêter ! ». Il ne croit pas si bien dire. S’enchaînent les chansons, aux textes tous plus orientés les uns que les autres… Et les slogans repris en cœur par des étudiants qui donnent de plus en plus de voix.

L’un d’entre eux lève sa main en l’air, majeur et annulaire collés contre le pouce, les deux autres doigts pointés vers le ciel. Le signe des « Loups gris », bientôt repris par une trentaine de mains levées en l’air sous les clameurs. « Bozkurt ! » (« Loup gris »). Les dirigeants du foyer de l’Idéal de Sakarya, en bons lieutenants, se tiennent en retrait. Ils observent, silencieux.

Les Idéalistes sont désormais regroupés et dansent à l’avant de la scène. Les autres étudiants ne semblent pas dérangés, ni même surpris. Une « Asena » (nom tiré de la mythologie et donné aux jeunes filles Idéalistes) monte sur scène, suivie rapidement d’une demi douzaine d’étudiants. Les filles ne sont pas nombreuses dans le mouvement, environ 15%. On les voit rarement. Elles sont séparées des garçons, islam oblige. Et elles doivent se contenter d’un seul local pour toute la province de Sakarya. Mais ce soir, elles sont présentes et se font entendre…

« Je dédie cette chanson à notre armée pour son combat permanent au service de notre patrie (« Vatan ») » Zafer Isleyen s’adresse un instant aux officiers de la Gendarmerie, présents sur le campus, ce soir-là, pour assurer la sécurité. Car les heurts sont fréquents dans ce genre de manifestation. « Mais nous ne provoquons jamais la bagarre… » se dédouane Ali, pourtant amateur de sport de combat. Ce soir là, il n’y aura cependant pas d’incidents.

Il est 23h30, la fin du concert approche. Il ne reste quasiment plus que des Idéalistes, une soixantaine, au bord de la scène. La piste de Karting non loin de là semble avoir plus de succès. L’occasion pour le chanteur de réciter quelques vers empruntés à Alparslan Turkes, fondateur du parti et de son mouvement de jeunesse en 1968, alors que le pays était en proie à des violences quotidiennes, sur fond d’affrontement entre les deux Blocs.

Le public est acquis. Le succès assuré. Les jeunes nationalistes scandent désormais un de leurs slogans favoris : « Nous sommes tous les soldats d’Alparslan Turke_ ! » puis « Basbu (ndrl Alparslan Türkes), tu es le souffle de la Turquie. » Près de quarante ans après la création du mouvement nationaliste, les mentalités ont évolué, le climat s’est apaisé mais la ferveur reste intacte…« Nous voulons la paix mais nous restons prêts pour défendre notre patrie quelque soit la menace. Un seul ordre de Devlet Bahçeli (leader actuel du MHP) et nous y allons ! », confiait Ibrahim, un Idéaliste, quelques heures avant le concert.

Le concert s’achève. Les sourires se lisent sur les visages. Sur la scène, une poignée d’Idéalistes prennent des photos, fiers d’avoir réussi à emballer le concert. Et fiers d’avoir clamer leur Idéal au sein de leur université.

Pierrick Bonno.

7 commentaires:

1/2KL a dit…

De la graine de fasciste pure et dure...

Alper a dit…

Depuis que je lis le blog de l'OVİPOT (environ 1 mois) c'est la premiere fois que je suis deçu par un article qui y figure. Sans parler de la forme, le fond est vide : on nous raconte minute par minute un concert de jeunes nationalistes ou il ne se passe rien si ce n'est quelques phrases par-ci par la a connotations...effectivement nationalistes, ce qui n'a rien d'etonnant dans un concert de ce genre. Qu'il ne m'en veuille pas mais on sent que l'auteur de cet article est loin d'avoir autant de connaissances de la Turquie que "JM" par exemple.

Anonyme a dit…

Je dois dire que je suis assez d'accord avec Alper concernant cet article, somme toute assez décevant. Les reportages du blog n'ont d'intérêt que s'ils s'accompagnent d'une analyse de fond et concernent une actualité "brulante" en Turquie, mais non pas lorsqu'il s'agit d'une description vaguement journalistique. Si l'intérêt tenait au fait que de jeunes Loups gris étaient présents à ce concert, c'est un peu léger. Si l'on commence à faire des articles sur les concerts de loups gris, les kermesses islamistes, les repas alévis, les balades à vélo kémalistes, les soirée télvisin Kurde, on risque effectivement de ne pas manquer de sujet d'informations...

tankdehauteville a dit…

Excellent article!L'auteur fait une description réussie de ce concert.Cela sans y ajouter les jugements de valeurs attendus et conformistes...

jeffelturco a dit…

Excellent article en effet : écrire autant et avec tant de platitude sur un non évènement est en effet une performance remarquable. Je suis moi meme étonné de ce que je considère être une "erreur de parcours" de ce site. Allez aux otogar en cette période de départs pour le service militaire et vous verrez des scènes bien plus frappantes que ce petit concert. Quant aux jugements de valeurs ils ne risquaient en effet pas d'être présents sur un article qui s'abstient autant de tout effort d'analyse.

Anonyme a dit…

je ne trouve pas tres gentil le fait de dire autant de mal de cet article. L'auteur a tres certainement fais de sont mieux. İl a effectivement fait un recit tres detaille d'un concert, dont le but etais de montrer que les nationalistes turcs etaient aussi des jeunes et savaient aussi s'amuser je pense. Arretons de vouloir une analyse la ou il n'y a pas a en avoir. C'est un article avant tout divertissant. Je tenais egalement a dire que c'est visiblement plus facile de critiquer les mauvais articles que de laisser des comentaires sur les articles d'analyse. Je n'ais exemple pas vu beaucoup de gens reagir aux articles sur les elections presidentielles turques ou sur les autres sujets serieux.

pariggi a dit…

D'accord sur tout avec Fabien Collet et Gaby. Même si les autres n'avaient pas non plus complètement tord ;-)...J'irai même plus loin pour reprendre les termes de Juliesince62 : donnez-nous plus d'articles encore sur "les concerts de loups gris, les kermesses islamistes, les repas alévis, les balades à vélo kémalistes, les soirée télvisin Kurde" et que sais-j encore !!! Je me régale déjà :-)