lundi 13 août 2007

Istanbul, capitale éphémère de la mer Noire


Le 25 juin dernier, Istanbul a accueilli le quinzième sommet annuel de l’organisation de Coopération Economique de la Mer Noire (CEMN). Chaque Etat membre y était représenté par son chef d’Etat ou de gouvernement, à l’exception de l’Arménie qui avait choisi de n’envoyer que son ministre des Affaires étrangères. Il s’agissait d’un sommet symbolique puisqu’il intervenait quinze ans jour pour jour après la réunion des chefs d’Etat des onze pays fondateurs qui lancèrent le processus qui devait aboutir à la création de cette organisation. Au départ, simple forum informel regroupant les six pays riverains de la mer Noire (Turquie, Bulgarie, Roumanie, Ukraine, Russie et Géorgie) ainsi que d’autres pays proches (Grèce, Albanie, Moldavie, Arménie et Azerbaïdjan), la CEMN ne s’est véritablement transformée en organisation régionale qu’après la ratification de sa Charte en 1999. En 2001, elle s’est élargie à la Yougoslavie (devenue maintenant la seule Serbie depuis l’indépendance du Monténégro). Elle dispose aujourd’hui de plusieurs institutions : un secrétariat permanent, une assemblée parlementaire, une banque de développement, un centre d'affaires, un centre d'études statistiques ainsi qu’un centre de recherche.
La Turquie qui a été à l’initiative de cette organisation, pendant la présidence de Turgut Özal, en 1992, a toujours bénéficié d’une position privilégiée en son sein. Symboliquement, le secrétariat permanent et l’Assemblée parlementaire ont tous les deux leurs bureaux sur les rives du Bosphore (Istiniye pour le premier et Besiktas pour la seconde). Un centre de commerce de la CEMN devrait voir le jour à Bursa.
Dans cette région minée par des “conflits gelés”, la coopération, essentiellement économique, n’atteint une dimension politique que dans la mesure où elle favorise la construction de liens de confiance entre les différents Etats. La CEMN a été conçue, d’une part, avec comme objectif premier, la libre-circulation des biens et des personnes, mais aussi, d’autre part, avec l’idée de promouvoir une coopération dans des domaines aussi variés que l’énergie, les transports, les télécommunications, l’agriculture, l’environnement, la lutte contre le terrorisme et le crime organisé. Un autre objectif, dont l’importance se confirme de plus en plus, est le rapprochement avec l’Union Européenne (UE).

Renforcement de la coopération, réformes et rapprochement avec l’UE

Le sommet de juin dernier a repris à son compte la plupart de ces objectifs. Conformément aux grandes orientations de la présidence turque actuelle, il s’est ainsi surtout concentré sur les questions de coopération en matière de transport, d’énergie et de commerce, tout en se déclarant très attentif aux problèmes environnementaux et aux initiatives de lutte contre le terrorrisme et le crime organisé.
Les participants ont fait savoir qu’ils étaient décidés à concrétiser au plus vite les deux grands projets d’infrastructures de transport : d’une part, les “autoroutes de la mer” (c’est-à-dire la création ou le renforcement des liaisons maritimes entre les ports de la zone tant pour le transport du fret que pour celui des passagers), d’autre part, la “boucle autoroutière” (c’est-à-dire le gigantesque projet d’autoroute de 7500 km qui doit longer l’ensemble du littoral de la mer Noire).
Le président russe Vladimir Poutine a rappelé son désir de coordonner les stratégies des Etats membres en matière énergétique et de les rapprocher en bâtissant un véritable réseau en la matière. Ce faisant, on peut penser qu’il cherchait surtout à contrer la stratégie énergétique de l’UE qui est à la recherche d’une diversification de ses fournisseurs et de ses routes d’approvisionnement. Cette stratégie, on le sait, vise entre autres à briser le quasi-monopole de la Russie tant en matière de pétrole que de gaz naturel.
Bien que la Turquie insiste depuis longtemps pour que des efforts soient faits en termes de libération des échanges économiques, le sommet s’est contenté de rappeler qu’il était très attaché à cet objectif mais qu’il fallait attendre que tous les membres de la CEMN aient intégré l’Organisation Mondiale du Commerce pour pouvoir véritablement avancer.
Le sommet a honoré ses promesses quant à l’objectif si cher à la Turquie de rapprochement institutionnel avec l’UE. Cette dernière jouit désormais d’un statut d’observateur permanent au sein de la CEMN. Ce nouveau statut de l’UE fait écho à la réponse de la Commission européenne aux “avances” répétées de la CEMN qui a pris, en avril dernier, la forme d’une communication intitulée “Black Sea Synergy”. La Commission y reconnaît que la CEMN a un rôle à jouer dans le cadre de sa “politique de voisinage” (“Neighbourhood Policy”). L’UE était représentée par Günter Verheugen, vice-président de la Commission. La France, qui a, elle aussi, rang d’observateur, était représentée par Jean-Christophe Peaucelle, son Consul général à Istanbul. À l’instar des sommets précédents, le Quai d’Orsay, plutôt que de confier le suivi des affaires relatives à la CEMN à une personne ou à un service spécifique, avait donc choisi de dépêcher son diplomate le plus proche. C’est peut-être le signe que l’importance de cette organisation n’est pas encore totalement acquise pour la diplomatie française. Or, la géopolitique de la région est en train de changer puisque trois pays de l’UE (Grèce, Bulgarie et Roumanie) sont désormais membres de la CEMN et, si demain la Bulgarie et la Roumanie devaient faire partie de l’espace Schengen, la France se retrouverait en quelque sorte riveraine de la mer Noire...
À l’issue du sommet, Léonidas Chrysanthopoulos, secrétaire général de la CEMN, s’est réjoui que cette rencontre ait confirmé l’inflexion de l’organisation vers une « approche par projets » Cette nouvelle approche dans la gestion des projets de coopération est une des mesures censées donner une impulsion renouvelée à cette organisation un temps moribonde. Elle consiste à définir comme règle de fonctionnement une approche privilégiant la coopération sectorielle et visant des objectifs atteignables, à plus ou moins court terme. Les participants ont par ailleurs réitéré leur soutien à l’idée d’un processus de réforme qui doterait l’organisation de plus de pouvoirs contraignants vis-à-vis des Etats membres dans les secteurs jugés prioritaires.

Laborieuses tentatives de réconciliation et jeux d’alliances

Kosovo, Haut-Karabagh, Ossétie du Sud, Abkhazie, Tchétchénie, Transnistrie... Il peut sembler étonnant que dans une région minée par des “conflits gelés” à l’actualité néanmoins plus que brûlante, la déclaration finale du sommet se borne à “souligner le besoin de les régler le plus rapidement possible, en se fondant sur les normes et principes du droit international” (traduction de l’auteur). Malgré les demandes ukrainiennes dans ce sens, réitérées au cours de la rencontre, il n’est pas question, pour certains pays et en particulier pour la Russie, que la CEMN endosse une fonction politique de règlement de ce type de conflits, qui constituent pourtant autant de freins à la coopération régionale.
Les lueurs d’espoir ne sont pas venues de la Serbie ou de l’Albanie, qui ont toutes deux choisi de camper sur leurs positions à propos du Kosovo. Ni de l’Azerbaïdjan qui, comme à son habitude, a demandé à l’Arménie de mettre fin à son occupation du Haut-Karabagh. L’attention s’est plutôt concentrée sur un événement assez exceptionnel : la rencontre entre Abdullah Gül, le ministre des Affaires étrangères turcs et son homologue arménien, en marge du sommet. Le chef de la diplomatie arménienne, Vartan Oskanian, a demandé à la Turquie de rouvrir sa frontière (fermée depuis 1993 suite à la guerre dans le Haut-Karabagh) afin d’entamer un dialogue et de renouer des liens diplomatiques entre leurs deux pays. Quant aux responsables russes et géorgiens, ils ont nié les rumeurs journalistiques d’une avancée dans l’affaire de l’Ossétie du Sud, région géorgienne que Moscou soutient dans sa lutte séparatiste.
Le sommet a aussi été l’ocasion de rappeler que la zone de la mer Noire est une arène où s’affrontent des puissances régionales voire mondiales. Il semblerait à ce propos que, lors du sommet, la Turquie et la Russie aient fait converger leurs positions pour contrer les volontés américaines d’étendre leur influence en mer Noire. La Russie ne souhaite pas voir les Etats-Unis pénétrer trop en avant dans ses anciennes dépendances que sa diplomatie considère comme son “étranger proche”. Quant aux Turcs ils considèrent que les projets américains d’une flotte sous commandement de l’OTAN, qui patrouillerait sur la mer Noire ne répondent a aucun besoin réel puisqu’il existe déja deux structures multinationales de forces navales dans la zone. Ankara craint surtout que les Américains ne tentent d’assouplir à leur profit le régime issu de la convention de Montreux (1936) auquel la République turque reste très attachée. En effet, tout en confiant la souveraineté des Détroits (Bosphore et Dardanelles) à la Turquie, celui-ci interdit, entre autres restrictions, aux forces navales d’un pays non-riverain de séjourner plus de 21 jours sur la mer Noire. Cette inquiétude convergeante de Moscou et d’Ankara quant à la présence américaine en mer Noire explique la constitution, pendant le sommet, d’un front commun turco-russe, qui s’en est pris à la Roumanie. Forte de son nouveau statut de membre de l’UE, la Roumanie entend jouer de plus en plus un rôle de puissance régionale. Signataire du traité de l’Atlantique Nord, elle est surtout perçue désormais comme le cheval de Troie de Washington, qui soutient son initiative de Forum de la mer Noire, un réseau informel qui regroupe les pays de la CEMN à l’exception de ses deux membres les plus à l’Ouest, la Serbie et l’Albanie. Bien que cette nouvelle instance soit, pour les Turcs, une organisation rivale de la CEMN, Bucarest a insisté jusqu’au dernier moment pour qu’il en soit fait mention dans la déclaration du sommet anniversaire, avant de finalement de renoncer à cette exigence sous la pression conjointe de Moscou et d’Ankara.
La prochaine rencontre d’envergure se tiendra à Ankara cette fois-ci : il s’agira de la dix-septième réunion des ministres des Affaires étrangères, prévue pour le 25 octobre. Pour plus suivre l’évolution de cette organisation en plein essor, ne manquez pas de consulter le site web de la CEMN : www.bsec-organization.org .

Alban des Grottes

vendredi 10 août 2007

Köksal Toptan plébiscité à la Présidence de la Grande Assemblée Nationale


Le député AKP de Zonguldak, Köksal Toptan, a été élu, le 9 août 2007, Président de la Grande Assemblée Nationale, le Parlement turc. Il avait été désigné la veille candidat du parti majoritaire à cette fonction mais il a aussi reçu par la suite le soutien du CHP, du DSP, du DTP et de quelques indépendants. De fait, Köksal Toptan a rassemblé 450 voix sur sa personne, ce qui lui a permis d’être élu dès le premier tour face à un candidat présenté par le MHP, Tunca Toskay, qui n’a obtenu que 74 voix.

Au terme de son article 94, en effet, la Constitution turque actuelle prévoit que, pour être élu au premier ou au deuxième tour de scrutin, un candidat doit obtenir les deux tiers des voix du Parlement qui en compte 550. Il s’agit donc d’une procédure comparable à celle qui prévaut pour l’élection du Président de la République puisque, de surcroît, au troisième tour, la majorité simple suffit et qu’un éventuel quatrième tour ne concerne que les deux candidats ayant obtenu le plus de voix au tour précédent. Curieusement en Turquie, le mandat du Président de l’Assemblée et de son bureau ne correspond pas à la durée de la législature. En fait, le Parlement élit une première fois ses instances présidentielles pour 2 ans et le cas échéant les reconduit (ou en élit d’autres) pour le reste de la législature (3 ans).

Agé de 64 ans, originaire de la Mer noire, Köksal Toptan, qui siège au Parlement depuis 1977, est considéré comme une personnalité modérée et expérimentée. Avocat de formation, il vient du Centre droit, ayant appartenu antérieurement au Parti de la Justice (Adalet Partisi) et au Parti de la Juste Voie (Dogru Yol Partisi). Il a été ministre d’Etat du gouvernement Demirel renversé par le coup d’Etat de 1980, ministre de l’Education dans le gouvernement Demirel/Inönü, de 1991 à 1993, et ministre de la Culture dans le gouvernement de Tansu Çiller, en 1995. « Last but not the least », son épouse n’est pas voilée.

Köksal Toptan succède ainsi à Bülent Arinç, une personnalité beaucoup moins consensuelle issue de la mouvance islamiste qui a été l’un des principaux protagonistes des échanges verbaux et des conflits qui ont opposé le gouvernement au « camp laïque » depuis le début de l’année 2007. Bülent Arinç avait publiquement annoncé, le 7 août 2007, qu’il ne se représentait pas.

L’élection de Köksal Toptan reflète incontestablement la volonté de consensus qu’a manifestée Recep Tayyip Erdogan depuis la fin de la campagne électorale. Elle montre aussi l’ascendant que le Premier Ministre, grand vainqueur des législatives, a pris sur son propre parti face notamment à la tendance idéologique emmenée par Bülent Arinç. Reste à savoir si cet esprit de consensus va aussi prévaloir pour l’élection du Président de la République et si le Premier Ministre pourra agir avec « son frère » Abdullah Gül, comme il vient de le faire avec Bülent Arinç.

jeudi 9 août 2007

Et de sept !


Un de nos lecteurs nous l’a tout de suite signalé, Muhsin Yazicioglu, le leader du BBP (Büyük Birlik Partisi – Parti de la Grande Union) élu « bagimsiz » à Sivas vient de réintégrer sa formation d’origine. Il y a donc un septième parti représenté au Parlement.

Parti d’extrême droite ultranationaliste et religieux, le BBP a été impliqué dans l’enquête sur l’assassinat de Hrant Dink puisque plusieurs des responsables de sa Section de Trabzon (provisoirement fermée) ont été arrêtés et auditionnés. Il s’appuie notamment sur une idéologie fortement inspirée par la synthèse turco-islamiste et largement dominée par une victimisation permanente pointant du doigt les « menaces » qui mettraient en péril la Turquie contemporaine. Au premier rang des « menaces » dénoncées, figurent notamment les minorités chrétiennes, en particulier les Arméniens. L’organisation de jeunesse de ce parti, les « Alperen Oçaklari », s’était illustrée au moment de la visite du Pape à Istanbul, en décembre 2006, en entrant par surprise dans le musée de Sainte-Sophie pour y faire symboliquement la prière.

Avec cette nouvelle affiliation partisane, la composition de la Grande Assemblée Nationale, qui s’apprête à élire son Président, est donc la suivante : 341 AKP, 99 CHP, 70 MHP, 20 DTP, 13 DSP, 1 ÖDP, 1 BBP, 4 Indépendants, 1 siège vacant. Toutefois, seuls quatre groupes parlementaires (AKP, CHP, MHP, DTP) ont pu être constitués à ce jour puisque, selon la Constitution (art. 95), il faut au moins 20 députés pour former un tel groupe.

mercredi 8 août 2007

Un sixième parti au Parlement


Il s’agit d’un exercice traditionnel au lendemain d’une élection générale en Turquie : des députés élus sous les couleurs d’un parti changent d’étiquette, voire en prenne une, si ce sont des élus indépendants. L’exercice peut se poursuivre d’ailleurs tout au long d’une législature. Cela explique, par exemple, que, dans le dernier Parlement, des partis comme l’ANAP ou le DYP, qui n’avaient eu aucun élu aux élections de novembre 2002, aient pu avoir quelques représentants…

Toutefois, au cours des dernières législatives, ce jeu des chaises musicales est devenue une véritable stratégie mise en œuvre pour permettre à certains partis de contourner la fameuse « barre » des 10% au niveau national qui est nécessaire pour obtenir une représentation au Parlement. Ainsi, lors du scrutin du 22 juillet 2007, seules trois formations avaient franchi ce barrage : l’AKP (Adalet ve Kalkinma Partisi – Parti de la Justice et du développement), le CHP (Cumhuriyet Halk Partisi – Parti Républicain du Peuple) et le MHP (Milliyetçi Hareket Partisi – Parti du Mouvement Nationaliste). Mais, au sein des candidats indépendants élus, 20 « indépendants-dépendants » ont rallié, comme cela était prévisible, le parti kurde DTP (Demokratik Toplum Partisi – Le Parti pour une société démocratique) et ont pu former un groupe, tandis que 13 parlementaires issus du DSP (Demokratik Sol Parti – Parti de la Gauche démocratique), élus sur les listes du CHP à la suite d’une alliance électorale conclue entre les deux partis, ont rejoint leur formation d’origine. Avec ces deux nouvelles affiliations partisanes, le nouveau Parlement dénombrait ainsi 5 formations politiques en son sein. Désormais, l’assemblée en compte une sixième puisque le député indépendant, Ufuk Uras, a annoncé son ralliement à l’ÖDP (Özgürlük ve Dayanisma Partisi – Parti de la Liberté et de la Solidarité).

Là, encore cette nouvelle n’est pas réellement une surprise puisque ce parlementaire, élu dans la première circonscription d’Istanbul, est en fait l’ancien président de l’ÖDP dont il avait démissionné avant les élections pour pouvoir se présenter comme candidat indépendant. Ce ralliement est ainsi, pour lui, le point d’orgue d’un processus qui a porté ses fruits. Ufuk Uras expliquait d’ailleurs avant les élections : « Nous aurions dû adopter cette stratégie depuis des années ». Il entendait par là : se faire élire en tant qu’indépendant et réintégrer ensuite son parti, permettant ainsi à celui-ci d’avoir une représentation au Parlement aussi modeste soit-elle. Pourtant, l’élection de ce professeur d’Economie de 48 ans, vieux routier de l’extrême gauche turque, s’explique aussi et surtout par le fait que, dans sa circonscription, il a obtenu le précieux soutien des Kurdes du DTP. Cela, à la différence de Baskin Oran, un autre indépendant, candidat dans la 2ème circonscription d’Istanbul, qui avait défrayé la chronique et polarisé l’attention des médias, mais qui avait vu le DTP présenter un candidat contre lui, un contretemps qui a probablement été fatal à cet universitaire connu pour avoir rendu un rapport controversé sur les minorités. Ce rapport, en effet, lui avait valu d’être inculpé sur la base de l’article 301 alors même qu’il avait été réalisé à la demande du gouvernement.

En tout état de cause, au terme de cette ultime affiliation, ce nouveau Parlement, où plus de 80% des électeurs qui ont voté le 22 juillet sont représentés, se colore encore un peu plus. Il compte actuellement 549 députés (un député du MHP étant décédé accidentellement au lendemain des élections) qui se répartissent comme suit : 341 AKP, 99 CHP, 70 MHP, 20 DTP, 13 DSP, 1 ÖDP, 5 Indépendants.

Poignée de main historique au Parlement !



La Grande Assemblée Nationale de Turquie s’est réunie le 4 août pour la traditionnelle cérémonie de prestation de serment des députés. C’était la première fois que le nouveau parlement tenait séance depuis que les élections législatives anticipées du 22 juillet qui ont vu la large victoire de l’AKP et la défaite du CHP.

Pourtant, lors de cette cérémonie, ce ne sont pas ces deux partis rivaux qui ont tenu le devant de la scène mais les nouvelles formations qui ont réussi à être représentées, en particulier, le Parti du Mouvement Nationaliste MHP et les Kurdes du Parti pour une Société Démocratique (DTP). À la surprise générale, en effet, les leaders des deux formations, Devlet Bahçeli (MHP) et Ahmet Türk (DTP) se sont serrés la main tandis que d’autres députés de leurs formations respectives accomplissaient ostensiblement le même geste devant les caméras. Ce sont, en fait, les députés du DTP qui sont allés vers leurs collègues du MHP et leur président, Ahmet Türk, a commenté par la suite cette démarche en déclarant : « Nous sommes tous des députés. Nous pouvons bien sûr avoir des opinions différentes mais nous allons tous travailler sous le même toit. Nous sommes des personnes civilisées et nous devons avoir des relations entre nous. Nous voulons soutenir un processus de paix et de démocratie dans un esprit de conciliation et de dialogue. C’est dans cet état d’esprit que nous abordons la mission de parlementaire qui nous a été confié. »

La prestation de serment des députés kurdes nouvellement élus était attendue non sans une angoisse teintée de catastrophisme par les médias. Le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, avait même évoqué de possibles affrontements physiques entre les représentants des deux formations. Devlet Bahçeli n’avait-t-il pas, au cours de la campagne électorale, reproché au gouvernement de l’AKP de n’avoir pas pendu Öcalan (le leader du PKK dont la condamnation à mort a été commuée en réclusion criminelle à perpétuité) en se proposant de le faire lui-même tout en exhibant une corde pour mieux prouver sa détermination ! Mais surtout tout le monde avait en tête le précédent de 1991. À l’issue des législatives tenues cette année-là, en effet, des députés kurdes élus sur les listes du SHP (Parti Social-Démocrate Populiste créé après le coup d’Etat de 1980 par Erdal Inönü, qui a repris le nom de CHP en 1993) et portant un bandeau aux couleurs kurdes, avaient voulu adresser un message en kurde de la tribune du Parlement, au moment de leur prestation de serment. Cette initiative avait fait scandale et entraîné la lourde condamnation (15 ans d’emprisonnement), en 1994, de 4 des députés en question dont Leila Zana qui deviendra l’égérie de la résistance politique kurde et ne sera libérée qu’en 2004. Tout le monde a donc retenu son souffle lorsque Ayla Akat Ata, la première députée kurde à prêter serment est montée à la tribune. Mais, tout s’est passé normalement cette fois-ci. Cette parlementaire élue à Batman a prononcé son serment en turc en n’ajoutant aucun commentaire en kurde. Tous ses collègues ont fait de même et se sont vus applaudis par les parlementaires du MHP.

Certes, le bon déroulement de cette cérémonie ne suffit pas bien sûr à dire qu’une nouvelle ère a commencé mais elle aura révélé au moins deux phénomènes de première importance. En premier lieu, les nouveaux élus (et en particulier les Kurdes) ont affiché une plus forte maturité politique. Fini le temps des propos et des gestes spectaculaires destinés à faire connaître une cause, il s’agit désormais de devenir une force politique à part entière susceptible d’animer la démocratie turque et de la faire progresser. En second lieu, la nouvelle assemblée est un collège beaucoup plus diversifié et intéressant que le précédent qui risque de restaurer et d’accroître la place du Parlement dans le système, en devenant un lieu de débat de première importance pour la démocratisation en cours.

En tout état de cause, cette atmosphère, dans l’ensemble plutôt constructive, alors même que certains prédisaient déjà un drame, est de bon augure dans la perspective des échéances délicates que va devoir affronter le système : élection du Président de l’Assemblée, élection du Président de la République, réformes constitutionnelles…

lundi 6 août 2007

Pour Faruk Bilici, les relations turco-arabes ne sont pas si mauvaises.


Au moment où, après sa victoire, l’un des premiers soucis de Recep Tayyip Erdogan semble être de relancer la candidature turque à l’Union Européenne, nous publions la seconde partie de l’interview de Faruk Bilici sur les relations turco-arabes. Réalisée le 5 juillet dernier à Istanbul, la première partie de cette interview, publiée dans notre édition du 13 juillet 2007, portait essentiellement sur les relations turco-européennes à l’époque ottomane.
Historien « ottomaniste » et « ottomanisant », Faruk Bilici est actuellement Professeur à l’INALCO, l’Institut Nationale des Langues et Civilisations Orientales, mieux connu sous le nom de « Langues O ». Il a été également chercheur à l’IFEA, au début des années 90, et maître de conférences en détachement à l’Université de Marmara (Istanbul), par la suite. Il revient régulièrement en Turquie pour y conduire ses recherches et vient de traduire «Macédoine 1900 », un recueil de nouvelles d’un auteur de l’époque ottomane, Necati Cumali, qui a été publié dans la collection « Bibliothèque turque » chez « Actes Sud » (2007). Rappelons que cette collection qui est actuellement dirigée par Pierre Chuvin (le directeur de l’IFEA) et Faruk Bilici, lui-même, a été créée par feu Stéphane Yerasimos, qui fut directeur de l’IFEA, de 1994 à 1999.

Question : Faruk Bilici, vous venez de nous expliquer que les équilibres qui se sont dégagés en Europe jusqu’au 20ème siècle ont étroitement impliqué les Turcs, quel bilan peut-on faire de la période ottomane pour le monde arabe ?
Il faut rappeler que l’historiographie a eu tendance à considérer pendant longtemps la présence ottomane dans le monde arabe comme une parenthèse noire. Cette idée reçue a été mise à mal par l’école d’historiographie d’Aix-en-Provence composée d’historiens du monde arabe et non « d’ottomanistes ». Par des études de terrains minutieuses sur le sujet, ils ont prouvé que le monde arabe s’est développé économiquement, culturellement, démographiquement sous l’influence ottomane. Il y a eu bien entendu des régions du monde arabe privilégiées par les Ottomans, notamment l’Egypte pour sa richesse et pour sa position à cheval sur deux continents, et la Syrie.
Question : Si la période ottomane a été une période de développement, une période positive, comment expliquer les relations traditionnellement difficiles des Turcs avec le monde arabe ?
D’abord, il est vrai que le monde arabe n’a pas été, avant Abdul Hamid II, associé à la vie politique de l’Empire. Pour les raisons évoquées précédemment (cf. notre édition du 13 juillet 2007), le personnel politique ottoman était essentiellement recruté parmi les non-musulmans, les sujets arabes de l’Empire étant musulmans ne pouvaient être recrutés comme des esclaves et être formés à la Cour et dans les armées ottomanes. Les Ottomans ont plutôt insisté sur la culture et la religion dans leurs relations avec le monde arabe, notamment en privilégiant les études arabes dans leurs écoles (medrese). Le corps religieux était largement arabisant, le recrutement dans le monde arabe était essentiellement religieux. Le 19ème siècle, particulièrement, le règne d’Abdul Hamid II, a changé radicalement cette donne dans la mesure où l’Empire ottoman est devenu alors territorialement un empire musulman et qu’il fallait donc, pour maintenir la cohésion de cet empire, attacher une plus grande importance à sa partie arabe, notamment en recrutant plus de dignitaires dans le monde arabe. À partir de cette époque, l’Empire a donc commencé à accorder au monde arabe une importance capitale car l’islam devenait une sorte ciment unificateur face aux impérialismes occidentaux. C’était peut-être trop tard…
Question : Et vous pensez qu’aujourd’hui c’est définitivement trop tard ? Comment voyez-vous les relations de la Turquie avec le monde arabe, à l’heure actuelle ?
En fait, après les relations difficiles que l’on a connues, notamment au début de la Guerre froide, il y a eu une période plutôt favorable, en particulier après le débarquement de l’armée turque à Chypre en 1974 où une véritable prise de conscience de l’importance des relations avec le monde arabe s’est manifestée. À partir de 1969, la Turquie a été « membre-observateur » de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) puis, à partir de 1974, elle en est devenue un membre à part entière très actif. Depuis 2004, c’est d’ailleurs un Turc (le Professeur Ekmeleddin Ihsanoglu) qui est le secrétaire général de l’OCI dont la Turquie abrite certaines instances, comme le Centre de recherche sur l’histoire, l’art et la culture islamique (à Istanbul) et le Centre d’entraînement et de recherche statistique, économique et social des pays islamiques (à Ankara). Vous voyez, en fait, que la Turquie s’implique dans le fonctionnement et le rayonnement de cette organisation. On ne peut donc pas dire que la Turquie n’entretient pas de relations avec les pays islamiques même si, évidemment, c’est plutôt avec l’arrivée au pouvoir de partis à coloration islamique que ces relations se sont développées. Mais aujourd’hui, aucun homme politique ne peut envisager une seconde de se passer de ces relations étroites avec le monde arabe et islamique. La question palestinienne reste au centre du problème : il est clair que la Turquie a soutenu la création de l’État d’Israël parce qu’elle fait partie des pactes occidentaux et que les Etats-Unis comme l’Europe soutenaient la création de cet État. En contrepartie, Ankara a toujours œuvré pour qu’un État palestinien voit le jour, certes plus activement à certaines périodes qu’à d’autres, mais sans jamais renoncer à cette idée. Le monde arabe voit la Turquie comme un atout, au même titre d’ailleurs que le monde turcophone asiatique. Chaque fois que la Turquie a des négociations avec une région, elle fait valoir sa relation avec l’Europe. Ainsi, avec le monde arabe, il ne s’agit pas de créer une organisation régionale mais de jouer un rôle de pont, comme elle peut le faire avec l’Asie centrale ou avec la zone de coopération économique de la mer Noire. En somme, l’idée de « pomme rouge » (cf. notre édition du 13 juillet 2007) revient constamment dans les relations de la Turquie avec ses voisins puisque celles-ci sont considérées par eux comme le moyen d’avoir un accès à l’Europe. Un autre problème, c’est que la Turquie n’a pas encore assez de potentiel de vente de produits manufacturés au monde arabe même si je constate que les échanges avec le monde arabe ont été multipliés par dix depuis les années 1970 et que la Turquie est parfaitement présente aujourd’hui dans tous les marchés du Moyen-Orient. Inversement, les capitaux arabes sont extrêmement présents par le biais des banques islamiques mais aussi par le biais d’un certain nombre d’investissements : à ma connaissance, Türk Telecom a été acheté par un groupe libanais et, alors que plusieurs banques ont fait faillite, les banques islamiques continuent à exercer leurs activités sur le marché turc. Donc, je ne pense pas qu’aujourd’hui les relations turco-arabes soient si mauvaises.
Question : Est-ce que le monde arabe est prêt à développer ses relations avec la Turquie ?
En fait, dans le monde arabe, il y a de multiples attitudes. Une partie du monde arabe considère que ce qui se passe en Turquie, que l’expérience turque en somme, est une expérience qui doit être suivie sur le plan du développement politique, de la laïcité, de l’ouverture et même sur le plan économique. C’est un modèle que le monde arabe doit suivre. On rejoint ici la fameuse question qu’on se pose depuis le 18ème siècle : est-ce que l’islam est compatible avec le développement et le progrès ? La Turquie constitue en elle-même une sorte de réponse positive à cette question. Elle est, en ce sens là, un modèle pour un certain nombre de pays arabes car elle montre que l’on peut devenir laïques tout en restant musulmans, développer un pays sur le plan économique tout en restant musulmans, développer le capitalisme tout en restant musulmans, voire devenir un pays européen (c’est en tout cas ce à quoi prétend la Turquie) tout en restant musulmans.
D’autres groupes, plus fondamentalistes, les « Frères musulmans », par exemple, considèrent que les islamistes turcs réussissent à s’intégrer au monde politique alors qu’eux, notamment les « Frères musulmans », restent exclus du jeu politique. Et il est vrai que les islamistes turcs ont réussi à être considérés comme un véritable partenaire politique, et pas comme un partenaire toujours dans l’opposition qui ne fait que critiquer le régime ou le combattre. L’expérience islamiste turque, en ce sens, est considérée par un certain nombre de groupes politiques dans les pays arabes comme un exemple positif. Pour eux, les Turcs ont pu intégrer l’islam dans le jeu politique sans remettre en cause un certain nombre de fondamentaux (l’État de droit, la possibilité de faire des lois en dehors de la Charia, etc…). Moi c’est comme ça que je le vois, et je crois même que le monde arabe attend avec beaucoup d’impatience l’intégration de la Turquie dans l’Union Européenne, pour que la Turquie joue effectivement son rôle de pont vers l’Union Européenne. Rappelons-nous que c’est la Turquie qui a créé avec l’Espagne un pôle de dialogue entre les deux civilisations chrétienne et musulmane. Elle représente en quelque sorte une vision pacifique de l’islam pour l’Union Européenne et peut permettre de développer en Occident une image autre de l’islam que celle du terrorisme.
Question : Vous nous avez montré les multiples relations et connexions qui sont celles de la Turquie et qui découlent de sa longue histoire, en particulier de son histoire ottomane, mais est-ce que le problème de ce pays, ce n’est pas finalement qu’il possède trop d’atouts qui finissent par se neutraliser ?
Je croyais que la question me serait posée dans un autre sens. Puisque la Turquie a beaucoup d’atouts, qu’est ce que l’Union Européenne va gagner précisément en intégrant ce pays ? Ces multiples atouts et connexions, c’est justement, à mon avis, ce qui rend intéressante la position de la Turquie. Ce n’est pas un pays simple. La position géographique, géopolitique mais aussi la position culturelle de la Turquie en font réellement un pays de contrastes : ce n’est pas une position facile mais c’est justement ce qui est passionnant. La Turquie se retrouve réellement entre trois mondes : l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie. Elle en tire des atouts, mais il y a aussi des inconvénients. Elle est aux portes de conflits sérieux. Pourtant, ne dramatise-t-on pas un peu trop ces périls. Vous n’avez pas remarqué que lorsque l’on parle de l’élargissement à la Turquie, on évoque toujours ses voisins syrien, irakien ou iranien et qu’on occulte les autres : l’Arménie, la Géorgie ou la Grèce… Le fait d’avoir un pied au Moyen-Orient ne facilite pas les choses effectivement mais un pays doit faire avec ses atouts et ses inconvénients…
Propos recueillis et mis en forme par Jean Marcou et Marine Copin.

mercredi 1 août 2007

Rien de nouveau pour l’Etat major mais…


Lundi 30 juillet, le Général Yasar Büyükanit, s’est exprimé, pour la première fois depuis les élections législatives anticipées qui ont vu la large victoire de l’AKP. Faisant référence à la conférence de presse qu’il avait tenue le 12 avril et lors de laquelle il avait évoqué, dans la perspective de la prochaine l’élection présidentielle, le profil du candidat acceptable par les Forces armées, le chef d’Etat major a déclaré que pour lui rien n’était changé et que le futur Président devait être une personnalité ayant un attachement démontré pour la laïcité. Rappelons que cet attachement, pour les Forces armées, concerne aussi et surtout l’épineuse question de la coiffure de l’épouse du futur président, les militaires excluant absolument que celle-ci soit voilée. « Nous avons dit, ce que nous avons dit avec conviction, le point de vue des Forces armées ne va pas changer pas tous les jours ! », a conclu le Général.

Dans la perspective de l’élection présidentielle, qui doit se tenir dans les semaines qui viennent, la déclaration du Chef d’Etat Major est un indicateur important. En effet, bien que Recep Tayyip Erdogan ait laissé entendre à la fin de la campagne électorale qu’il pourrait accepter un candidat de compromis, Abdullah Gül a redit, le 25 juillet, que les électeurs qui ont massivement voté pour l’AKP lors des élections législatives ne comprendraient pas qu’il retire sa candidature à la présidentielle. Le leader de l’AKP n’a pas démenti formellement son ministre des Affaires étrangères mais il ne l’a pas expressément approuvé non plus. Le CHP, pour sa part, a rappelé son hostilité à la candidature de Gül et a redit qu’il boycotterait le scrutin si elle était maintenue. Pourtant, les autres forces politiques représentées au Parlement n’ont pas suivi le parti kémaliste. Le lendemain, Devlet Bahçeli, le leader du MHP, nouvellement représenté au Parlement avec 70 sièges, a déclaré qu’il participerait lui au premier tour de la présidentielle même si Abdullah Gül y est candidat tandis que les nouveaux députés kurdes annonçaient eux-aussi leur intention d’être présents lors du scrutin.

Formellement donc, les obstacles institutionnels à la candidature de Gül sont levés. Reste à savoir ce qu’il va advenir. Depuis une dizaine de jours, en fait, on a l’impression que les principaux protagonistes de l’élection présidentielle à venir campent sur leurs positions. Cela ne veut pas dire que l’on s’achemine nécessairement vers une reprise de la crise. En réalité, la grande interrogation actuellement est de savoir de quel poids dispose encore l’armée dans le fonctionnement du système politique. Dépossédée par les réformes réalisées dans la perspective de l’intégration européenne d’une forte partie des pouvoirs nominaux que lui donnait la Constitution de 1982 initialement, en particulier de ceux dont elle disposait à l’égard du gouvernement par l’intermédiaire du Conseil de Sécurité Nationale (CSN), l’armée a compensé son affaiblissement par une active propension à s’exprimer sur tous les sujets en cours qu’ils relèvent de la politique intérieure ou de la politique extérieure du pays, usant en quelque sorte de la parole comme d’une forme de pouvoir de dissuasion avec l’intention de voir le gouvernement de l’AKP prendre en compte son point de vue. Cette attitude a culminé, au soir du premier tour de l’élection présidentielle,le 27 avril, avec le e-memorendum que les forces armées ont placé sur leur site Internet pour décrire un certain nombres d’atteintes récentes à la laïcité et rappeler leur détermination à veiller à ce que les principes fondamentaux de la République laïque soient respectées. Mais, après l’écrasante victoire de l’AKP aux élections législatives le 22 juillet, que le Président de l’Assemblée nationale sortante, Bülent Arinç a d’ailleurs décrite comme un « memorendum du peuple » répondant au e-memorendum du 27 avril, que reste-t-il du pouvoir de dissuasion de l’armée ? Telle est bien la question qui se pose aujourd’hui.
JM