samedi 19 mai 2007

Pour Ahmet Kuyas, « la Turquie vit actuellement une des périodes les plus importantes de son Histoire. »


« Écrire ensemble l’Histoire : enseignement de l’Histoire et manuels scolaires en Europe », tel est le thème des journées d’études organisées, les 18 et 19 mai 2007, par l’Institut Français d’Etudes Anatoliennes (IFEA) en collaboration avec le Lycée Notre-Dame de Sion et l’Orient-Institut d’Istanbul. Lors de la première journée qui s’est tenue au Lycée Notre-Dame de Sion, c’est notamment de l’enseignement de l’Histoire turque dont il a été question avec deux auteurs de manuels récemment publiés et remarqués en Turquie : Ahmet Kuyas qui a dirigé la réalisation du manuel d’Histoire sponsorisé par la TÜSIAD (L’Association des hommes d’affaires et des industriels turcs) et Faruk Alpkaya qui est l’un des auteurs du manuel du « Tarih Vakfi » (la Fondation pour l’Histoire).
Derrière le débat sur l’enseignement de l’Histoire pointent vite des enjeux politiques. Pour Ahmet Kuyas, le manuel de la TUSIAD présente deux nouveautés de taille. En premier lieu, il couvre une période qui va de la Seconde guerre mondiale aux années 90 alors même que l’Histoire contemporaine enseignée dans le secondaire turc s’arrête le plus souvent à la disparition de Mustafa Kemal Atatürk en 1938. En second lieu, il intègre l’Histoire nationale turque dans l’Histoire du monde rompant avec des traditions nombrilistes souvent dénoncées. Pour sa part, Faruk Alpkaya a expliqué que l’un des problèmes les plus complexes de la rédaction de tels manuels scolaires est le traitement des problèmes sensibles d’une Histoire nationale, comme par exemple la question kurde en Turquie.
À la fin de cette première journée qui a vu aussi deux représentants de l’EHESS, Pierre Monnet et Alain Delissen, évoquer respectivement « le genèse du manuel franco-allemand Nathan-Klett » et « le manuel commun Chine-Corée-Japon », l’OVIPOT a poursuivi la discussion avec Ahmet Kuyas et vous livre ci-dessous les meilleurs passages de cet échange.

Question : Pourquoi l’Histoire est-elle un enjeu politique aussi important en Turquie depuis une vingtaine d’années ?
Parce qu’avec la démocratisation de la Turquie, je veux dire très concrètement le retour au parlementarisme après le coup d’Etat de 1980, on a eu tendance à réinterpréter l’Histoire. Et cela d’autant plus que la société turque a connu de nouveaux problèmes comme le problème kurde, le problème arménien ou le problème de l’identité nationale lié à la candidature turque à l’Union européenne formulée par l’ex-Président Özal. De fait, au cours des deux dernières décennies, les Turcs ont commencé à se poser des questions sur leur passé et bien entendu comme toute réinterprétation historique, celle-ci a eu aussi des prolongements politiques. Sur ce type de problème, les milieux officiels se sont sentis mis en cause et les débats historiques ont en fait rejoint des débats politiques en cours. Car « l’establishment » ne veut pas entendre parler d’une réinterprétation de l’Histoire qui toucherait à un certain nombre de tabous.

Question : Il y a donc encore des tabous dans l’Histoire turque ?
Ahmet Kuyas : Oui bien sûr, d’abord cette idée que la République turque a empruntée à la République française, à savoir qu’elle est une et indivisible. La question kurde, qui a suscité des idées de fédération ou des projets éducatifs dans une autre langue que le turc, est également un tabou. Il y a aussi la question arménienne qui est un tabou, sans doute pas autant qu’elle a pu l’être par le passé, mais quand même ce genre de sujet dérange parce qu’il tend à remettre en cause tout un continuum de pensée qui commence à être inculqué au citoyen turc dès l’école primaire. S’il faut citer d’autres tabous, comment nier qu’Atatürk ou la Guerre d’indépendance le soient encore à bien des égards. Lorsqu’on explique, par exemple, que les pertes de cette guerre ont été inférieures à celles de la bataille de Gallipoli, il y a des gens qui se vexent parce que cela ne se dit pas. Toutefois je pense que si la production historique se poursuit au même rythme, on va probablement se libérer de telles préventions.

Question : Justement est-ce que les choses ne sont pas en train d’évoluer ?
Ahmet Kuyas : Certainement les Turcs ont beaucoup changé ces dernières années. Certes, ces transformations, il faut bien le dire, ne touchent pas encore la majorité d’entre eux mais une bonne partie ont changé leur vision du passé et commence à se poser des questions. Cela est un signe de bonne santé sociale. Toutefois, il faut voir aussi que ces changements provoquent des réactions. Ces réactions peuvent être violentes car il y a des milieux qui n’acceptent pas que l’on touche à un passé qui a été conçu comme un catéchisme et qui sont prêts pour le préserver à recourir à des moyens extrêmes, comme on l’a vu, avec le meurtre de Hrant Dink en janvier dernier ou plus récemment encore avec le massacre des chrétiens de Malatya.

Question : En dépit de ce nouvel extrémisme nationalo-islamiste auquel vous faites allusion, n’y a-t-il pas en Turquie une certaine stabilisation politique. Tout le monde s’est intégré au système même les islamistes, non ?
Ahmet Kuyas : Votre discours est un peu optimiste car l’arrivée des islamistes au coeur des institutions politiques a contribué à banaliser leurs idées dans le système et il faut bien voir que les islamistes amènent aussi avec eux leurs tabous, leur mythologie et leur Histoire. Cette Histoire peut être erronée et amplifiée par une culture de la « martyrisation ». Le mythe du martyr de l’islam pendant la période républicaine, ce genre de victimisation qui se développe actuellement est aussi un tabou à dépasser par l’historien. Je dis souvent à mes étudiants de se demander comment les années 50 et le coup d’Etat de 1960 peuvent être étudiés au département de Science politique de l’Université Adnan Menderes. Les islamistes voient en Adnan Menderes un martyr parce que c’est lui qui, le premier, a commencé à donner à l’islam politique une visibilité et qu’il a certes été exécuté après le coup d’Etat de 1960. Mais, plus on examine les années 50, en particulier en s’intéressant aux libertés publiques, plus l’on s’aperçoit que la Turquie était loin d’être alors un pays démocratique. Donc il faut mener des analyses rigoureuses et éviter de remplacer les anciens tabous par de nouveaux tabous. Or, il y a de milieux qui aujourd’hui ne veulent pas du débat sur l’Histoire parce qu’il est porteur de liberté. En tout état de cause, les milieux les plus conservateurs n’aiment pas débattre, ils préfèrent le respect de la norme préétablie et pour tout dire la soumission. Mais, en fin de compte, je suis assez optimiste parce que le Turc, ce n’est plus un pauvre petit paysan illettré. L’urbanisation de la société turque tourne autour de 70% de nos jours. Les Turcs sont beaucoup plus difficilement gouvernables et toutes les difficultés politiques auxquelles on assiste ces derniers temps sont les symptômes d’une mutation sociale de fond.

Question : Cette période est-elle un tournant qui vous en rappelle d’autres dans l’Histoire turque ?
Ahmet Kuyas : Je pense qu’actuellement la Turquie vit une des périodes les plus importantes de son Histoire. Et l’ampleur des débats sur l’Histoire auxquels on assiste me rappelle ceux qui ont eu lieu entre historiens au début du XXème siècle, moment où justement une nouvelle vision du passé ottoman a préparé le terrain à la fondation de cet Etat nation que nous appelons la Turquie aujourd’hui. Vous retrouvez en effet la teneur de ces débats historiques dans les discours politiques des fondateurs de la République comme Mustafa Kemal. C’est un peu au même phénomène que nous assistons aujourd’hui même si bien sûr le contenu des débats et des discours est totalement différent.

Propos recueillis par JM le 18 mai 2007

lundi 14 mai 2007

De Çaglayan à Izmir : pression laïque sur fond de recomposition partisane


Et de trois ! En l’espace d’un mois les adversaires de l’AKP peuvent se vanter d’avoir réussi trois manifestations d’une ampleur tout à fait exceptionnelle dans les trois plus grandes villes de Turquie. Après Ankara, le 14 avril, Istanbul, le 29 avril, Izmir, le 13 mai, a été le théâtre d’un rassemblement de près d’un million de personnes.
Une fois de plus les jeunes femmes ont été en première ligne de l’événement. Mais avec le beau temps, les minijupes rouges tendaient à supplanter le jean moulant qui était encore de rigueur, à Çaglayan, il y a 15 jours.
Il faut dire que le contexte politique a changé lui aussi. À Ankara, il s’agissait de dissuader Recep Tayyip Erdogan de se présenter, à Istanbul, il s’agissait de protester contre la candidature d’Abdullah Gül, à Izmir, à côté du désormais traditionnel« La Turquie est laïque et elle le restera » apparaissaient de nouveaux mots d’ordre appelant notamment les partis de gauche (CHP et DSP) à s’unir. « Unissez-vous ou demain il sera trop tard ! » chantaient avec conviction les manifestants et surtout les manifestantes.
Les protagonistes de cette union tant désirée n’étaient d’ailleurs pas loin. Ainsi, si Deniz Baykal n’a fait qu’une courte apparition sur les lieux, Zeki Sezer, le leader du DSP, Murat Karayalcin, le leader du SHP et Dogu Perincek, le leader du petit parti d’extrême gauche IP, ont vraiment participé à l’événement. Des rumeurs avaient même laissé entendre que l’alliance du CHP et DSP pourrait être annoncée lors de la manifestation, une « gauchisation » qui a fait fuir les nationalistes du MHP, dénonçant en l’occurrence une politisation du mouvement qui n’était bien sûr pas de leur goût. Il ne faut pourtant pas exagérer cette « gauchisation ». À cet égard, révélatrice sur la nature de la mobilisation du camp laïque aura été aussi la présence inhabituelle de nombreuses organisations patronales. On se souvient que le grand patronat turc, de neutre dans la crise présidentielle turque avait évolué, à la veille de la tenue de l’élection, vers des positions plus engagées, en conseillant notamment à Recep Tayyip Erdogan de ne pas se présenter.
Il est certes vrai que l’heure est à la recomposition du paysage politique et social turc. Le Centre droit a ouvert la voie en mettant un projet d’union à son ordre du jour depuis plusieurs mois. Bien peu croyaient au départ à la pertinence de ce projet tant les leaders successifs des deux formations concernées s’étaient distingués par leurs haines tenaces. L’annonce des élections législatives anticipées aura sans doute libéré les énergies. L’ANAP et le DYP sont ainsi en train de fusionner. Mais la nouvelle étiquette, qui a leur faveur et qui prétend reprendre une enseigne légendaire, celle du « Parti démocrate », est tombée sur os ! La marque vient en effet d’être déposée par un inconnu. Est-ce par hasard ou à dessein ? Quoiqu’il en soit, en France comme en Turquie, observons qu’il est difficile, en ces temps de bouleversements politiques, de créer un parti démocrate ! François Bayrou, confronté à un obstacle similaire, a dû se résoudre à créer un « mouvement démocrate », les centristes turcs devront-ils passer eux aussi du « parti » au « mouvement » ou bien choisir de jouer les refondateurs en optant pour un titre du genre « nouveau parti démocrate » ? Affaire à suivre…
En attendant, il est probable que la pression populaire laïque va se poursuivre. Il est assez frappant de voir que, depuis le 23 avril, jour de la traditionnelle fête de la jeunesse, les drapeaux turcs flottent aux fenêtres en bien des endroits et ne sont pas retournés dans les placards… De surcroît, de nombreuses fêtes ou cérémonies sont, pour des associations ou des fondations l’occasion, d’arborer allègrement l’emblème national, le plus souvent en compagnie de portraits de Mustafa Kemal, comme à la grande époque ! Sans doute, cette stratégie a-t-elle été payante au cours du mois qui vient de s’écouler mais elle pourrait aussi légitimer en retour des manifestations d’une tout autre nature. En atteste, le premier meeting de masse tenu par Recep Tayyip Erdogan, il y a quelques jours, dans l’Est du pays qui a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes. Jusqu’à présent l’AKP, qui jouait la carte de la légalité, a voulu respecter le calendrier prévu en appelant au déroulement normal d’un processus électoral présidentiel impliquant, selon la Constitution, les institutions et non le peuple. Mais, dès lors que l’on entre dans une campagne pour des élections générales, il n’est pas interdit de penser que l’AKP puisse, à son tour procéder à des démonstrations de force comparables, à ceci près que le turban y remplacera sans doute la minijupe !
Que les vendeurs de drapeaux turcs se rassurent pourtant, leur avenir semble assuré. Lors du dernier meeting de l’AKP, nombre de commentateurs avertis n’ont pas manqué de relever que, pour la première fois, le drapeau national y supplantait nettement l’oriflamme du parti et sa fameuse ampoule ! Bonsoir Monsieur Edison !

samedi 12 mai 2007

Les « Loups gris » de Sakarya en festival


Mardi 1er mai. Deuxième jour du festival annuel de l’Université de Sakarya, sur le campus d’Adapazarı, ville de 300 000 habitants à 150 km à l’Est d’Istanbul. Ce soir, deux concerts sont prévus. Mais la programmation n’a pas fait le plein. Sur les 40 000 étudiants que compte l’Université, seul un petit millier a fait le déplacement. Pourtant, les étudiants Idéalistes (Ülkücü) du MHP (Parti du mouvement national), eux, ont répondu présent. Pour cause, l’un des chanteurs de la soirée, Zafer Isleyen, fait lui aussi partie de l’organisation de jeunesse nationaliste.

Depuis la fin de l’après midi, les jeunes nationalistes se retrouvent autour de la tente du conseil des étudiants, organisateur du concert de Zafer Isleyen. Il faut dire que la quasi totalité de ses élus sont eux aussi des nationalistes. Un « conseil aux mains des Idéalistes », selon les propos de l’un d’entre eux. Les principaux cadres du « foyer de l’Idéal » (nom donné à l’organisation) de Sakarya arrivent un à un sous la tente. C’est bientôt au tour du chanteur de s’installer sous les drapeaux rouge et blanc accrochés aux parois de la tente ottomane.

Le premier concert commence à quelques pas de là. Pas de quoi détourner cependant la plupart des Idéalistes du chemin du « foyer provisoire » installé sur le campus, selon certains. On boit du thé, on danse et on discute. De tout et de rien. De politique. Tayyip Erdogan a annoncé quelques heures auparavant la tenue d’élections parlementaires anticipées…Mais l’heure n’est pas à la préparation de la campagne. Pour l’instant, on commente seulement les évènements, en spectateur. Et, même si le parti qu’ils soutiennent tous, peut très difficilement remporter les prochaines élections, la satisfaction est là : l’ennemi numéro 1 des Idéalistes, l’AKP (parti de la justice et du developpement) au pouvoir, vient d’essuyer un sérieux revers…

Il est 21h30. Les jeunes nationalistes, se décident enfin à rejoindre la scène pour « escorter » leur chanteur. La première chanson donne le ton. Son titre : « Çannakale » (« Dardanelles »). Un des lieux les plus mythiques pour les Idéalistes. Celui de la bataille sanglante menée par Mustafa Kemal en 1915, alors que la Turquie était engagée aux côtés de l’armée allemande.

Au bout de cinq minutes de concert, une dizaine d’étudiants clament déjà « Türkiye ! Türkiye !». Le chanteur, cheveux longs, costume noir, joue la modération. « Attendez un peu, si vous commencez maintenant, on ne pourra plus vous arrêter ! ». Il ne croit pas si bien dire. S’enchaînent les chansons, aux textes tous plus orientés les uns que les autres… Et les slogans repris en cœur par des étudiants qui donnent de plus en plus de voix.

L’un d’entre eux lève sa main en l’air, majeur et annulaire collés contre le pouce, les deux autres doigts pointés vers le ciel. Le signe des « Loups gris », bientôt repris par une trentaine de mains levées en l’air sous les clameurs. « Bozkurt ! » (« Loup gris »). Les dirigeants du foyer de l’Idéal de Sakarya, en bons lieutenants, se tiennent en retrait. Ils observent, silencieux.

Les Idéalistes sont désormais regroupés et dansent à l’avant de la scène. Les autres étudiants ne semblent pas dérangés, ni même surpris. Une « Asena » (nom tiré de la mythologie et donné aux jeunes filles Idéalistes) monte sur scène, suivie rapidement d’une demi douzaine d’étudiants. Les filles ne sont pas nombreuses dans le mouvement, environ 15%. On les voit rarement. Elles sont séparées des garçons, islam oblige. Et elles doivent se contenter d’un seul local pour toute la province de Sakarya. Mais ce soir, elles sont présentes et se font entendre…

« Je dédie cette chanson à notre armée pour son combat permanent au service de notre patrie (« Vatan ») » Zafer Isleyen s’adresse un instant aux officiers de la Gendarmerie, présents sur le campus, ce soir-là, pour assurer la sécurité. Car les heurts sont fréquents dans ce genre de manifestation. « Mais nous ne provoquons jamais la bagarre… » se dédouane Ali, pourtant amateur de sport de combat. Ce soir là, il n’y aura cependant pas d’incidents.

Il est 23h30, la fin du concert approche. Il ne reste quasiment plus que des Idéalistes, une soixantaine, au bord de la scène. La piste de Karting non loin de là semble avoir plus de succès. L’occasion pour le chanteur de réciter quelques vers empruntés à Alparslan Turkes, fondateur du parti et de son mouvement de jeunesse en 1968, alors que le pays était en proie à des violences quotidiennes, sur fond d’affrontement entre les deux Blocs.

Le public est acquis. Le succès assuré. Les jeunes nationalistes scandent désormais un de leurs slogans favoris : « Nous sommes tous les soldats d’Alparslan Turke_ ! » puis « Basbu (ndrl Alparslan Türkes), tu es le souffle de la Turquie. » Près de quarante ans après la création du mouvement nationaliste, les mentalités ont évolué, le climat s’est apaisé mais la ferveur reste intacte…« Nous voulons la paix mais nous restons prêts pour défendre notre patrie quelque soit la menace. Un seul ordre de Devlet Bahçeli (leader actuel du MHP) et nous y allons ! », confiait Ibrahim, un Idéaliste, quelques heures avant le concert.

Le concert s’achève. Les sourires se lisent sur les visages. Sur la scène, une poignée d’Idéalistes prennent des photos, fiers d’avoir réussi à emballer le concert. Et fiers d’avoir clamer leur Idéal au sein de leur université.

Pierrick Bonno.

dimanche 6 mai 2007

La crise politique turque actuelle vue d'Espagne


3 mai 2007, j’arrive en Espagne où l’on parle volontiers de la crise turque actuelle et où celle-ci fait les grands titres de la presse quotidienne. Je participe à la 1ère Rencontre des jeunes chercheurs de la Méditerranée, organisée par l’Université de Tarragone, en Catalogne, et suis l’objet, dès mon arrivée, de nombreuses questions sur la situation politique en Turquie. Très vite, je me rends compte que parmi mes interlocuteurs qui viennent de tous les bords de la Méditerranée, les Espagnols montrent une connaissance et un intérêt surprenants pour la Turquie alors même qu’ils ne sont pas, la plupart du temps, des spécialistes de ce pays. Je viens d’être interviewé à Istanbul par des journalistes français qui m’ont supplié d’être didactique et de simplifier ce qui ne peut pas toujours l’être, parce que, me disent-ils, «les Français mélangent tout ». Mais alors pourquoi donc les Espagnols paraissent-ils mieux comprendre ce qui est en train de se passer en Turquie ?
Je rencontre enfin un Espagnol spécialiste de la Turquie, il s’agit d’Eduard Soler i Lecha, un jeune chercheur catalan qui termine une thèse sur l’observation comparative d’une série d’acteurs européens face à la candidature turque à l’UE. Au menu : la France, l’Allemagne et l’Espagne ainsi que la Commission et le Parlement européens. Eduard Soler i Lecha est par ailleurs Coordonnateur du Programme « Méditerranée » à la Fondation CIDOB de Barcelone. Le débat s’engage et se transforme en interview pour les lecteurs du blog de l’OVIPOT.

Question : De quand date l’intérêt marqué des Espagnols pour la Turquie et en particulier pour la candidature de ce pays à l’UE ?
Eduard Soler i Lecha : L’intérêt des Espagnols pour la Turquie est très récent, 3 à 4 ans maximum Il remonte aux réformes engagées par la Turquie pour permettre que s’ouvrent des négociations d’adhésion avec l’Union Européenne et aux polémiques qu’a suscitées cette nouvelle perspective. Les conflits qu’a provoqués en France la candidature turque, notamment lors du débat qui a précédé la victoire du « Non » au référendum sur la Constitution européenne, ont surpris en Espagne et ont sans doute contribué y faire naître un intérêt pour ce pays et sa volonté d’entrer dans l’Europe. Auparavant, les seuls à s’intéresser un peu à la question étaient les régions historiques de l’Espagne les plus autonomes (Catalogne, Galice et Pays Basque) et les mouvements autonomistes, cela en raison de la question kurde. Pour le reste, la classe politique était plutôt en retrait sur la question.

Question : Justement quelle est aujourd’hui la position des principales forces politiques espagnoles sur la candidature de la Turquie ?
Eduard Soler i Lecha : Ces forces politiques et en particulier les grands partis politiques de la majorité et de l’opposition (Parti socialiste –PSOE- et Parti Populaire –PP-) sont favorables à cette candidature qui ne cristallise donc pas de conflits politiques comme c’est le cas en France ou en Allemagne. Le consensus sur l’intégration de la Turquie a même augmenté car l’extrême gauche, notamment « Izquierda Unida » (proche du parti communiste) manifestait au départ quelques réticences, ce qui n’est plus le cas à l’heure actuelle.

Question : Pourquoi y a-t-il un tel consensus en Espagne sur la candidature turque à l’Union Européenne ?
Eduard Soler i Lecha : Il y a de mon point de vue deux raisons majeures à ce consensus. En premier lieu, là encore à la différence de la France et de l’Allemagne, en Espagne où ne vivent que 1000 turcs à peine à l’heure actuelle, la Turquie n’est pas associée pas au problème de l’immigration. En second lieu, en Espagne, il y a pour les élargissements une sorte de sympathie voire de sentiment de solidarité. Ce phénomène qui a pu être observé pour le récent élargissement à l’Europe de l’Est, se vérifie actuellement pour la Turquie. Ces élargissements, en particulier celui qui a concerné l’Europe de l’Est, ne nous sont pas forcément très favorables. Mais les Espagnols ne pensent pas en l’occurrence à leurs intérêts subjectifs étroits, ils mettent en avant une sorte d’impératif éthique et moral que l’on peut résumer de la manière suivante : « on va pas refuser à d’autres, ce qui nous a tant profité ! »

Question : Quel regard portez-vous sur l’attitude actuelle de la France à l’égard de la candidature turque ?
Eduard Soler i Lecha : Tout le problème en France est que la question turque est au cœur d’enjeux politiques nationaux majeurs : conflits entre la droite et la gauche, on l’a vu encore récemment lors du débat entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, mais aussi et surtout conflits à l’intérieur même des grandes formations politiques françaises. L’évolution de la position de l’UMP sur la candidature turque depuis trois ans est tout à fait révélatrice à cet égard. Si vous analysez cette évolution, vous allez en fait retrouver les conflits de tendances et les affrontements de personnes qui ont affecté cette formation politique au cours des derniers mois. En particulier, vous verrez que cette évolution et notamment la montée en force d’une position hostile à la Turquie correspondent très précisément à l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la tête d’un parti dont Jacques Chirac (favorable à la candidature turque) a perdu le contrôle dans le même temps. À la différence de ce qui se passe en Espagne, en France non seulement la question turque n’est pas l’objet d’un consensus mais elle est présente au cœur même des fractures politiques les plus profondes qu’a vécues la vie politique au cours de ces dernières années. (Tarragone, 5 mai 2007, propos recueillis par Jean Marcou)

La Turquie s’invite lors du débat entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.


Le 2 mai, au soir, s’est tenu le traditionnel débat de l’entre-deux-tours des élections presidentielles françaises, entre les deux candidats qualifiés pour le second tour, Ségolène Royale et Nicolas Sarkozy. Diffusé sur les deux plus importantes chaînes françaises, TF1 et France 2, et animé par les journalistes les plus connus de ces deux chaînes de télévision, Patrick Poivre d’Arvor et Arlette Chabot, ce débat devait durer deux heures, et les candidats étaient astreints à la règle de l’égalité du temps de parole. Ce débat, qui a finalement duré deux heures et demie, a été regardé par une vingtaine de millions de Français.
La quasi-totalité de ce débat a été consacré à des questions de politique intérieure, et seules ses dix dernières minutes ont permis d’évoquer des sujets d’ordre international et européen. La Turquie était bien sûr l’un des sujets les plus attendus de ce trop court moment.
Suite à une question sur la Constitution européenne et le « Non » français lors du referendum de 2005, alors que Ségolène Royal insiste surtout sur le développement social de l’Europe comme solution à l’euro-scepticisme français, sans aborder la question de l’entrée de la Turquie dans l’Europe, Nicolas Sarkozy met au contraire en avant ce problème dans sa réponse et provoque un échange sur la question turque dont nous vous livrons l’intégralité.

NICOLAS SARKOZY : « [...] Deuxième point, je crois très important d’arrêter la course en avant vers l’élargissement tant qu’on n’a pas doté l’Europe de nouvelles institutions. Et je pose très clairement la question de la Turquie : si je suis Président de la République, je m’opposerai à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne »

Après les réponses respectives des candidats sur ce sujet, le journaliste Patrick Poivre d’Arvor pose la question suivante à Nicolas Sarkozy :

PATRICK POIVRE D’ARVOR : « Et qu’est-ce qu’on peut faire pour que l’Europe soit plus forte face à des Etats-Unis qui d’ailleurs souhaitent l’entrée de la Turquie dans ...

NICOLAS SARKOZY : Oui mais ceux qui souhaitent l’entrée de la Turquie en Europe c’est ceux qui ne croient pas à l’Europe politique, puisque l’élargissement sans limite de l’Europe c’est la mort de l’Europe politique. Et de mon point de vue, je suis très clair. D’ailleurs j’aimerais savoir, vous avez été à une réunion de l’internationale socialiste, où vous avez été d’ailleurs fort applaudie. Mais je ne sais pas si vous avez lu la déclaration de l’Internationale socialiste : elle était favorable à l’entrée de la Turquie dans l’Europe. Est-ce que, Madame, c’est votre position ?

SEGOLENE ROYAL : Il y a un processus qui est ouvert, et vous le savez très bien. Le peuple français sera consulté par referendum sur cette entrée, donc ce n’est pas la peine de faire peur aux Français.

NICOLAS SARKOZY : Mais quelle est votre position, quel est votre avis ?

SEGOLENE ROYAL : Moi je pense qu’il faut faire une pause, que le moment n’est pas venu aujourd’hui de faire entrer la Turquie...

NICOLAS SARKOZY : Elle doit rentrer ou elle doit pas rentrer ?

SEGOLENE ROYAL : ...mais que de toute façon c’est une échéance, si elle remplit...

NICOLAS SARKOZY : Il faut bien le dire aux Turcs...parce qu’à force de dire il y a une échéance, les négociations ont commencé en 1964 ; nous sommes en 2007... il est quand même venu le temps de dire aux Turcs, est-ce qu’on en veut ou est-ce que n’en veut pas. Pour moi, d’ailleurs c’est pas une question de démocratie, c’est pas du tout une question de musulmans, ou d’islam ; c’est que la Turquie c’est l’Asie mineure, c’est pas l’Europe. Et donc il faut dire clairement à ce grand peuple qu’est la Turquie qu’ils ont vocation à être le coeur de l’Union de la Méditerranée, mais pas le coeur de l’Union Européenne.

SEGOLENE ROYAL : Mais un processus a été engage, vous le savez fort bien, avec l’accord de la France, donc la France doit tenir sa parole...

NICOLAS SARKOZY : Non !

SEGOLENE ROYAL : On ne peut pas comme ça décider de changer...

NICOLAS SARKOZY : Non c’est l’unanimité ! C’est l’unanimité. Donc si la France dit non, la Turquie ne rentre pas.

SEGOLENE ROYAL : On ne peut pas comme ça changer ... le chef de l’Etat a dit que les Français seraient, pour tout élargissement supplémentaire, consultés par referendum. Donc les Français seront consultés par referendum.

NICOLAS SARKOZY : Non mais vous votre position c’est non à la Turquie ?

SEGOLENE ROYAL : Pour l’instant, c’est une pause, oui en effet, je pense que...

NICOLAS SARKOZY : Pour l’instant... ça peut changer !

SEGOLENE ROYAL : Ça peut changer puisque...

NICOLAS SARKOZY : Moi ça ne changera pas. Moi ça ne changera pas

SEGOLENE ROYAL : ... puisque la parole a été donnée...

NICOLAS SARKOZY : Non la parole n’a pas été donnée...

SEGOLENE ROYAL : Il y a un processus de discussion qui a été engagée, il y a un processus de dis-cu-ssion qui est engagé...

NICOLAS SARKOZY : Madame, la discussion... quand on discute, c’est pas obligatoirement pour dire oui. Ou alors, dans ce cas-là il ne faut pas engager de discussion. Mais vous venez de dire que ça peut changer. C’est-à-dire que vous pouvez changer d’avis, et la Turquie pourra entrer en Europe.

SEGOLENE ROYAL : Pas du tout, il y a des conditions qui sont posées donc si la Turquie à un moment remplit ces conditions et si le peuple français dit oui, peut être que d’ici la il y aura aussi d’autres solutions, il y aura des associations prioritaires, il y a des coopérations renforcées... je ne crois pas que ce soient de bonne politique, comme ça, de claquer la porte à ce grand pays. Méfiez-vous, parce qu’il y a des forces démocratiques aussi en mouvement en Turquie qui ont besoin d’être consolidées.

NICOLAS SARKOZY : Quand vous expliquerez aux habitants de la Cappadoce qu'ils sont européens, vous n'aurez fait qu'une seule chose, vous aurez renforcé l'islamisme.


SEGOLENE ROYAL : Je pense qu’il faut être responsable...

NICOLAS SARKOZY : Mais je le suis !

SEGOLENE ROYAL : ... à l’égard de l’équilibre du monde. Et parler comme vous l’avez fait à l’instant de la Turquie je pense que ça n’aide pas les forces démocratiques à l’intérieur de la Turquie.

NICOLAS SARKOZY : Bien au contraire Madame, bien au contraire. Être responsable ....

SEGOLENE ROYAL : Si l’Europe se ferme, alors que vous savez très bien que l’on peut mettre en place des coopérations privilégiées, que l’on peut voir comment les choses évoluent...

NICOLAS SARKOZY : Mais ça n’a rien à voir avec l’adhésion !

SEGOLENE ROYAL : ...que de toute façon ça ne se fait pas avant plus d’une dizaine d’années...donc n’utilisez pas ce sujet comme ça de façon aussi brutale, par rapport à un peuple, par rapport à un grand peuple qui a une aspiration, peut-être, à rejoindre l’Europe. Donc ne claquez pas la porte, parce que je pense que c’est dangereux pour l’équilibre du monde.

NICOLAS SARKOZY : C’est tout le contraire Madame. Depuis 40 ans, on laisse croire à nos amis Turcs -car vous avez raison c’est un grand peuple et une grande civilisation – qu’ils ont leur place dans l’Union Européenne.

SEGOLENE ROYAL : C’est un pays laïque !

NICOLAS SARKOZY : Ça fait 40 ans qu’on leur fait croire...

SEGOLENE ROYAL : Et vous avez vu les grandes manifestations pour la laïcité qui viennent d’avoir lieu en Turquie ! Aidons ce mouvement laïque et démocratique !

NICOLAS SARKOZY : Mais Madame, quand bien même c’est un pays laïque, il est en Asie mineure ! Je n’expliquerai pas aux écoliers français que les frontières de l’Europe sont avec l’Irak et la Syrie. Et quand on aura fait du Kurdistan un problème européen, on n’aura pas fait avancer les choses. Et je ne pense pas, très calmement, que la stabilité du monde on va la renforcer en tuant l’Europe. Ceux qui sont les adversaires de l’Europe politique sont pour l’élargissement sans fin de l’Europe, parce que l’élargissement sans fin de l’Europe empêche la réalisation de l’Europe politique. Je suis pour l’Europe politique, donc je préfère qu’on dise aux Turcs : « vous allez être associés à l’Europe, on va faire un marché commun avec vous, mais vous ne serez pas membres de l’Union Européenne, pour une raison très simple, c’est que vous êtes en Asie mineure ».

Philippe Maurel

mercredi 2 mai 2007

La Cour Constitutionnelle fidèle à sa réputation



Il n’y aura donc pas eu de surprise. Par une décision qui a été connue vers 18h30, mardi 1er mai, la Cour constitutionnelle a annulé le premier tour de l’élection présidentielle ce qui va probablement provoquer des élections législatives anticipées. C’est donc le Parlement qui sortira des urnes qui aura vraisemblablement la lourde tâche d’élire le successeur d’Ahmet Necdet Sezer qui, pour l’heure, va sans doute jouer les prolongations en exerçant un « interim » de plusieurs mois.
Cette décision confirme l’orientation kémaliste orthodoxe qui est celle de la Cour mais il faut voir qu’elle a été d’autant plus facile à prendre que, depuis que l’Armée s’est impliquée dans le déroulement de la présidentielle, la tenue d’élections anticipées étaient largement souhaitées par la plupart des acteurs politiques.
Sur le fond toutefois, la décision en question apparaît comme une victoire des laïques qui, non seulement infligent un camouflet au gouvernement, mais « bétonnent » en quelque sorte l’accès de Çankaya. En effet, la Cour a annulé la tenue de l’élection vendredi, au motif que le quorum des deux tiers n’avait pas été atteint, alors même que, selon elle, ce quorum est nécessaire tant pour élire le président au premier tour que pour commencer à procéder à son élection. Dès lors, après les prochaines législatives, sauf si l’un d’entre eux obtient plus de 367 sièges, les partis seront obligés de s’entendre sur un candidat de compromis sous peine de voir l’assemblée dissoute. Il risque donc d'être difficile à l’AKP de maintenir la candidature d’Abdullah Gül, s’il n’obtient pas une majorité des deux tiers. Il y a ainsi de fortes chances que le prochain hôte de Çankaya soit une personnalité plus consensuelle.
Cette décision de la Cour vient clore la contre-offensive laïque aux efforts faits par l’AKP pour faire élire l’un des siens à la Présidence. Au cours des dernières semaines, en effet, l’ensemble des instances laïques se sont successivement mobilisées pour constituer une force de dissuasion destinée à détourner de la route de Çankaya, Tayyip Erdogan ou l’un des siens. Alors même que cette dissuasion n’était pas parvenue à faire reculer l’AKP, l’establishment kémaliste, avec le memorendum de l’Etat major et cette ultime décision de la Cour constitutionnelle, a procédé à un coup de semonce pour essayer de relancer le processus électoral présidentiel sur de nouvelles bases. Cette stratégie n’est pourtant pas sans risques…
JM

mardi 1 mai 2007

1er Mai sous tension à Istanbul


Fermeture d’un tronçon de la ligne de métro qui dessert la Place Taksim, limitation des traversées maritimes de part et d’autre du Bosphore, réorganisation de la circulation sur certaines grandes artères, autant de faits inhabituels qui auront perturbé la journée du 1er mai à Istanbul. Non seulement la fête du Travail n’est pas un jour férié en Turquie mais elle est marquée d’une pierre noire depuis le drame qui ensanglanta la Place Taksim, le 1er mai 1977. Ce jour-là, lors du traditionnel défilé, une fusillade provoqua un mouvement de panique qui devait causer la mort de 34 personnes. L’origine des tirs ne fut jamais élucidée mais l’on soupçonna fortement l’extrême droite, certains allant même jusqu’à mettre en cause le fameux «État profond ».
Depuis le coup d’État de 1980, le 1er mai n’est plus un jour chômé. Les manifestations sont interdites et un nombre considérable de policiers est mobilisé pour faire face à toute éventualité. Le premier mai 2007 n’a pas échappé à cette règle mais, trente ans après le drame de Taksim, il avait une importance particulière pour beaucoup.
À Besiktas, à Sisli, à Taksim et sur Istiklâl Caddesi, des groupes denses de manifestants ont été dispersés par les forces de l’ordre, usant de canons à eau et de gaz lacrymogènes. À Taksim, si finalement après de longues négociations, la préfecture de police a autorisé un groupe de syndicalistes du DISK à déposer une gerbe devant le monument de l’indépendance, elle a néanmoins ordonné la dispersion de manifestants venus commémorer le drame de 1977 avec des drapeaux noirs sur le lieu même de sa survenance. D’autres échauffourées se sont ensuite produites en plusieurs endroits.
Au total, ce 1er mai aura été marqué par près de 600 arrestations et un blessé grave. Ce déroulement tendu n’est pas de très bon augure au moment où la Turquie traverse un moment difficile en raison des problèmes rencontrés par l’élection présidentielle. Le gouvernement dont le leader Recep Tayyip Erdogan, a fait hier un grand discours pour défendre la démocratie face aux ingérences militaires dont elle est l’objet actuellement, avait là une bonne occasion de faire la preuve de ses velléités d’ouverture. Il n’a pas voulu, semble-t-il, prendre de risque en mobilisant un dispositif policier impressionnant et en en faisant usage sans ménagement.
JM