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mercredi 4 août 2010

Un polar pour mieux comprendre la politique iranienne.


En ces temps de lectures estivales, offrez-vous un petit voyage en Iran (l’un des voisins les plus importants de la Turquie), en vous plongeant dans le livre de Naïri Nahapétian : «Qui a tué l’ayatollah Kanuni ?» Rassurez-vous il ne s’agit pas de se noyer dans un fastidieux pavé de politologie persane, mais plus opportunément de dévorer un polar dont l’intrigue secoue les hautes sphères de la République islamique et vous conduira à découvrir les arcanes de sa société contemporaine dans toute leur complexité.

L’auteur nous entraine sur les traces de Narek Djamshid, un étudiant franco-iranien qui est de retour dans son pays natal, quelques semaines avant les présidentielles de 2005 qui virent la victoire de Mahmoud Ahmadinejad. Fils d’un couple de dissidents qui ont participé à la révolution islamique avant de rompre avec le régime des ayatollahs, Narek, qui a le projet incertain d’écrire un article pour un quotidien français, peine à maîtriser toutes les subtilités de la politique iranienne. Sa présence involontaire sur les lieux mêmes du crime qui fait disparaître le redoutable ayatollah Kanuni, va se charger pourtant d’accélérer son immersion dans les réalités persanes. Car les mésaventures de ce jeune homme ne nous convient pas seulement à la résolution d’une énigme (plus politique d’ailleurs qu’à proprement parler policière), elles sont aussi l’occasion d’une promenade au cœur de la vie quotidienne iranienne. Si les pages de ce roman contribuent ainsi à éclairer d’autres énigmes politiques (l’échec de la présidence réformatrice de Khatami ou le succès électoral inattendu de Mahmoud Ahmadinejad), elles fourmillent également d’anecdotes et de détails sur les us et coutumes dans l’Iran d’aujourd’hui (fréquence des infidélités conjugales, ports du «rousari» et du tchador, vision de l’homosexualité et de la transsexualité, «usage d’un double langage qui permet de taire les évidences»).

L’auteur n’est ainsi pas tendre avec les dirigeants de ce pays que, trente ans après la Révolution islamique, bon nombre de ses enfants rêvent de quitter pour aller vivre… aux Etats-Unis. Mais, s’appuyant sur une connaissance solide du terrain qui est celui des pérégrinations de son héros, elle ne sombre jamais dans le cliché ou la diabolisation. Cette aptitude à rendre compte de la diversité de la société iranienne tient peut-être au fait qu’une partie du roman se déroule au sein de la communauté arménienne dont la mère de Narek Djamshid est issue et dont l’un des membres avoue, à la fin du roman, que paradoxalement il ne souhaite pas quitter l’Iran, parce qu’en Occident les traditions et l’usage de la langue se perdent.

Deux personnages enrichissent aussi beaucoup la trame de cette histoire : Leïla la féministe islamiste et Mirza, l’opposant laïque membre de la jet set. La première lutte notamment pour que les femmes puissent se présenter à la présidence de la République mais défend la séparation des sexes dans les autobus. Le second, ministre dans les mois qui ont suivi la Révolution, ne se résout pas à rompre totalement, tant par intérêt que par conviction, avec cette République islamique qu’il a contribuée à asseoir.

Voilà, vous savez presque tout sauf bien sûr l’essentiel : qui a tué l’ayatollah Kanuni ?
JM

Références de l’ouvrage : Naïri Nahapétian, Qui a tué l’ayatollah Kanuni ? Editions Liana Levi, 2008.

jeudi 10 juin 2010

L’Europe a-t-elle besoin des intellectuels turcs ?


De débats enflammés en prises de position affirmées, la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne ne laisse personne indifférent. Pourtant, force est de constater que les Européens n’ont qu’une connaissance lacunaire, souvent stéréotypée, de ce pays. Ainsi, l’idée que la Turquie, prise en étau entre la menace de l’islamisation et une violence d’Etat quasi-institutionnalisée, serait par conséquent incompatible avec l’Europe et ses valeurs, semble ancrée dans les mentalités. Vincent Duclert se propose ici de lutter contre cette perception et cette ignorance, en étudiant le dynamisme du milieu intellectuel démocrate turc, dont l’existence même témoigne de la possibilité d’une «troisième voie» qui serait celle de la démocratisation. Neuf pétitions d’importance ont été lancées au cours des années 2000, et si elles ne constituent certainement que la partie émergée de la lutte en faveur des droits civiques, elles témoignent d’une vitalité et d’une volonté forte du milieu intellectuel. A l’étude de leurs objets, de leurs mots et de leurs impacts, c’est un véritable projet politique qui se dessine. De la contestation de l’omnipotence de l’Etat et de sa violence au combat contre toutes les formes d’intolérances, il s’agit de défendre «une certaine idée» de la Turquie qui soit celle du vivre ensemble, d’une citoyenneté démocratique et non plus nationaliste, en bref celle d’un pays capable de porter un regard critique sur son passé et de construire un véritable État de droit. Ainsi que nous le montre l’auteur, un grand nombre de tabous ont commencé à tomber par l’action de ces intellectuels engagés, dont les plus importants sont sans conteste ceux du génocide arménien et de la question kurde. Il est alors du devoir de l’Europe de soutenir ce mouvement afin qu’il survive et se traduise en une évolution concrète du politique, tout comme il est nécessaire de prendre conscience de ce que ce mouvement peut apporter à l’Europe.

En effet, cette action des intellectuels démocrates turcs, qui a su se perpétuer malgré les périodes de répression extrêmement sévères et dramatiques qui ont suivies les coups d’Etat, est une leçon pour une Europe qui a tendance à se replier sur elle-même, à débattre davantage du marché que des valeurs fondamentales, et à assister au retour de l’idéologie nationaliste comme projet politique plausible, ce dont le débat sur l’identité national en France apporte la preuve. Enfin, l’étude de ce milieu révèle ce que beaucoup tendent à oublier aujourd’hui : Turquie et Europe ne sont pas antinomiques et inconciliables. La tradition dont sont issus ces intellectuels est aussi celle d’une expérience européenne de la liberté, les valeurs qu’ils défendent sont également celle de l’Europe, souvent telles que consacrées par la Convention européenne des droits de l’homme, lorsque ce n’est pas l’Europe elle-même qu’ils défendent.

A travers l’étude des actions de ce segment de la société turque, Vincent Duclert apporte un éclairage nouveau et atypique sur la question de l’intégration de la Turquie à l’Union Européenne, nous poussant en même temps à nous interroger sur ce que sont devenus les milieux intellectuels en France et en Europe.
Anne-Laure Mahé

L’Europe a-t-elle besoin des intellectuels turcs ? Vincent Duclert, Armand Colin, 2010.

jeudi 11 mars 2010

Parution de l'ouvrage dirigé par Nicolas Monceau : Istanbul. Histoire, Promenades, Anthologie & Dictionnaire.




Byzance-Constantinople-Istanbul : cette ville a marqué de son empreinte l’histoire universelle. Berceau de civilisations brillantes, elle fut la capitale de trois empires – romain, byzantin, puis ottoman –, qui ont dominé le monde durant plus de quinze siècles. Cœur de la chrétienté orthodoxe avant d’être centre religieux de l’islam, elle conserve aujourd’hui l’héritage d’un riche passé multiculturel dont témoignent la basilique Sainte-Sophie, la mosquée Bleue ou celle de Soliman le Magnifique.

Des récits orientalistes d’Européens de passage, tel Pierre Loti, aux œuvres réalistes ou intimistes des plus grands romanciers turcs, comme Orhan Pamuk, lauréat du prix Nobel de littérature en 2006, Istanbul a toujours fasciné les écrivains et les artistes. Important foyer de la modernité artistique, elle a été durant des siècles au cœur d’intenses échanges culturels avec l’Europe. Ceci lui vaut son statut de capitale européenne de la culture en 2010.

Cet ouvrage invite à redécouvrir une cité mythique et cosmopolite, à la confluence de l’Europe et de l’Asie, qui marque l’imaginaire occidental. À travers l’histoire, la littérature, le cinéma, l’architecture et les beaux-arts, mais aussi les aspects contemporains et quotidiens, il convie le lecteur à explorer Istanbul, ses lieux emblématiques – du Grand Bazar, de la Corne d’or et du Bosphore majestueux au vibrant quartier de Beyoğlu – et les plus méconnus, comme les faubourgs asiatiques et mystiques d’Üsküdar ou les îles des Princes. Ainsi que l’écrit Daniel Rondeau dans sa préface, Istanbul « reste aujourd’hui une ville-monde ».

Cet ouvrage collectif a été conçu et dirigé par Nicolas Monceau, docteur en science politique, auteur de Générations démocrates : Les élites turques et le pouvoir (Dalloz, 2007), qui a vécu huit ans à Istanbul comme universitaire et chercheur. Il a rassemblé une équipe de douze spécialistes de Byzance-Constantinople-Istanbul qui partagent la même passion et la même connaissance intime de la ville.


Les auteurs : Daniel Rondeau (préface), Jean-Michel Belorgey, Faruk Bilici, Béatrice Caseau, Jean-Claude Cheynet, Frédéric Hitzel, Nicolas Monceau, Timour Muhidine, Jean-François Pérouse, Catherine Pinguet, Pierre Pinon, Alain Quella-Villéger, Alain Servantie, Stéphane Yerasimos.

Architecture de l’ouvrage : Composé de textes inédits, l’ouvrage Istanbul comporte quatre grandes parties :

1- Une Histoire de la ville retrace la richesse et la complexité de vingt siècles de l’ancienne capitale des Empires romain, byzantin et ottoman jusqu’à l’Istanbul républicain d’aujourd’hui, devenu une mégapole tentaculaire et cosmopolite
2- Quatorze Promenades à dominante culturelle, littéraire et historique entraînent ensuite le lecteur dans les dédales infinis de la ville pour en dévoiler les secrets
3- Une Anthologie présente un panorama de la littérature ottomane et turque, d’une richesse et d’une diversité souvent méconnues en France, des témoins oculaires des grands événements historiques et des auteurs étrangers qui ont arpenté Istanbul à ses différentes périodes historiques
4- Un Dictionnaire contenant plus de cinq cents entrées offre un autre regard sur la ville, plus subjectif et complet, en abordant tant ses aspects incontournables que ses facettes moins connues

Istanbul. Histoire, Promenades, Anthologie & Dictionnaire
Sous la direction de Nicolas Monceau, Paris, Robert Laffont, coll. Bouquins, 2010, 1440 p.

lundi 18 janvier 2010

La revue «Mésogéios» publie son 36e numéro dirigé par Deniz Vardar, en hommage à Semih Vaner.


La revue trimestrielle d’études méditerranéennes, basée à Athènes et Paris «Mésogéios», vient de publier son 36ème numéro, intitulé «Réflexions sur la Turquie». Composé de contributions rassemblées par Deniz Vardar, il constitue un hommage à Semih Vaner (notre édition du 18 février 2008), le regretté directeur des «Cahiers d'études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien» (CEMOTI). Les travaux laissés par ce pionnier de la recherche sur la Turquie contemporaine en France et en Europe ont inspiré les contributeurs turcs, français ou grecs de l’ouvrage, qui étaient des amis proches de Semih Vaner pour certains, et les questions traitées par chaque article recoupent des thématiques explorées par le chercheur au cours de sa carrière.

Le spectre est large. Ce spécialiste des partis politiques turcs, notamment reconnu dans ce domaine pour la thèse qu’il avait consacrée au parti de la justice (Adalet Partisi), ayant également travaillé sur les relations entre la Turquie et l’Europe ou les concepts de laïcité et de démocratie qui ont de longue date préoccupé la société turque. Cette trente-sixième livraison de «Mésogeios» propose donc une réflexion générale sur l’évolution de la Turquie actuelle, en étudiant de manière poussée les acteurs, concepts et périodes clés du débat turco-européen. Une belle manière de contribuer, comme l’écrit Deniz Vardar, à «faire avancer les idées dans les domaines d’intérêts et de recherche qui étaient chers à Semih.»
Louis-Marie Bureau

Au sommaire du numéro :
Deniz Vardar, Hommage à Semih Vaner : réflexions autour de la Turquie.
Faruk Bilici, Semih Vaner et ses recherches sur les partis politiques.
Cengiz Çağla, La perception turque de la démocratie : une critique tocquevillienne.
Deniz Vardar, Le populisme, un concept pluriel et persistant ? Un essai d’analyse appliqué à la Turquie républicaine.
E. Fuat Keyman, «Kurdish question» in Turkey and a chance of democratic solution.
Deniz Akagül, Europe(s) face à l’adhésion turque : des intérêts vers les passions.
Hamit Bozarslan, Discuter de la Turquie, de l’Europe et de l’incertitude.
Marilena Koppa, La perspective européenne de la Turquie et le Parlement européen.
Samim Akgönül, Les Turcs et les Grecs, pérégrination entre Eris et Eros.
Jean Marcou, Les relations turco-arabes : nouvelle donne ou poursuite d’un scénario ancien.
Gilles Bertrand, Un «arc conflictuel» ? Réflexions sur quelques conflits, de la Bosnie au Cachemire.
Jean-Paul Burdy, La religion à l’école : des «devoirs envers Dieu» à l’«enseignement du fait religieux» dans la République laïque (France, 1882-2009).

samedi 26 décembre 2009

Parution de l’ouvrage de Gilles Dorronsoro : «Que veut la Turquie ? ambitions et stratégies internationales.»


La position de la Turquie est paradoxale. Bien qu'elle adhère aux principales institutions occidentales, à commencer par l'Otan, son appartenance à l'Occident est souvent contestée en raison de ses identités concurrentes, turcique et musulmane. En effet, élément d'un ensemble culturel qui regroupe une dizaine de pays et de minorités, de la Chine aux Balkans, la Turquie est aussi membre de l'Organisation de la conférence islamique. Différents programmes de politique extérieure se sont longtemps affrontés selon la préférence donnée à l'ancrage européen, islamique ou turc du pays. Aujourd'hui encore, les grands dossiers de politique extérieure - adhésion à l'Union européenne, reconnaissance du génocide arménien - interrogent la définition même du modèle politique turc : place de l'héritage ottoman dans la Turquie républicaine, définition ethnique ou citoyenne de la nation, modèle occidental ou islamiste de modernité.

Cet ouvrage propose une étude de la transformation de la place de la Turquie sur la scène internationale. Longtemps alliée inconditionnelle des Occidentaux, elle s'est progressivement émancipée, s'opposant parfois frontalement aux États-Unis ou à l'Union européenne. Loin de se limiter à la question de l'adhésion à l'Union européenne, l'émergence de la Turquie comme acteur global s'exprime dans son rôle régional au Moyen-Orient, son investissement en Asie centrale ou sa politique énergétique (4ème de couverture).

Référence : Gilles Dorronsoro, Que veut la Turquie : ambitions et stratégies internationales, collections Mondes et Nations, Paris, Autrement, 2009.

jeudi 17 décembre 2009

Sortie de l’ouvrage : «Afrique du Nord-Moyen-Orient, vers une nouvelle donne ?»


Au Moyen-Orient et dans une moindre mesure au Maghreb, 2008-2009 a connu une série d’événements de nature à changer la donne régionale, comme le retrait annoncé des soldats américains d’Irak. Mais d’autres signaux contredisent l’hypothèse d’une amélioration globale de la situation : guerre en Afghanistan, affrontements israélo-palestiniens, crise en Iran… Un agenda de résolution des crises pourrait s’attacher à réussir les normalisations diplomatiques engagées et à «réparer» des Etats souvent impuissants et en mal de légitimités.
Réalisé sous la direction de Frédéric Charillon, cet ouvrage, publié par la Documentation Française, après une introduction analysant les évolutions de la diplomatie au Moyen-Orient et les principaux enjeux de la période actuelle, se focalise sur plusieurs cas particuliers de la région (Israël, les Territoires palestiniens, le Liban, l’Arabie Saoudite, la Turquie) et s’achève par une chronologie détaillée (1er octobre–31 mai 2009).
Référence : Frédéric Charillon (dir.), Afrique du Nord-Moyen-Orient, vers une nouvelle donne ?, Paris, La Documentation Française, 2009, 184 p.
Au sommaire :
Frédéric Charillon, Moyen-Orient : évolutions virtuelles de la diplomatie.
Pierre Thénard, Georges Bush et le Moyen-Orient de 2006 à 2009 : fin de partie.
Alain Dieckoff, Israël : difficultés intérieures, ouvertures extérieures.
Aude Signoles, Crise de représentation dans les territoires palestiniens.
Bernard Rougier, Le Liban après les élections législatives de 2009 : la victoire confisquée ?
Fatiha Dazi-Heri, L’Arabie Saoudite du roi Abdallah : un conservatisme « éclairé »
Jean Marcou, La Turquie de l’AKP : mutation politique et nouvelle donne diplomatique
Sihem Djebbi, Chronologie de Nord-Moyen-Orient : 1er octobre 2007-31 mai 2009.

jeudi 10 décembre 2009

L’Europe au miroir de la Turquie


La dernière livraison de la Revue «Politique Européenne» (n°29, automne 2009, L'Harmattan) nous propose un numéro spécial, dirigé par Nicolas Monceau et intitulé «L’Europe au miroir de la Turquie». Il sera bientôt en ligne sur le site Cairn : www.cairn.info

La perspective de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne (UE) est devenue, au cours des dernières années, un enjeu majeur de l’intégration européenne. Elle interroge la nature du projet européen, son identité, ses frontières géographiques, ses dimensions politiques et culturelles. Ces différentes questions ont entraîné des clivages partisans et soulevé des débats publics souvent passionnés dans les États-membres, qui conduisent à s’interroger sur la singularité de la candidature turque par rapport aux autres élargissements.

La «question turque» apparaît à bien des égards comme un miroir de l’Europe, de ses questionnements internes et des enjeux auxquels elle sera confrontée dans l’avenir. Observer la trajectoire singulière de la Turquie comme pays candidat à l’adhésion à l’UE permet ainsi de mieux comprendre l’évolution du projet européen et ses différentes conceptions, la nature des relations entre ses États-membres et les modes de fonctionnement communautaire, l’orientation des débats internes européens et le poids des enjeux pour l’avenir de l’Europe. En centrant la réflexion sur l’impact en Europe de la candidature turque, le renversement de perspective est source d’enseignements sur l’UE.

L’orientation de ce numéro spécial «L’Europe au miroir de la Turquie» vise à mesurer l’«effet» Turquie sur l’Union européenne à travers les enjeux spécifiques posés par cet élargissement. L’introduction du dossier (Nicolas Monceau, PACTE-IEP de Grenoble), dresse un état des lieux de la littérature académique, en anglais et en français, sur la Turquie et l’Union européenne, puis présente en quoi la candidature de la Turquie, dans ses multiples dimensions, en fait un révélateur des enjeux européens (déficit démocratique européen, identité et valeurs de l’Europe, frontières de l’UE). Les contributions du dossier traitent ensuite quatre grandes dimensions du «miroir» turc de l’Europe :

- les positionnements et stratégies des États-membres face à la candidature de la Turquie (Jean Marcou, IFEA d’Istanbul et PACTE-IEP de Grenoble) ;
- les constructions plurielles de l’Europe à travers les discours politiques français sur la candidature turque (Senem Aydın Düzgit, Istanbul Bilgi University)
- la politique européenne de sécurité et de défense et la Turquie (Fabien Terpan, PACTE-IEP de Grenoble)
- l’impact de la question chypriote et du rôle de la Turquie sur les élargissements futurs de l’UE (Gilles Bertrand, SPIRIT-IEP de Bordeaux)

vendredi 4 décembre 2009

Traduction en turc du livre "La Turquie", dirigé par Semih Vaner.


La traduction en turc de l’ouvrage «La Turquie», publié en 2005, chez Fayard, sous la direction de notre regretté Semih Vaner, vient de paraître chez Kitapyayınevi (50 TL), sous le titre : «21. Yüzyıla girerken Türkiye». Ouvert par une préface de Deniz Akagül et de Şirin Tekeli, qui ont dirigé cette nouvelle édition traduite, cet ouvrage, qui intègre les 25 contributions de l’édition française, dans une version turque actualisée, est en elle-même un hommage à celui qui nous a quitté, l’année dernière, et qui avait consacré ses dernières forces à cette entreprise encyclopédique, particulièrement réussie.

Loin de n’être qu’une juxtaposition de chapitres hétérogènes, «21. Yüzyıla girerken Türkiye» est un vrai livre, qui marie une réflexion d’ensemble à des éclairages variés sur les principaux aspects de la Turquie contemporaine (le territoire, l’apport de la fin de l’époque ottomane, le kémalisme, le mouvement constitutionnel, les réformes de modernisation, la démocratisation, l’autoritarisme et la violence, les femmes, les religions et la laïcité, les confréries, les questions alévie, kurde et celle de la diversité ethnique, les mutations économiques, la politique étrangère, la candidature à l’UE, les migrations, sans oublier… la littérature, la musique, le cinéma et la cuisine !).

Les traductions des différentes contributions ont été réalisées par des spécialistes et la qualité d’ensemble de cette livraison turque doit beaucoup à la relecture attentive et professionnelle de Şirin Tekeli. On constatera enfin que, même dans sa présentation, l’ouvrage a bonifié puisque l’image des jeunes filles de sa couverture turque café au lait nous indique que les petites écolières de sa jaquette verte française ont grandi, et donc que la Turquie est en marche !
L’OVIPOT

mardi 1 décembre 2009

Parution d’un Atlas électoral de la Turquie (1950-2009).


Tous ceux qui s’intéressent à la vie politique turque vont se ruer sur cette dernière livraison de Murat Güvenç et d’Hasan Kirmanoğlu, publiée par les Presses de l’Université de Bilgi : «Türkiye Seçim Atlasi – Electoral Atlas of Turkey 1950-2009» (Istanbul Bilgi Üniversitesi Yayınları, 2009) Cet atlas bilingue (turc-anglais) répertorie, en effet, toutes les élections législatives (1950, 1954, 1957, 1961, 1965, 1969, 1973, 1977, 1983, 1987, 1991, 1995, 1999, 2002, 2007), qui se sont déroulées en Turquie, depuis les premières élections au suffrage universel, véritablement pluralistes, celles de 1950, qui avaient vu la victoire des Démocrates d’Adnan Menderes. Cet Atlas couvre également les dernières élections locales de mars 2009.

L’ouvrage privilégie la clarté et la géographie électorale. Les résultats de chaque élection sont essentiellement analysés par le biais de cartes et de graphiques. Une première carte fait état des résultats des principaux partis par département. Un graphique dit de «Bertin» reprend les résultats de ces partis par groupe de départements. Un troisième schéma combine l’influence de ces partis et leurs résultats par groupe de départements. Et enfin, une dernière série de cartes montre les implantations fortes des forces politiques les plus importantes, lors de chaque élection. Une rapide introduction expose les axes forts de chaque consultation électorale. Le tout tient en 130 pages, mais rassurez-vous, cet ouvrage ne disparaîtra pas dans les profondeurs de votre bibliothèque, puisque son format est immense !
L’OVIPOT

mercredi 12 décembre 2007

Nicolas Monceau analyse les élites turques


Voici un livre qui arrive à point nommé. Il comblera tous ceux qui s’intéressent à la vie politique turque et cherchent à en comprendre le dessous des cartes. Nicolas Monceau publie chez Dalloz (Science politique), « Générations démocrates, les élites turques au pouvoir ». Cet ouvrage, issu d’une thèse en Science politique qu’il a soutenue récemment au sein du Laboratoire PACTE de l’Institut d’Etudes politiques de Grenoble, présente les résultats de la première enquête réalisée par un laboratoire européen en sciences sociales sur la vie politique turque contemporaine dans le contexte des négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Il analyse les trajectoires - éducatives, professionnelles et politiques - des élites turques, leur mobilisation en faveur de la démocratisation et de l'intégration européenne de la Turquie ainsi que leur rapport à l'Europe et à la démocratie.
L’auteur nous en dira plus prochainement dans un entretien que publiera ce Blog mais pour l’heure, voici un extrait de la préface qu’Yves Schemeil (professeur de science politique à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble et membre de l'Institut Universitaire de France) a réalisé de ce livre.

«On se lancera dans la lecture de l'ouvrage de Nicolas Monceau pour y trouver une explication originale de deux histoires imbriquées mais très difficiles : celle des intellectuels et de la politique; celle de la Turquie et de l'Europe. Le livre refermé, on en saura plus sur ce qui lie enseignants, étudiants, artistes d'un côté ; et chefs de partis, bureaucrates ou militaires, de l'autre. On aura une idée plus claire de ce qui associe ou dissocie les valeurs réformatrices locales et les valeurs unificatrices européennes. On comprendra mieux les ressorts de l'engagement; les conditions dans lesquelles se pose le problème de la démocratie; et les attitudes envers l'Europe. Et, bien sûr, on en saura beaucoup plus sur la Turquie elle-même !
L'innovation réside dans la découverte de ces générations politiques successives, chacune façonnée par l'un des coups d'État militaires qui se sont succédé depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Ces ruptures ont profondément influencé les trajectoires éducatives, professionnelles ou militantes. À l'avenir, on se rappellera que cette recherche fut la première d'une série que l'on souhaite longue. En dépit de la modestie de l'auteur, elle marque ainsi le lancement d'un nouveau débat sur la meilleure façon d'analyser la Turquie contemporaine.
On sera doublement reconnaissant à Nicolas Monceau : d'avoir réussi à nous fournir des preuves multiples de rigueur scientifique sur lesquelles son raisonnement s'appuie ; mais aussi d'avoir mis à notre disposition dans une langue claire et élégante des éléments de connaissance et de compréhension de nos interlocuteurs, sinon de nos partenaires, de l'Europe de demain. Si la longueur du processus de négociation entre Bruxelles et Ankara donnait la mesure du temps au cours duquel ce livre restera d'actualité, on le lira encore dans vingt ans !» Yves Schemeil.


Docteur en Science politique, Nicolas Monceau enseigne à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble et anime le Groupe d'études sur la Turquie et l'Europe du laboratoire PACTE (CNRS, IEP de Grenoble). Il a vécu six années à Istanbul (Turquie), comme chercheur à l'Institut Français d'Etudes Anatoliennes-Georges Dumézil et enseignant aux universités Galatasaray et Marmara. Ses thèmes de recherche portent sur la sociologie des élites et des opinions publiques en Europe et en Turquie, la sociologie des mobilisations ainsi que la sociologie politique de la Turquie contemporaine, dans le cadre du processus d'élargissement de l'Union européenne. Son ouvrage sur les élites turques est lauréat du concours du Prix de thèse Dalloz, en 2007, pour la publication des thèses en science politique. Il a été sélectionné par un jury universitaire sur de stricts critères d'excellence et d'originalité. En bref, une publication à ne pas manquer !