lundi 24 décembre 2007

Pour Çaglar Akgungor, «Rien qu’en étudiant les périodes post-séismes, on peut retracer toute l’histoire politique de la Turquie»


Le 17 décembre 2007, à l’Institut d’Études Politiques de Grenoble, Çaglar Akgungor a soutenu une thèse de doctorat en Science politique, réalisée sous la direction de Claude Gilbert, sur le sujet suivant : «La Turquie à l’épreuve des séismes de 1999, une analyse sociopolitique à travers les discours médiatiques post-catastrophes». Avant de devenir chercheur en Sciences sociales et d’investir un tel sujet, Çaglar Akgungor a vécu les catastrophes de la Marmara en 1999, en tant que secouriste. Il sait donc de quoi il parle et cette proximité avec le sujet ne l’empêche de prendre de la distance par rapport à son objet d’étude puisqu’il prétend questionner l’histoire et le système politiques de la Turquie, à partir de l’observation des comptes-rendus que les médias ont pu faire de ces tremblements de terre. Le «Blog de l’OVIPOT» a donc ouvert ses colonnes à ce jeune chercheur, qui souhaite se consacrer désormais à la prévention des risques majeurs en Turquie.


OVIPOT : Que nous apprennent les séismes en Turquie, en particulier les séismes de la Marmara en 1999, sur le système politique turc et ses évolutions contemporaines ?
Çaglar Akungor : Pour répondre à cette question, il faut d’abord évoquer ce que nous apprennent les séismes précédents, notamment ceux qui se sont déroulés depuis 1939. La catastrophe est un événement dont la lecture dépend du contexte socio-politique. Jusqu’en 1999, on a toujours vu, avec plus ou moins d’acuité, que les séismes étaient l’occasion de la célébration d’un Etat perçu comme «omni-compétent». Cet Etat vole au secours des citoyens et régle tous les problèmes rapidement, de sorte qu’en quelques jours, le séisme ne fait plus la une des médias. Il faut se souvenir que, jusqu’aux années 90, en outre, les médias ne sont pas privés. Étant des médias publics, ils véhiculent donc abondamment cette image de l’Etat, alors même que les zones de catastrophe sont rapidement bouclées et contrôlées par les autorités publiques. De 1939 à 1999, un tel isolement est d’autant plus facile que la plupart des séismes, qui surviennent, se produisent dans des zones lointaines, à l’Est du pays, le plus souvent. En 1999, au contraire, ce schéma est remis en cause parce que le séisme survient dans une zone proche d’Istanbul, c’est-à-dire dans la zone économique la plus importante du pays, et de surcroît à l’endroit même où sont implantés la plupart des médias turcs qui sont devenus pour l’essentiel privés, dans les années 90. Très vite, ces médias commencent à faire des émissions en direct, à partir des zones touchées par la catastrophe. Ceci empêche les autorités publiques de reprendre l’ancien schéma de traitement de catastrophe, présentant l’Etat comme omnipotent. On assiste, en effet, à une mobilisation citoyenne qui est une grande première dans l’histoire de la Turquie. Depuis Istanbul, des milliers de volontaires affluent pour aider les victimes. Ce contexte suscite une période, certes, courte, mais très intense, de critiques contre l’Etat et le système politique. La démystification de cette image d’État paternaliste et compétent a ainsi aidé les Turcs à comprendre que des ONG ou des individus isolés sont tout à fait capables de prendre des initiatives et d’agir.

OVIPOT : Dès lors, peut-on dire que ce sont les séismes de la Marmara qui ont révélé la société civile en Turquie ?
Çaglar Akungor : Il serait exagéré de prétendre que c’est ce seul événement qui a révélé la société civile, en Turquie, même s’il s’agit, sur tous les plans, d’un séisme majeur. Personnellement, je pense que les séismes de 1999 ne sont pas, à proprement parler, les «événements créateurs» de la société civile, mais qu’ils en constituent en quelque sorte «des événements annonciateurs». Depuis le début des années 90, en effet, il y avait déjà, de mon point de vue, une dynamique enclenchée, avec la multiplication des associations, avec les réactions à l’affaire de Susurluk ou avec la mobilisation ayant entouré l’exposition « Habitat 2 ». En fait, une dynamique était en cours et les tremblements de terre de la Marmara ont été des stimulateurs de ce phénomène. Il faut voir qu’une catastrophe révèle les lacunes du pouvoir politique traditionnel, les autorités ne sont plus capables de contrôler les choses et cela laisse bien sûr du champ à d’autres acteurs… Ceci étant, ce jaillissement de la société civile a été une sorte de vague qui n’a pas duré bien longtemps et rapidement le schéma traditionnel a repris ses droits. La presse, par exemple, n’a pas hésité à changer totalement de discours en quelques jours : ceux qui avaient dénoncé l’absence de l’État, au lendemain des séismes, ont annoncé sans vergogne « le retour de l’Etat », quelques semaines plus tard. Toutefois, il faut reconnaître que, pour beaucoup de citoyens turcs, le terme « ONG » est étroitement lié, depuis, aux suites des séismes de 1999.

OVIPOT : Dans vos travaux, vous faites une véritable histoire des séismes, que nous apprend cette histoire, notamment sur l’histoire politique de la Turquie ?
Çaglar Akungor : Beaucoup de choses ! Rien qu’en étudiant les périodes post-séismes, on peut retracer toute l’histoire de la Turquie contemporaine. Quand on part de 1939, on peut retrouver toutes les étapes des mutations politiques de ce pays : le passage à la démocratie multipartite, les périodes autoritaires, les démocratisations… On voit aussi que les règles du jeu ont commencé à être modifiées, à partir des années 80. Jusqu’au milieu des années 80, globalement la Turquie était un pays fermé au reste du monde, je veux dire un pays où les Turcs vivaient repliés sur eux-mêmes. Quand on retrace cette histoire des séismes en Turquie, la principale leçon qui apparaît, de mon point de vue, c’est que la Turquie n’a commencé à se moderniser au niveau politique qu’à partir des années 80. C’est, en effet, vraiment à cette époque que le libéralisme politique commence à se manifester.

OVIPOT : Mais comment peut-on détecter de tels changements au travers des séismes ?
Çaglar Akungor : Il suffit d’observer, par exemple, que jusqu’au séisme de 1999, on ne voit pas véritablement l’individu, le citoyen, se manifester. Il y a certes des gens qui veulent aider mais tout passe par un État qui centralise toutes les actions. En outre, on ne voit pas chez les citoyens de véritable volonté d’engagement personnel. En 1999, en revanche, on voit des gens partir dans les zones sinistrées sans tenir compte de la présence et de l’avis de l’Etat. Il y a là je pense une sorte de mobilisation et d’expression de demandes individuelles. Les individus réclament, en quelque sorte, leur droit d’assistance aux victimes du séisme. Et, dès lors, des tensions apparaissent entre les autorités et les volontaires qui arrivent dans la région. Et c’est là où la catastrophe débloque les choses. Il y a une situation de chaos, il est difficile de contrôler tous les volontaires, ces derniers, en outre, ne font pas nécessairement du bon travail mais, à l’occasion de cette situation, les individus vont court-circuiter l’Etat, pour pouvoir agir… pour pouvoir aider. Ceci est très important parce qu’il y a véritablement là, la réclamation d’une part de l’espace public.

OVIPOT : Les séismes de la Marmara en 1999 permettent-ils d’observer des changements vraiment profonds ?
Çaglar Akungor : Oui, il y a des changements importants à observer. Quand on regarde les discours post-séismes traditionnels, on s’aperçoit que jusqu’aux années 50, on parlait surtout de la nécessité de développer le pays pour faire face à de telles catastrophes. On envisageait les problèmes posés sous un angle exclusivement économique. Le discours était un peu : « Si les gens sont morts, c’est parce que notre béton est de mauvaise qualité… etc…etc… ». Par la suite dans les années 60 et 70, ce sont des discours plus militants, voire plus idéologiques qui s’imposent. «Le séisme reflète la lutte des classes et les victimes sont plus nombreuses dans les milieux défavorisés», dit-on alors en substance. Dans les années 90, et notamment en 1999, les critiques et les analyses sont beaucoup plus diversifiées et riches. Ainsi, on commence à s’interroger pour connaître les raisons de l’ampleur des dégâts matériels et humains. Et, en partant de la question de la responsabilité des séismes, on en arrive à un questionnement de l’ensemble du système. Surtout, on observe la mise en place d’une chaîne de causalité entre les dommages et un certain nombre de problèmes sociaux majeurs : la corruption, le clientélisme politique, la paralysie du système politique, la crise de la représentation démocratique… Il y a donc là des évolutions très importantes.
(Propos recueillis le 19 décembre 2007).

dimanche 16 décembre 2007

Du bon usage du mot «Science»


Le Président de la République a finalement nommé, le 11 décembre 2007, le Professeur Yusuf Ziya Ozcan, à la tête du YÖK (Yüksek Ogretim Kurulu – Conseil de l’enseignement supérieur). Ce sociologue de l’Université Technique du Moyen-orient d’Ankara, qui a été professeur invité, de 1992 à 1994, à l’Université internationale islamique de Malaisie, a pourtant une expérience administrative réduite. Il est surtout connu pour ses travaux dans sa discipline et pour être le Président du Conseil scientifique de l’institut de sondages et d’expertise dirigé par Sedat Laçiner (USAK-Uluslararasi Stratejik Arastirmalar Kurumu - Société pour les recherches stratégiques internationales).

Yusuf Ziya Ozcan a déclaré qu’il n’avait jamais rencontré Abdullah Gül avant que ce dernier ne lui fasse part de sa volonté de le nommer à la tête du YÖK. Il avait néanmoins pris des positions en faveur de la levée de l’interdiction du voile dans les universités et a, d’ailleurs, dès sa nomination, confirmé cette orientation de façon induite. «Je crois que les universités doivent être des entités totalement libres, n’ayant pour seule préoccupation que la diffusion de la Science.», a en effet déclaré le nouveau président, avant de conclure : «Les universités doivent diffuser les connaissances qui sont requises au 21ème siècle. Mon objectif est d’accroître cet impératif scientifique. Si nous réussissons tous les problèmes posés, y compris celui du foulard, seront résolus. Si les universités se concentrent sur la Science, nous n’aurons plus à être confrontés à tous les problèmes politiques que nous avons connus.»

Le nouveau président du YÖK ne s’est pas exprimé immédiatement de façon tranchée sur la question du voile. Il semble bien que son premier soucis soit, pour l’heure, de neutraliser la fonction qu’il occupe, qui, sous l’emprise de son prédécesseur, Erdogan Teziç, avait pris une dimension politique très active. On se souvient qu’Erdogan Teziç, jouant aussi sur sa qualité de constitutionnaliste, était intervenu dans le conflit lié au déroulement de l’élection présidentielle pour énoncer l’exigence du fameux quorum de 367 députés nécessaire pour la tenue du 1er tour. Et, si lui aussi faisait volontiers référence à la «science», c’était pour la brandir contre «l’obscurantisme» du gouvernement. Il avait ainsi souhaité avant le dépôt des candidatures pour la première élection présidentielle que le futur président soit une personnalité neutre convaincue des vertus de la démocratie, de la laïcité et « d’une science moderne ».

Il est sûr que l’ancien et le nouveau président ne se font pas la même idée de la science… Pour autant, il est moins sûr que le nouveau Président puisse tout de suite imposer ses vues car le YÖK est dirigé par un conseil de 21 membres où l’on ne dénombre que 6 membres favorables à l’AKP. Il devrait donc surtout s’employer à…. se faire oublier pour essayer de sortir le YÖK du champ politique où il s’est complu ces dernières années.
JM

samedi 15 décembre 2007

Destins croisés d’une génération


Ils sont intellectuels, universitaires, anciens gauchistes des années 70, exilés ou emprisonnés en 1980, puis revenus péniblement à la vie civile dans les années 80 et 90… C’est dire si leur parcours professionnel, voire militant, a pu suivre une trajectoire différente de celle des membres de «l’establishment». Et pourtant, il n’est pas rare qu’ils se retrouvent aujourd’hui unis, sous une même bannière kémaliste, en l’occurrence plus dogmatique et nationaliste qu’à proprement parler laïque, pour dénoncer la menace que le gouvernement de l’AKP ferait courir à la République. Depuis la victoire sans appel de l’AKP aux dernières législatives et l’arrivée d’Abdullah Gül à la présidence, la première preuve de la réalité de cette menace est, pour eux, la «Constitution civile» promise par le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, pendant la campagne, dont une première mouture a été rendue publique, en septembre dernier, par une commission d’experts dirigée par le constitutionnaliste, Ergun Özbudun.

Ressenti comme la première étape de la mise en œuvre du fameux «agenda caché», ce projet qui s’apparente pour ces kémalistes à un véritable complot islamiste vise à faire triompher, expliquent-ils encore, un «régime gouvernemental» sur un «régime pluraliste»… comprendre : à assurer la suprématie du gouvernement sur l’ensemble des organes de l’Etat et à mettre un terme à «la résistance» du pouvoir d’Etat. Peu importe que ce gouvernement soit légitime et détienne une confortable majorité parlementaire, tous expliquent qu’il faut se méfier du peuple en général et surtout de leur propre peuple qui vote pour des «islamistes». Car ces ex-militants d’extrême gauche ont tôt fait de troquer l’idée marxiste-léniniste d’avant-garde prolétarienne constituant la conscience politique des masses, pour celle plus kémaliste d’une élite éduquée et moderne conduisant des populations anatoliennes encore «attardées» sur le chemin radieux de la «civilisation». « Foin du peuple et du populisme ! » expliquent-ils à qui veut l’entendre. Le peuple n’a pas à être associé, selon eux, à l’élaboration de la Constitution ou en tout cas pas directement. «Comme une maison est faite par un architecte, une constitution doit être faite par des experts….»

On ne s’interrogera pas ici sur la légitimité et la pertinence des craintes de ces post-kémalistes mais l’on observera que certains de leurs compagnons d’armes ont fait un tout autre choix. L’AKP au pouvoir a reçu, en effet, l’appui de nombreux «libéraux». Il faut entendre par là le soutien de personnalités du monde politique, économique et culturel, favorables à l’intégration européenne, souvent laïques, mais critiques à l’égard de l’héritage kémaliste et, en particulier, du dogmatisme officiel dont il est l’objet. Ces «libéraux», qui ne se reconnaissent pas dans les origines islamistes de l’AKP et qui y sont même le plus souvent totalement allergiques, pensent que l’arrivée au gouvernement de ces post-islamistes, qui ont suscité un fort engouement populaire, est une occasion unique de faire bouger les choses. Leur nombre est certes limité et ils n’adhèrent pas à une organisation politique particulière, mais leur influence et leurs relations sont importantes. Ils ont notamment joué un rôle de premier plan pour sociabiliser les dirigeants de l’AKP, nouvellement élus, et leur apprendre à évoluer aux sommets de l’Etat.

Restent ceux qui, au sein de la même génération, pensent qu’il faut créer une nouvelle force de gauche libérale se démarquant du dogmatisme kémaliste et des risques de conservatisme de l’AKP. Mais entre post-kémalisme et post-islamisme, la voie est étroite pour des héros déjà un peu fatigués ! Peut-être pourrait-on dire à leur propos, en adaptant une maxime que le réalisateur Ettore Scola avait appliquée à la génération italienne des années 40/50: ils voulaient changer la Turquie et c’est la Turquie qui les a changés !
JM

mercredi 12 décembre 2007

Nicolas Monceau analyse les élites turques


Voici un livre qui arrive à point nommé. Il comblera tous ceux qui s’intéressent à la vie politique turque et cherchent à en comprendre le dessous des cartes. Nicolas Monceau publie chez Dalloz (Science politique), « Générations démocrates, les élites turques au pouvoir ». Cet ouvrage, issu d’une thèse en Science politique qu’il a soutenue récemment au sein du Laboratoire PACTE de l’Institut d’Etudes politiques de Grenoble, présente les résultats de la première enquête réalisée par un laboratoire européen en sciences sociales sur la vie politique turque contemporaine dans le contexte des négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Il analyse les trajectoires - éducatives, professionnelles et politiques - des élites turques, leur mobilisation en faveur de la démocratisation et de l'intégration européenne de la Turquie ainsi que leur rapport à l'Europe et à la démocratie.
L’auteur nous en dira plus prochainement dans un entretien que publiera ce Blog mais pour l’heure, voici un extrait de la préface qu’Yves Schemeil (professeur de science politique à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble et membre de l'Institut Universitaire de France) a réalisé de ce livre.

«On se lancera dans la lecture de l'ouvrage de Nicolas Monceau pour y trouver une explication originale de deux histoires imbriquées mais très difficiles : celle des intellectuels et de la politique; celle de la Turquie et de l'Europe. Le livre refermé, on en saura plus sur ce qui lie enseignants, étudiants, artistes d'un côté ; et chefs de partis, bureaucrates ou militaires, de l'autre. On aura une idée plus claire de ce qui associe ou dissocie les valeurs réformatrices locales et les valeurs unificatrices européennes. On comprendra mieux les ressorts de l'engagement; les conditions dans lesquelles se pose le problème de la démocratie; et les attitudes envers l'Europe. Et, bien sûr, on en saura beaucoup plus sur la Turquie elle-même !
L'innovation réside dans la découverte de ces générations politiques successives, chacune façonnée par l'un des coups d'État militaires qui se sont succédé depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Ces ruptures ont profondément influencé les trajectoires éducatives, professionnelles ou militantes. À l'avenir, on se rappellera que cette recherche fut la première d'une série que l'on souhaite longue. En dépit de la modestie de l'auteur, elle marque ainsi le lancement d'un nouveau débat sur la meilleure façon d'analyser la Turquie contemporaine.
On sera doublement reconnaissant à Nicolas Monceau : d'avoir réussi à nous fournir des preuves multiples de rigueur scientifique sur lesquelles son raisonnement s'appuie ; mais aussi d'avoir mis à notre disposition dans une langue claire et élégante des éléments de connaissance et de compréhension de nos interlocuteurs, sinon de nos partenaires, de l'Europe de demain. Si la longueur du processus de négociation entre Bruxelles et Ankara donnait la mesure du temps au cours duquel ce livre restera d'actualité, on le lira encore dans vingt ans !» Yves Schemeil.


Docteur en Science politique, Nicolas Monceau enseigne à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble et anime le Groupe d'études sur la Turquie et l'Europe du laboratoire PACTE (CNRS, IEP de Grenoble). Il a vécu six années à Istanbul (Turquie), comme chercheur à l'Institut Français d'Etudes Anatoliennes-Georges Dumézil et enseignant aux universités Galatasaray et Marmara. Ses thèmes de recherche portent sur la sociologie des élites et des opinions publiques en Europe et en Turquie, la sociologie des mobilisations ainsi que la sociologie politique de la Turquie contemporaine, dans le cadre du processus d'élargissement de l'Union européenne. Son ouvrage sur les élites turques est lauréat du concours du Prix de thèse Dalloz, en 2007, pour la publication des thèses en science politique. Il a été sélectionné par un jury universitaire sur de stricts critères d'excellence et d'originalité. En bref, une publication à ne pas manquer !

mardi 11 décembre 2007

L’affirmation de la Turquie comme acteur régional majeur


Ce mois-ci, la Turquie est souvent apparue sur le devant de la scène internationale. À bien des égards, elle tente de devenir un acteur régional incontournable dans une zone charnière située entre l’Europe, la Méditerranée, le Moyen-Orient et l’Asie centrale.

Inutile de rappeler qu’elle est concernée au premier chef par la question kurde. On peut d’ailleurs observer que si l’attitude du gouvernement turc a été diversement appréciée en l’occurrence, la Turquie n’est finalement pas totalement perdante. Cette affaire a, en effet, obligé les Etats-Unis à lui réaffirmer son soutien dans sa lutte contre le terrorisme. Il y a là, il faut bien le voir, une situation qui contribue à faire apparaître la Turquie comme une victime et qui conduit, en tout état de cause, les Américains à négocier avec elle. Et cela au moment même où après l’épisode de la discussion par une commission du Congrès d’une motion reconnaissant le génocide arménien (notre édition du 16 octobre 2007), les relations entre les deux pays ne sont pas à leur meilleur niveau. Cette crise kurde a également vu un surprenant rapprochement turco-syrien, mais aussi, dans une certaine mesure, l’instauration d’un dialogue régulier entre Ankara et Bagdad.

Pourtant, cette attitude de la Turquie guidée par une certaine fierté nationale, son désir de montrer sa capacité d’action et sa volonté de rechercher un consensus dans la région, est révélatrice d’une stratégie plus vaste, largement nouvelle par rapport à la situation qui prévalait dans les années 90. Indéniablement, la Turquie souhaite diversifier sa politique étrangère et les tendances actuelles de cette nouvelle orientation peuvent être résumées en trois axes essentiels qui sont d’ailleurs corrélatifs.

En premier lieu, la Turquie souhaite s’ouvrir plus largement vers le Moyen-Orient. Cette aspiration se matérialise notamment, d’une part, par les nombreuses rencontres ces derniers temps entre officiels turcs et arabes et, d’autre part, par le rôle actif que joue actuellement Ankara au sein de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI). Cette attitude réside aussi dans la forte implication de la Turquie dans les derniers contacts entre Israéliens et Palestiniens, dont on a eu un bon exemple, à la mi-novembre, avec la rencontre à Ankara du Président israélien et du Président de l’Autorité Palestinienne. Cet événement a permis à ce pays d’apparaître comme le médiateur consensuel d’un conflit difficile, tout en améliorant son image de marque entamée en permanence par des dossiers délicats comme les questions kurde et chypriote.

En second lieu, cette nouvelle politique étrangère n’en est pas moins pour la Turquie un moyen de s’affirmer face aux Etats-Unis par une politique d’autonomisation et de distanciation. Lors de la rencontre d’Ankara, l’invitation faite par Recep Tayyip Erdogan aux Israéliens et aux Palestiniens de venir à Annapolis a été une manière de se mettre sur un pied d’égalité avec les Etats-Unis. Loin de chercher des alliés exclusifs, au risque de leur être subordonnée et de devoir cloisonner sa politique étrangère, la Turquie a donc une stratégie de rééquilibrage de ses relations internationales. Anciennement alliée inconditionnelle des Etats-Unis et, dans une moindre mesure d’Israël, elle adopte aujourd’hui envers ces derniers un positionnement plus nuancé et plus fluctuant.

Une troisième tendance bien visible de la politique extérieure de la Turquie, à l’heure actuelle, est l’intérêt porté aux questions énergétiques. Au-delà des problèmes à proprement parler diplomatiques et symboliques, les enjeux économiques sont importants dans un contexte où la demande de la Turquie est en pleine croissance. Pour satisfaire ses besoins énergétiques, Ankara a considérablement renforcé sa coopération avec la Russie et son voisin iranien, ce dernier étant un fournisseur de gaz et de pétrole privilégié. Un nouveau contrat d’un milliard de dollars avec Téhéran, prévoyant la modernisation des réseaux électriques entre les deux pays, vient d’être signé, au grand dam des Etats-Unis qui condamnent toute coopération avec la République islamique. Par ailleurs, la Turquie manifeste clairement sa volonté de soutenir sa diplomatie active par des initiatives économiques d’accompagnement. L’accord signé avec Israël pour établir une zone industrielle en Cisjordanie vient confirmer une stratégie, qui s’était déjà manifestée dans le nord de l’Irak.

La Turquie montre donc bel et bien son volontarisme sur la scène régionale et internationale. Dans quelle mesure réussira-t-elle à concrétiser ses ambitions diplomatiques et économiques ? Cela dépendra de multiples facteurs, notamment de l’attitude de l’Iran dont la présence est bien réelle même si elle n’apparaît pas au grand jour, mais aussi de celle des Etats-Unis bien sûr. Car, l’influence et la capacité conciliatrice de Washington, bien qu’elle ait beaucoup perdu de sa crédibilité au Moyen-Orient (comme le confirme le bilan décevant de la conférence d’Annapolis), conditionne largement l’impact des tentatives de médiation turques.
Marie Phiquepal

lundi 10 décembre 2007

Des nouvelles de la Constitution civile…


L’AKP doit rendre public cette semaine son projet de constitution civile après avoir amendé le texte présenté par la commission Özbudun en septembre dernier. Où en est exactement ce projet ?

Rappelons que le Premier ministre a confié la rédaction de la première mouture de cette constitution à une commission d’experts, présidée par le prestigieux constitutionnaliste, Ergun Özbudun et composée de Serap Yazici (Bilgi Üniversitesi, Istanbul), Levent Köker (Gazi Üniversitesi, Ankara), Zühtü Arslan (Polis Akademi), Yavuz Atar (Selçuk Üniversitesi, Konya) et Fazil Hüsnü Erdem (Dicle Üniversitesi, Diyarbakir). Cette commission a rendu sa copie symboliquement, le 12 septembre 2007 (jour anniversaire du coup d’Etat de 1980), provoquant, on s’en souvient, par là-même, une série de débats ayant trait à la laïcité et aux libertés (en particulier, à la question de la suppression des cours de religion obligatoire et au problème de la levée de l’interdiction du voile à l’Université…). Par la suite, une polémique s’est ouverte sur la pertinence de la démarche gouvernementale. Certains ont insisté sur la nécessité de saisir sans tarder le Parlement, seule instance constitutionnellement habilitée à statuer sur un changement de la loi fondamentale actuelle. Le gouvernement, pour sa part, a souhaité éviter qu’une consultation trop rapide du Parlement voit les partis politiques confisquer le débat, en estimant par ailleurs que la société civile devait aussi avoir son mot à dire.

Depuis, alors même que l’AKP examinait le projet présenté par la commission d’experts et que d’autres sujets (question kurde notamment) occupaient l’actualité politique, 3 initiatives civiles se sont fait connaître et ambitionnent, soit d’amender le projet gouvernemental, soit de proposer un texte alternatif. Ces trois initiatives sont les suivantes : celle de la TOBB (Türkiye Odalar ve Borsalar Birligi - Union des Chambres de Commerce et des Bourses de Turquie), celle des avocats du TBD (Türkiye Barolar Dernegi-Association des Barreaux de Turquie) et celle qui est intitulée « Özgür Demokratik Esitlikçi » (Égalité libre et démocratique).

La première est une initiative des milieux d’affaires qui a essayé en vain de s’associer à la troisième et qui souhaite discuter le projet gouvernemental. La seconde s’appuie sur un projet de constitution qui, à la base, a été préparé par l’Union des Barreaux de Turquie, en 2001, et qui a été solennellement rendu public lors d’une conférence internationale de droit constitutionnel. Ce projet était à l’époque assez «oeucuménique» mais aujourd’hui, après avoir été amendé, en particulier sur les questions de citoyenneté, il apparaît principalement comme une initiative kémaliste assez nationaliste et en tout cas réticente au changement de Constitution. La dernière initiative rassemble en fait une série d’organisations syndicales : DISK (ouvriers), KESK (retraités de la fonction publique), TMMOB (ingénieurs et architectes), TÜRMOB (comptables agréés), TTB (médecins), TDB (dentistes), TEB (pharmaciens). Elle apparaît comme un projet de gauche favorable à une nouvelle constitution mais pas à celle que prépare le gouvernement de l’AKP. Cette initiative pourtant ne présente pas de projet alternatif mais entend surtout discuter le projet gouvernemental.

Théoriquement, après avoir rendu public son projet, l’AKP ne devrait pas tarder à en saisir le Parlement. Comment sera alors consultée la société civile ? Quel sera le «timing» de la procédure d’élaboration constitutionnelle ? Que deviendra le «paquet constitutionnel» adopté par référendum, le 21 octobre dernier ? Et surtout quel sera le contenu du projet amendé par l’AKP ? Autant de questions qui méritent rapidement des éclaircissements…
JM

dimanche 9 décembre 2007

Pouvoir civil «versus» YÖK


Si la crise présidentielle de l’été qui a provoqué des élections anticipées et vu l’accession d’Abdullah Gül à la Présidence paraît désormais derrière nous, le chapitre des mutations de fond provoquées par cette crise est loin d’être refermé. Depuis trois mois, aux tensions spectaculaires de l’été entre «l’establishment» et le gouvernement de l’AKP a succédé une rivalité permanente entre les deux camps, le premier cherchant à défendre sa présence et son influence dans le système politique turc face aux nouvelles positions et compétences acquises par le second. Cette situation dessine, en fait, le nouveau rapport de force qui est en train de s’établir aux sommets de l’Etat entre les «vainqueurs» et les «vaincus» de l’été.

Ce nouveau rapport de force s’observe sur de grands dossiers comme la question kurde ou le projet de constitution civile. Sur la question kurde, « l’establishment » a repris, ces dernières semaines, la stratégie inaugurée au plus fort de la crise présidentielle de l’été et consistant à tenter d’instrumentaliser la crise (notamment ses sujets les plus sensibles comme celui des attentats du PKK), pour susciter une réaction nationaliste contre le gouvernement accusé de passivité. Sur la Constitution civile, certains des représentants du même «establishment» se sont employés à dénoncer un projet qu’ils présentent souvent comme la première étape de la réalisation du fameux «agenda caché» visant à tordre le coup à la République laïque.

Mais, à côté des grands débats, l’évolution de ce rapport de force risque fort d’affecter aussi des questions plus prosaïques et plus personnelles, comme celle des nominations aux sommets de l’Etat. Cet enjeu est révélateur, car il découle directement de l’élection d’Abdullah Gül et des conséquences qui sont les siennes. Rappelons qu’en Turquie où existe un régime parlementaire assez classique, le Président ne gouverne pas mais dispose en revanche d’un pouvoir important de confirmation de certaines décisions, de promulgation des textes et surtout de nominations aux emplois supérieurs de l’Etat. Entre 2002 et 2007, lors de la première législature de l’AKP, le Président Ahmet Necdet Sezer, avait, en digne représentant de «l’establishement», transformé la Présidence en bastion de la résistance au nouveau gouvernement et à ses réformes. À de nombreuses reprises, des textes ou des nominations ont donné lieu à des conflits entre la Présidence et le gouvernement, l’un des derniers en date ayant été le «paquet constitutionnel» prévoyant, entre autres, l’élection du Président de la République au suffrage universel, réforme qui a été adoptée par référendum, le 21 octobre 2007. Mais désormais, les frontières entre le pouvoir civil et le pouvoir d’Etat se sont étendues, au profit du premier, la présidence étant occupée par Abdullah Gül. Que se passera-t-il, dès lors, le jour le nouvel occupant de Çankaya sera en position de nommer… le chef d’Etat major ?

Pour l’heure, nous n’en sommes certes pas encore là. Toutefois, la prochaine nomination délicate va concerner la présidence du YÖK (Yüksek Ögretim Kurulu – Conseil de l’enseignement supérieur), puisque son actuel président, Erdogan Teziç, arrive en fin de mandat. L’affaire n’est pas mince car, cette institution a pris, comme cela avait été le cas pour la Présidence de la République, avant août 2007, une place tout à fait cruciale dans le dispositif d’opposition au gouvernement déployé par «l’establishment». Rappelons que le YÖK, qui fut créé par les militaires, après le coup d’Etat de 1980, contrôle étroitement les universités turques (programmes, nominations de recteurs…). Depuis l’arrivée de l’AKP au pouvoir en 2002, le YÖK et son conseil des recteurs se sont de plus en plus directement impliqués dans les débats politiques. Pendant la crise de 2007, en particulier, le YÖK, par la voix de son très laïque président Teziç, n’a pas hésité à intervenir dans le déroulement de l’élection présidentielle, en soutenant notamment l’exigence du quorum de 367 députés et en souhaitant publiquement l’accession à la Présidence d’une personnalité convaincue des vertus de « la science moderne ». Par la suite, il s’en est pris au projet de constitution civile du premier ministre Erdogan, en y voyant une menace pour la laïcité. Les interventions de ceux que l’opinion publique appelle désormais « les Rektör », et qui ne sont pas sans rappeler celles de l’état-major, au point que certains journalistes ont même parlé des «memorandums» du YÖK (allusion au «memorandum» de l’état major, publié sur le site web, au soir de la première élection présidentielle le 27 avril 2007) ont été diversement accueillies. Le gouvernement de l’AKP, quant à lui, a indiqué, à plusieurs reprises que, par un tel comportement, le YÖK sortait, en l’occurrence, de ses attributions.

La fin du mandat d’Erdogan Teziç devant intervenir le 8 décembre 2007, la nomination du président du YÖK risque donc d’être le prochain moment important de l’évolution en cours du rapport de force entre pouvoir d’Etat et pouvoir civil. Et cela, d’autant plus que cette institution est directement concernée par deux des débats les plus chauds provoqués par le projet de constitution civile : celui de la levée de l’interdiction du port du voile dans les universités et celui de l’accès des élèves issus des lycées religieux («imam hatip lisesi») à l’enseignement supérieur.

Pour l’instant, le Président de la République, Abdullah Gül n’a pas directement abordé publiquement le problème posé par la fin du mandat d’Erdogan Teziç mais, dans l’avion qui le menait récemment en visite officielle au Pakistan, il a révélé qu’il avait eu connaissance, aux premiers jours de l’exercice de son mandat, d’une note concernant un candidat au Rectorat de l’Université d’Osmangazi. Cette note s’enquérait de la coiffure de l’épouse du candidat en question alors même qu’il s’est avéré par la suite que ce dernier n’était même pas marié. Abdullah Gül s’est offusqué de telles pratiques en souhaitant que le système universitaire turc s’attache à l’avenir à ressembler à celui des pays «les plus avancés». Comme d’habitude cette première banderille a été suivie d’un duel à fleurets mouchetés, le YÖK et Erdogan Teziç démentant avoir jamais transmis une telle note au Président, et ce dernier niant avoir dit que la note en question provenait du YÖK. Cela n’a pas empêché le Chef de l’Etat de souhaiter que le prochain président du YÖK soit quelqu’un de «favorable à la liberté».
JM

jeudi 6 décembre 2007

Ali Babacan en Grèce


Le voyage officiel qu’a effectué Ali Babacan, le ministre turc des Affaires étrangères, confirme le fort activisme diplomatique actuel de la Turquie. Ce pays, à la politique étrangère naguère si prudente, surtout dans ses relations avec ses voisins est décidément, ces derniers jours, sur tous les fronts. Après avoir tenu une place remarquée, dans la préparation de la conférence d’Annapolis, et vu son Président aller jouer les modérateurs au Pakistan, la Turquie a donc relancé un dialogue avec la Grèce, ouvert depuis plus de 7 ans déjà, lors de ce qu’on avait appelé, à l’époque, «la diplomatie des tremblements de terre».

En août 1999, en effet, le tremblement de terre qui secoue Izmit et qui est ressenti jusqu’aux faubourgs d’Istanbul, cause la mort de 27 000 personnes et provoque un mouvement de solidarité des Grecs, qui envoient des secours. Un mois plus tard, la Grèce, frappée à son tour par un séisme, voit arriver des sauveteurs turcs. Profitant de cette occasion de rapprochement, créée par les circonstances et l’émotion provoquée, les ministres sociaux-démocrates des Affaires étrangères de l’époque, Georges Papandréou et Ismail Cem, décident d’en finir avec le nationalisme sectaire qui avait dominé les relations gréco-turques dans les décennies antérieures. La Grèce, par ailleurs, ayant levé son veto à la candidature turque à l’UE, en décembre 1999, une coopération économique, culturelle, touristique, environnementale s’engage, et se traduit par la signature de plus d’une vingtaine de traités bilatéraux. Les alternances politiques ultérieures dans les deux pays (notamment l’arrivée de l’AKP au pouvoir en Turquie, en 2002, et celle de la «Nouvelle Démocratie» en Grèce, en 2004) n’ont pas affecté le réchauffement des relations entre Athènes et Ankara. De nombreuses initiatives culturelles, artistiques ou intellectuelles ont permis aux sociétés civiles grecque et turque de nouer des relations suivies. La Grèce a même mis à disposition de la Turquie un groupe spécial d’experts chargé d’offrir à l’administration turque un savoir-faire en matière de questions européennes, en particulier pour la reprise de «l’acquis communautaire». Le tourisme a connu un développement spectaculaire : près d’un demi-million de touristes grecs visitent désormais, chaque année, la Turquie….

Si ce voyage en Grèce, au cours duquel Ali Babacan a rencontré son homologue, Dora Bakoyannis, mais aussi le Président de la République, Karolos Papoulias et le premier ministre, Costas Karamanlis, a confirmé les bonnes relations existant actuellement entre Athènes et Ankara, ainsi que le soutien de la Grèce à la candidature turque à l’UE, il a surtout été marqué par la signature d’accords militaires qui prévoient pour la première fois dans l’histoire, la mise sur pied d’une force armée commune gréco-turque dans le cadre de l’OTAN.

Rappelant que les deux pays venaient de reconduire au pouvoir leurs gouvernements respectifs (la Turquie, en juillet 2007, et la Grèce, en septembre 2007) pour une nouvelle législature et que cela constituait une chance à saisir, Dora Bakoyannis a souligné « qu’une nouvelle ère s’ouvrait dans les relations bilatérales gréco-turques. » Ali Babacan a confirmé, pour sa part, l’importance des accords militaires signés en insistant sur la solidité de la relation actuelle entre Athènes et Ankara. Un belle réussite, en effet, quand on se souvient qu’en 1996, la Grèce et la Turquie étaient passées à deux doigts d’un conflit armé, pour un différent sur l’appartenance d’un îlot rocheux inhabité du Dodécanèse !
JM