vendredi 22 janvier 2010

Référendum et révision constitutionnelle en perspective…


Après l’éventualité d’élections législatives anticipées, évoquée en début d’année (cf. notre édition du 7 janvier 2009), c’est la tenue probable d’un référendum visant à réviser la Constitution, qui occupe désormais la une de l’actualité. Pour mener à bien cette révision le gouvernement entend, tout d’abord, réduire le délai nécessaire à l’organisation d’un référendum. Cette idée avait déjà été à l’ordre du jour, en 2007, pour permettre l’organisation conjointe du référendum ayant permis la réforme de l’élection du président de la République et la tenue des élections législatives anticipées (cf. nos éditions du 4, 17, 22 juin 2007 et 7 juillet 2007). Mais elle avait été bloquée alors par le président de la République (cf. notre édition du 22 juin 2007).

Quoiqu’il en soit, le 20 janvier dernier la commission constitutionnelle du parlement a adopté un projet de loi réduisant ce délai de 120 à 60 jours. Comme en 2007, c’est d’abord un délai de 45 jours qui avait été envisagé, mais finalement ce dernier a été porté à 60 jours, le YSK (Yüksek Seçim Kurulu, Conseil suprême des élections) ayant fait observer que le premier délai projeté risquait d’être matériellement trop court pour organiser une consultation électorale dans de bonnes conditions. La réduction du délai à 60 jours permettrait ainsi au gouvernement de proposer son référendum au mois d’avril prochain.

Quant au contenu de la révision constitutionnelle, elle porterait pour l’essentiel sur : la possibilité d’une représentation au parlement des partis politiques n’ayant pas franchi la barre 10% au niveau national lors des élections législatives, la limitation des conditions nécessaires pour décider de la dissolution des partis politiques, la modification de la composition de la Cour constitutionnelle et de celle du HYSK (Hakimler ve Savcılar Yüksek Kurulu – Conseil des juges et des procureurs), la création d’une commission parlementaire d’éthique (dont le rôle serait de se prononcer sur les conflits d’intérêts pouvant concerner les responsables politiques) et la création d’un Ombudsman.

Rappelons que la Constitution turque actuelle, élaborée dans le sillage du coup d’État militaire de 1980 et entrée en vigueur après son adoption par référendum en 1982, a toujours été contestée. Objet de plus d’une quinzaine de révisions, elle a été profondément amendée, notamment entre 2001 et 2004, pour permettre à la Turquie de satisfaire les conditions nécessaires à l’ouverture des négociations avec l’UE. En 2007, l’opposition et la Cour constitutionnelle se sont appuyées sur des dispositions de cette Constitution pour tenter d’empêcher l’élection d’Abdullah Gül à la présidence de la République. C’est ce qui explique que l’un des premiers objectifs du gouvernement de l’AKP, après sa large victoire de juillet 2007, ait été de proposer l’adoption d’une nouvelle constitution baptisée alors «Constitution civile», par opposition au texte actuel qui serait resté, du fait de ses origines, une constitution militaire (cf. nos éditions des 22 et 23 septembre 2007, 5 octobre 2007, 10 décembre 2007). Après la rédaction, à l’automne 2007, d’une première mouture de la Constitution projetée par une commission d’experts présidée par le constitutionnaliste, Ergun Özbudun, le projet s’est enlisé, en 2008, victime des conflits déclenchés par les premiers débats sur la laïcité qu’il avait provoqués (en particulier sur la question de la levée de l’interdiction du port du voile dans les universités qui fera l’objet d’une tentative de révision constitutionnelle en février 2008). Depuis, le terme de «Constitution civile» est progressivement tombé en désuétude, laissant place notamment, dans le contexte de la campagne pour les élections locales de mars 2009, à l’idée d’une réforme partielle de la Constitution de 1982.

La relance d’un projet de réforme constitutionnelle est actuellement présentée par l’AKP, comme une pièce majeure de la continuation des réformes nécessaires à l’entrée de la Turquie dans l’UE. Mais le contexte, qui avait présidé aux révisions constitutionnelles conduites avant l’ouverture des négociations avec Bruxelles (2001-2004) et soutenues alors par des partis aujourd’hui dans l’opposition (en particulier par le CHP), a profondément changé. Depuis la crise présidentielle de 2007, la question constitutionnelle est devenue un point d’achoppement majeur entre, d’une part, le gouvernement et ceux qui le soutiennent (libéraux…) et, d’autre part, les institutions et forces politiques qui redoutent qu’une remise en cause du texte actuel renforce dangereusement la position dominante du parti au pouvoir (establishement politico-militaire, partis d’opposition, milieux laïques de gauche…).

Certains éléments du paquet d’amendements constitutionnels que le gouvernement se propose de soumettre prochainement à un référendum, constituent notamment des enjeux particulièrement importants, qui ont déjà fait l’objet de polémiques et de conflits au cours des deux dernières années. C’est le cas, tout d’abord, de la réforme rendant la dissolution des partis politiques plus difficiles. On se souvient, en effet, qu’une procédure de dissolution avait été tentée, en 2008, contre l’AKP et qu’elle n’avait finalement échoué que de justesse. C’est le cas, également, de la modification de la composition de la Cour constitutionnelle, principale adversaire du gouvernement, qui depuis 2007, avec le déclin de l’armée, est devenue le meilleur garde-fou pour protéger ce qui reste du système politique établi par la Constitution de 1982. C’est enfin le cas du HYSK, autre garde-fou important, qui gêne la restructuration que connaît le pouvoir judiciaire depuis l’arrivée de l’AKP au gouvernement. Dans le contexte des tensions provoquées par les multiples scandales militaires récemment mis à jour (Kozmik Oda, Balyoz…), il est donc probable qu’une telle réforme de la Constitution risque d’aviver encore la polarisation sourde qui domine la vie politique turque depuis 2007, et de la porter à son comble…
JM

jeudi 21 janvier 2010

«Taraf» révèle un nouveau complot, le plan «Balyoz»


Dans son édition datée du 20 janvier 2010, le quotidien «Taraf» vient de révéler un nouveau complot, le plan «Balyoz» (marteau de forge). Ce plan préparé en 2003, peu après l’arrivée de l’AKP au pouvoir (novembre 2002), aurait eu pour premier objectif d’organiser une série d’attentats à la bombe contre des mosquées, en particulier contre les mosquées de «Fatih» et de «Beyazit», qui comptent parmi les plus fréquentées d’Istanbul. Le quotidien révèle en particulier les noms de code de «Çarsaf» (Burqa) et «Sakal» (barbe) de ces deux opérations consistant à déclencher des explosions et des mouvements de panique, au moment de la prière du vendredi, et à inciter les fidèles ensuite à investir la rue pour manifester violemment. Ces activités de déstabilisation auraient été suivies par une série d’initiatives visant à accroître le chaos : incidents aériens entre la Turquie et la Grèce pour montrer que le gouvernement assurait mal la sécurité du pays, organisations de manifestations républicaines laïques, et attaques au cocktail Molotov contre le musée de l’aviation de Yeşilköy, à Istanbul.

Le plan en question aurait été principalement élaboré par 3 généraux aujourd’hui à la retraite (Çetin Doğan, Ibrahim Fırtına et Ergin Saygun) et approuvé par une assemblée de 162 membres des forces armées dont 29 généraux. Il reposerait sur un document de près de 5000 pages, qui mentionnerait aussi fréquemment le nom de l’amiral Örnek, dont les carnets controversés décrivant la préparation d’un complot du même genre avaient été révélés par le magazine Nokta, en avril 2007, ce qui avait à l’époque conduit à l’interdiction du magazine en question. Le document planifiant le plan «Balyoz» vanterait en particulier les méthodes du coup d’Etat du 12 septembre 1980, et décrirait l’AKP comme un parti fondamentaliste, faisant le jeu des Etats-Unis et de l’Union Européenne contre la République laïque. Il analyserait la victoire du parti de Recep Tayyip Erdoğan, avant tout comme la conséquence d’un vote protestataire et plaiderait pour une coordination de l’action des associations laïques les plus en vue (en particulier l’association pour une vie moderne de Türkan Saylan –ÇYDD- ou l’Association de la pensée kémaliste –ADD- organisatrice des meetings républicains de 2007), des partis d’opposition et des forces armées pour reprendre en main la situation.

Ce n’est pas la première fois bien sûr que « Taraf » jette un tel pavé dans la marre. Depuis sa création en novembre 2007, par l’écrivain Ahmet Altan et par un groupe d’intellectuels dont une partie ont milité dans des mouvements d’extrême-gauche dans les années 70 et ont compté parmi les victimes du coup d’Etat de 1980, le quotidien, qui est devenu la bête noire des forces armées turques, est accusé par ses détracteurs d’être manipulé et financé par les réseaux de Fetullah Gülen, sans que cela ait pu être prouvé. Depuis deux ans, il a été à l’origine de la plupart des grands scandales et révélations de complot qui ont ébranlé l’institution militaire. C’est ainsi ce journal qui, en octobre 2008, a accusé l’armée d’avoir sciemment laissé le PKK conduire une attaque meurtrière contre la garnison d’Aktütün, dans le sud-est, afin de susciter des réactions anti-kurdes au sein de l’opinion publique turque. C’est encore le même journal, qui a mis à jour, en juin 2009, le «plan d’action contre la réaction», un complot conçu par des militaires proches de l’état-major, qui aurait eu pour objectif de ternir l’image du gouvernement. C’est enfin «Taraf» qui, en novembre dernier, avait révélé le plan « Cage », une opération organisé par des officiers de marine et visant à assassiner des personnalités non-musulmanes, là encore pour créer une situation chaotique et décrédibiliser l’action du gouvernement.

Toutefois, la spécificité de cette nouvelle offensive de « Taraf », c’est qu’elle ne s’en prend pas seulement à l’armée mais aussi à la presse. En effet, le quotidien a annoncé, dans son édition d’hier, qu’il allait prochainement révéler le nom de 137 journalistes, qui auraient coopéré avec les forces armées à la mise en œuvre du plan «Balyoz» et le nom de 36 autres qui auraient été immédiatement arrêtés si une telle opération avait été déclenchée. Pour comprendre la portée d’une telle annonce, il faut se souvenir que, lors de précédentes interventions militaires, une partie de la presse avait apporté son concours à l’armée sous diverses formes. En particulier, lors du coup d’Etat post-moderne, en 1997, après les mises en garde du conseil de sécurité nationale du 28 février, les médias du groupe Doğan avait mené une campagne contre le gouvernement de l’islamiste Necmettin Erbakan, pour l’affaiblir et le pousser à démissionner. Il ne faut pas oublier non plus que, depuis septembre 2008, un conflit sévère oppose le gouvernement au groupe Doğan condamné récemment à une très forte amende ; une situation qui a conduit la Commission européenne dans ses deux derniers rapports d’évaluation sur la candidature turque, à s’inquiéter pour la liberté de la presse en Turquie.

On comprend, dès lors, que la nouvelle révélation de «Taraf», au-delà du nouveau scandale qui met en cause l’armée, risque d’accroître encore la polarisation qui oppose dans la société turque ceux qui soutiennent ou accompagnent le gouvernement de l’AKP et ceux qui le redoutent ou le combattent. Car, en impliquant la presse dans les complots qui auraient été ourdis par des militaires contre le gouvernement, les accusations de «Taraf» élargissent considérablement un spectre de factieux jusqu’ici surtout concentré sur les forces armées et tendent en fait à dénoncer le système qui avait précipité la chute du gouvernement Erbakan en 1997. Eu égard à l’importance de l’enjeu, on observe qu’une grande partie de la presse n’a pas relayé, le 20 janvier 2010, les révélations de «Taraf» et les accusations qu’elles contiennent. Une fois de plus la question va donc être posée dans les prochains jours : «Taraf» dévoile-t-il le système de la démocratie contrôlée et manipulée telle qu’elle a fonctionné en Turquie pendant des années ou sert-il à son tour des intérêts occultes, en rendant par des campagne de presse, la monnaie de leur pièces à ceux qui par le passé ont mis leur plume au service de l’État profond ?
JM

mercredi 20 janvier 2010

Nouveau déplacement de Recep Tayyip Erdoğan en Russie.


Riche en déclarations optimistes parlant de «coopération» d’«exemplarité» ou de «traditions de bon voisinage», la dernière visite (12 au 14 janvier 2010) de Recep Tayyip Erdoğan en Russie s’est concrétisée par la signature d’un certain nombre d’accords et par la relance de négociations dans des domaines actuellement cruciaux pour les économies des deux pays. La question énergétique a été tout particulièrement à l’honneur, au cours de discussions qui se sont intéressé, tant aux intérêts mutuels, qu’aux perspectives globales.

Au niveau bilatéral, les pourparlers visant à surmonter le blocage de la construction de la première centrale nucléaire turque par un consortium russe, suite à une décision d’annulation de l’appel d’offre d’attribution de cette construction par le Conseil d’Etat turc, ont abouti. Un nouvel appel d’offre sera proposé dans les premiers mois de 2010. De même, chacune des parties a redit sa volonté d’accentuer les politiques énergétiques communes, quels qu’en soient les domaines. Le premier ministre turc a ainsi voulu faire pièce aux rumeurs évoquant une rivalité énergétique entre les deux pays, en déclarant «nous avons beaucoup de possibilités, non seulement dans le domaine gazier, mais aussi dans celui du pétrole et des produits pétroliers.» Toutefois, pour ce qui est du domaine énergétique, les conséquences les plus importantes de la visite du chef du gouvernement turc en Russie, sont sans conteste celles touchant aux fameux projets de gazoducs «Nabucco» et «South Stream». Rappelons que le projet de gazoduc européen «Nabucco», qui doit relier la Caspienne à l’Autriche, via la Turquie, entend constituer une alternative à l’approvisionnement gazier russe dominant de l’Europe et prévenir les pressions que Moscou peut exercer de fait sur les pays européens. Le «South Stream» est son concurrent direct, puisqu’il doit constituer une nouvelle voie d’acheminement du gaz russe vers l’Italie. Il évite l’Ukraine, qui a eu régulièrement des différends gaziers avec la Russie, ces dernières années, mais passera par les eaux territoriales turques. Malgré leur caractère concurrent, la Turquie est engagée dans les deux projets, depuis l’été 2009. Le premier ministre turc a mis à profit cette ambivalence, en proposant, d’une part, d’associer la Russie au projet «Nabucco», et en s’engageant, d’autre part, au cours de sa visite à Moscou, à accélérer la mise en œuvre du «South Stream». Vladimir Poutine a ainsi déclaré, à l’issue d’un entretien, que la Turquie donnerait son «autorisation à la construction» du «South Stream» d’ici le 10 novembre 2010.

La coopération turco-russe semble donc au beau fixe sur le plan énergétique. Mais des accords dans d’autres domaines semblent confirmer que, de manière générale, les deux «grands» de la région ont compris qu’ils ont un intérêt mutuel de coopération tout azimut. Le gouvernement turc applique à l’égard de la Russie la doctrine de sa nouvelle politique étrangère. Plus concrètement, dans le sillage de décisions du même genre prises par la Turquie avec des pays voisins du monde arabe (Syrie, Jordanie, Lybie, Liban…), Ankara et Moscou ont évoqué une possible suppression mutuelle de l’obligation de visas. De la même manière, la décision de créer en 2010, un «Conseil de coopération intergouvernementale turco-russe» semble s’inscrire dans la même logique de dissémination, Ahmet Davutoğlu ayant annoncé la formation, au cours de cette année, de 26 missions turques de coopération à l’étranger.

Pour prometteur qu’il soit, le rapprochement turco-russe n’en comporte pas moins quelques sérieux points d’achoppement, qui ont tempéré l’enthousiasme ambiant de la visite de Recep Tayyip Erdoğan. Ces désaccords concernent la politique régionale des deux pays, et le Caucase en particulier. En effet, la Turquie était aussi venue à Moscou pour obtenir le soutien de la Russie à un règlement du conflit du Haut-Karabagh, qu’elle a pratiquement posé comme condition à sa ratification des protocoles, signés en octobre dernier avec Erevan. Recep Tayyip Erdoğan a ainsi déclaré que la normalisation des relations avec l’Arménie restait liée, selon lui, à une solution acceptable de ce conflit par l’Azerbaïdjan. Mais la Russie a redit que, comme l’Arménie d’ailleurs, elle refuse de lier les deux processus. Moscou craint notamment que son implication trop poussée dans le Caucase la place en situation de concurrence avec les Etats-Unis. De surcroît, les protocoles entre Ankara et Erevan paraissent de plus en plus mal engagés. Toujours non ratifiés, ceux-ci font les frais d’un net regain de tensions entre les deux pays. Alors que la visite de Recep Tayyip Erdoğan en Russie n’a rien éclairci et que le ministère turc des affaires étrangères a déclaré aujourd’hui même que la décision concernant la constitutionnalité des protocoles, rendue récemment par la Cour constitutionnelle arménienne, n’était pas acceptable, on peut parier que la ratification de ces derniers ne fera pas partie de l’ordre du jour du parlement turc, dans les semaines à venir. Dès lors, dans un contexte aussi compromis, on comprend que Moscou refuse de prendre une quelconque initiative pour résoudre l’insoluble désaccord arméno-turc.

En dépit des réserves concernant la politique régionale des deux pays, la visite d’Erdoğan à Moscou dessine les contours d’une coopération poussée entre les deux pays. Après les succès encourageants qu’elle a pu obtenir auprès de ses voisins, la prometteuse politique étrangère turque semble donc s’assurer un allié de taille. Mais, eu égard aux désaccords politiques qui persistent, il faudra qu’au mois de juin prochain, la visite du président russe Medvedev à Ankara, confirme les espoirs que placent les deux parties dans leur nouvelle collaboration. Spectateur passif comme souvent, l’Union européenne ne semble pas, de son côté, réagir à cette convergence russo-turque et aux conséquences qu’elle peut avoir, notamment dans le domaine énergétique. Il n’est point de pire sourd…
Louis-Marie Bureau

mardi 19 janvier 2010

Il y a 3 ans … Hrant Dink !


Il y a 3 ans, le journaliste turc d’origine arménienne, Hrant Dink, était assassiné, au cœur d’Istanbul, devant le siège du journal «Agos», dont il était le rédacteur en chef. Depuis, le 19 janvier est devenu, en Turquie, un jour de recueillement et de combat, non seulement pour les proches et les amis du journaliste, mais aussi pour tous ceux qui se battent pour la liberté d’expression et l’établissement d’un État de droit véritable. Le 22 janvier 2007, pour les obsèques de Hrant Dink, 100 000 personnes étaient massivement sortis dans la rue, entre Harbiye et Kumkapı, non seulement pour demander justice, mais aussi pour que l’on fasse la clarté sur les pratiques occultes qui paraissaient à l’origine d’un tel crime (cf. notre édition du 30 janvier 2007).

Depuis 3 ans, pourtant, l’enquête piétine, malgré les efforts des avocats de la famille et de «l’Association des amis de Hrant». Ces derniers craignent que cette procédure progressivement subisse le même sort que celles qui ont suivi les assassinats d’autres journalistes ou personnalités. Un an après la disparition tragique de Hrant Dink, les débuts de l’affaire Ergenekon avaient fait naître l’espoir que, dans ce pays, plus rien ne puisse être comme avant. La mise en accusation du réseau Ergenekon et l’arrestation d’une série d’individus, impliqués de longue date dans des activités comparables à celles qui avaient préparées l’assassinat du journaliste d’Agos, sonnaient comme un coup de semonce contre l’Etat profond. Des juges et des procureurs osaient enfin s’attaquer directement à ce pouvoir occulte instrumentalisé par certains secteurs de l’Etat et par des ultra-nationalistes, pour s’opposer aux réformes et maintenir la chape de plomb officielle. Mais les résultats de l’affaire Ergenekon ont déçu et n’ont pas fait beaucoup avancer l’enquête sur l’assassinat de Hrant Dink. La justice semble peu encline à admettre, en effet, qu’une telle opération ait été préméditée et qu’elle ait un lien étroit avec d’autres assassinats, survenus précédemment ou peu après, et attribués à Ergenekon, notamment celui du prêtre italien, Andrea Santoro, à Trabzon, en 2006, et ceux des trois chrétiens de Malatya, en avril 2007 (cf . notre édition du 23 avril 2007) ; autant d’affaires dont les enquêtes ont connu d’ailleurs des déboires similaires. Les avocats ont aussi manifestement du mal à faire accepter l’idée d’un lien pourtant possible entre l’assassinat de Hrant Dink et le «plan cage», plus récemment découvert, dont l’objectif était d’intimider des personnalités non-musulmanes et d’en faire disparaître un certain nombre.

En réalité, l’assassinat de Hrant Dink reflète probablement, à lui seul, une bonne partie les turpitudes de l’État et sa difficulté à se réformer. À partir du moment où l’on refuse de croire qu’un tel acte ait pu être perpétré par quelques jeunes extrémistes exaltés, on est amené à mettre en cause les législations incomplètes du gouvernement, les négligences complices de la police, les manipulations tordues des militaires et les tabous officiels sur lesquels a reposé le fonctionnement de l’Etat profond pendant des décennies. À cet égard, la tentative de réformer le fameux article 301 du Code Pénal est particulièrement révélatrice. Cette disposition, pénalisant «l’insulte à la turcité», dont Hrant Dink avait été victime, et que certains avaient décrite comme un véritable appel au meurtre, n’a été que très partiellement amendée en avril 2008. Désormais, il faut l’autorisation du ministre de la justice pour pouvoir engager des poursuites sur la base de cet article. Ainsi, on n’a pas osé véritablement poser le principe de la liberté d’expression, on s’est contenté de confier au gouvernement la faculté de réguler l’usage de la répression. De surcroît, cette réforme légère n’a été votée que par les députés de l’AKP, ceux de l’opposition nationaliste et kémaliste l’ayant combattue avec vigueur, lors de son adoption.

En janvier 2007, les 100 000 manifestants qui avaient accompagné Hrant Dink à sa dernière demeure avaient pourtant défilé aux cris de «Katil 301 !» (301 assassin !), mais l’on observait déjà qu’aucun ténor politique n’avait daigné se déplacer pour honorer le cortège de sa présence. Trois ans plus tard, les amis de Hrant Dink, même s’ils sont probablement de plus en plus nombreux, se sentent toujours politiquement seuls en Turquie…
JM

lundi 18 janvier 2010

La revue «Mésogéios» publie son 36e numéro dirigé par Deniz Vardar, en hommage à Semih Vaner.


La revue trimestrielle d’études méditerranéennes, basée à Athènes et Paris «Mésogéios», vient de publier son 36ème numéro, intitulé «Réflexions sur la Turquie». Composé de contributions rassemblées par Deniz Vardar, il constitue un hommage à Semih Vaner (notre édition du 18 février 2008), le regretté directeur des «Cahiers d'études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien» (CEMOTI). Les travaux laissés par ce pionnier de la recherche sur la Turquie contemporaine en France et en Europe ont inspiré les contributeurs turcs, français ou grecs de l’ouvrage, qui étaient des amis proches de Semih Vaner pour certains, et les questions traitées par chaque article recoupent des thématiques explorées par le chercheur au cours de sa carrière.

Le spectre est large. Ce spécialiste des partis politiques turcs, notamment reconnu dans ce domaine pour la thèse qu’il avait consacrée au parti de la justice (Adalet Partisi), ayant également travaillé sur les relations entre la Turquie et l’Europe ou les concepts de laïcité et de démocratie qui ont de longue date préoccupé la société turque. Cette trente-sixième livraison de «Mésogeios» propose donc une réflexion générale sur l’évolution de la Turquie actuelle, en étudiant de manière poussée les acteurs, concepts et périodes clés du débat turco-européen. Une belle manière de contribuer, comme l’écrit Deniz Vardar, à «faire avancer les idées dans les domaines d’intérêts et de recherche qui étaient chers à Semih.»
Louis-Marie Bureau

Au sommaire du numéro :
Deniz Vardar, Hommage à Semih Vaner : réflexions autour de la Turquie.
Faruk Bilici, Semih Vaner et ses recherches sur les partis politiques.
Cengiz Çağla, La perception turque de la démocratie : une critique tocquevillienne.
Deniz Vardar, Le populisme, un concept pluriel et persistant ? Un essai d’analyse appliqué à la Turquie républicaine.
E. Fuat Keyman, «Kurdish question» in Turkey and a chance of democratic solution.
Deniz Akagül, Europe(s) face à l’adhésion turque : des intérêts vers les passions.
Hamit Bozarslan, Discuter de la Turquie, de l’Europe et de l’incertitude.
Marilena Koppa, La perspective européenne de la Turquie et le Parlement européen.
Samim Akgönül, Les Turcs et les Grecs, pérégrination entre Eris et Eros.
Jean Marcou, Les relations turco-arabes : nouvelle donne ou poursuite d’un scénario ancien.
Gilles Bertrand, Un «arc conflictuel» ? Réflexions sur quelques conflits, de la Bosnie au Cachemire.
Jean-Paul Burdy, La religion à l’école : des «devoirs envers Dieu» à l’«enseignement du fait religieux» dans la République laïque (France, 1882-2009).

dimanche 17 janvier 2010

La diplomatie régionale turque s’illustre à nouveau dans l’affaire de la caravane internationale de solidarité pour Gaza.


La récente Odyssée de la caravane «Viva Palestina» à destination de Gaza vient à nouveau de permettre à la Turquie de montrer sa présence diplomatique au Proche-Orient.

Rappelons qu’à l’occasion du premier anniversaire du déclenchement de l’intervention israélienne à Gaza, le 27 décembre 2008, une troisième caravane «lignes de vie pour Gaza» a pris la route afin de briser le blocus israélien et de fournir aux habitants de l’enclave palestinienne des secours de première nécessité. Parti le 3 décembre 2009 de Londres, ce convoi humanitaire est arrivé au port d’Aqaba en Jordanie (après avoir traversé la Turquie et la Syrie), avec le projet d’entrer à Gaza par l’Egypte, le jour anniversaire du déclenchement de la guerre. Mais, il a été stoppé par les autorités égyptiennes, qui ont refusé de lui permettre d’atteindre la bande de Gaza par l’Egypte, après avoir débarqué dans le port égyptien de Nouweiba, qui fait face à celui d’Aqaba sur la mer Rouge. Les organisateurs de la caravane ont été surpris par l’attitude du gouvernement égyptien qui, pour sa part, a interprété, comme un véritable défi, le comportement de ces derniers et leur insistance à suivre leur trajet initial (au demeurant le plus simple et le plus rapide pour l’arrivée de l’aide à Gaza). La Turquie est intervenue afin d’arbitrer ce différend et de trouver un itinéraire de compromis avec les autorités égyptiennes. Après de longues négociations menées sous égide turque, la caravane a finalement été autorisée à accéder à Gaza à partir du port égyptien d’El-Arich (au nord du Sinaï), ce qui l’a obligée à remonter jusqu’en Syrie de façon à atteindre El-Arich, en passant par le port syrien de Lattaquié, avant de rallier Rafah dans la bande de Gaza.

Cet incident a mis une fois de plus en relief le dynamisme diplomatique de la Turquie que les médias arabes qualifient désormais «de grand soutien» à la cause palestinienne. Au-delà de cette initiative diplomatique, qui a fait intervenir les ministres turc et égyptien des affaires étrangères, il faut rappeler que 117 Turcs (dont 17 députés) ont participé à la caravane en question. Cette omniprésence de la Turquie met la diplomatie égyptienne dans une situation délicate vis-à-vis de ses voisins arabes. Ces derniers ont, en effet, critiqué la position prise par Le Caire à l’égard de la caravane. Les violents incidents (qui ont fait une cinquantaine de blessés) opposant, dans le port d’El-Arich, les forces de sécurité égyptiennes aux participants à cette opération humanitaire, ont provoqué de nombreuses réactions diplomatiques et médiatiques de réprobation. En effet, l’Egypte a été le seul pays où cette initiative a rencontré de tels problèmes, une situation qui a tranché avec l’accueil chaleureux qu’elle a reçue dans les autres pays de passage. De surcroît, malgré la médiation turque, des difficultés de dernière minute ont surgi à propos du nombre des véhicules d’assistance autorisés à transiter vers Rafah, les autorités égyptiennes ayant finalement refusé le passage à 59 d’entre eux (sur environ 200 au total), parce qu’ils ne transportaient pas, selon elles, du matériel purement humanitaire (vivres ou médicaments).

Cette intervention turque n’a pas été la première dans un dossier palestinien que l’Egypte considère pourtant comme l’une de ses chasses gardées dans la région, eu égard à l’importance stratégique qu’il revêt pour sa sécurité nationale. Depuis 1948, date de la création de l’Etat d’Israël, l’Egypte apparaît comme le point de passage obligé dans la recherche d’un règlement au conflit israélo-arabe. Toutefois, ce qui a longtemps été vu comme une exclusivité égyptienne s’est fortement érodé après la guerre des Six jours, qui n’a pas seulement remis en question la notoriété régionale de l’Egypte, mais qui a aussi ébranlé les fondements du nationalisme arabe dont Le Caire était la source.

Cette remise en cause a été accentuée plus tard, en 1979, par la signature du traité de paix entre l’Egypte et Israël, car ce traité a eu deux conséquences majeures dans la configuration des rapports de force dans la région. En premier lieu, l’idée d’un leadership arabe égyptien, susceptible de porter les efforts de médiation dans les conflits majeurs de la région, a perdu de son importance, d’autres pays arabes ayant normalisé (ou cherché à normaliser) leurs relations avec Israël et le conflit israélo-arabe s’étant réduit à un conflit israélo-palestinien à l’égard duquel les pays arabes ont adopté une position quasi-neutre. En second lieu, l’incapacité des Etats arabes à coordonner leurs efforts pour définir une position commune a engendré un vide idéologique totale, qui a accru la méfiance et l’individualisme au sein des pays de la région, tout en rendant celle-ci de plus en plus hétérogène. Cet état de fait a compromis toute possibilité de médiation fructueuse. A ce stade, on a donc assisté à une succession d’initiatives unilatérales de médiation venant d’acteurs arabes potentiels qui cherchent, soit à satisfaire des intérêts propres, soit à accéder à certaines ressources financières ou stratégiques. On peut évoquer à cet égard les initiatives prises par l’Arabie Saoudite, qui ont joué un rôle important dans le règlement de certaines crises régionales comme la guerre civile libanaise, avec l’accord de Taëf, en 1989, la médiation entre les factions palestiniennes de la Mecque, en juin 2006, ou le règlement de la crise présidentielle libanaise, également en 2006. Mais ces médiations unilatérales sont apparues comme autant de règlements ponctuels, éveillant la méfiance de certains protagonistes, ce qui leur a donné finalement une portée très limitée dans la gestion des crises régionales.

Eu égard à cette situation bloquée, l’appel à l’aide du ministre égyptien des affaires étrangères, Ahmed Abou Al Gheit, en direction d’Ankara, lors de la crise de Gaza, l’année dernière, notamment pour rechercher un règlement au contentieux inter-palestinien et convaincre Israël de mettre un terme à son intervention militaire, a illustré l’incapacité des médiations égyptienne ou saoudienne à faire face à des crises graves, et a clairement démontré l’utilité et l’efficacité des interventions de la Turquie. Bien que la médiation turque soit un phénomène récent, on remarque qu’elle a gagné rapidement une grande popularité auprès des gouvernements et des populations arabes. Le dernier épisode de la caravane «Viva Palestina» vient encore de mettre en relief la dynamique de médiation turque dans la région, en ouvrant probablement la voie à sa pérennisation.
Shaimaa Magued

samedi 16 janvier 2010

La clôture de la conférence des ambassadeurs à Mardin dévoile des aspects inattendus de la nouvelle diplomatie turque.


Depuis deux ans, comme cela se fait désormais dans de nombreux pays, le gouvernement turc rassemble annuellement ses ambassadeurs au cours d’une conférence, qui est l’occasion de donner à ces responsables diplomatiques une vision d’ensemble des développements en cours de la politique étrangère de leur pays. La deuxième édition de cet événement a eu lieu, du 4 au 8 janvier 2010, à Ankara, et a été l’occasion d’accueillir une série de personnalités représentatives des enjeux internationaux actuels pour la Turquie (du Président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, au nouveau ministre allemand des affaires étrangères, Guido Westerwelle…). Mais cette conférence des ambassadeurs turcs aura surtout été marquée par la tenue d’une conférence d’évaluation finale, les 9 et 10 janvier 2010, dans la ville de Mardin (sud-est de la Turquie). Au-delà du contenu de cette session de clôture, qui a fait le bilan de la politique étrangère turque pour 2009 en annonçant des initiatives originales, le lieu choisi pour son organisation est révélateur des mutations qui sont en train de transformer la Turquie contemporaine.

Au cours de la conférence de Mardin, le ministre des affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu, a surtout insisté sur l’importance de sa politique de voisinage, qui s’emploie actuellement à établir une coopération durable avec les pays frontaliers de la Turquie. Mais, surtout, dans le sillage du premier ministre qui, lors de la conférence à Ankara, avait demandé aux ambassadeurs d’expliquer le processus d’ouverture démocratique kurde dans les pays où ils sont en fonction, le ministre des affaires étrangères a insisté sur la complémentarité des réformes internes en cours dans le pays, avec les nouvelles orientations de la diplomatie turque. À cet égard, il a expliqué qu’il était en contact étroit avec le ministre de l’Intérieur, Beşir Atalay, (qui est en charge, entre autres, de l’initiative kurde du gouvernement), avant d’annoncer le lancement d’une sorte de coopération transfrontalière entre le ministère de l’Intérieur et le ministère des affaires étrangères : «Nous envisageons de nommer des diplomates dans les pays voisins pour qu’ils travaillent avec les gouvernorats de nos provinces frontalières. Ainsi, si un diplomate est nommé à Alep, il travaillera d’abord dans la province du Hatay pendant 15 jours. Tandis qu’un vice-gouverneur nommé dans une province frontalière travaillera d’abord dans l’un de nos consulats dans le pays frontalier correspondant, avant de prendre ses fonctions. De cette façon, nous pensions parvenir à éliminer les obstacles existant entre notre politique intérieure et notre politique étrangère…»

On comprend dès lors que le choix de Mardin, pour une telle conférence, n’était pas anodin. Amener la fine fleur de la haute administration turque dans les rues de cette cité, dont l’architecture et la configuration sont plus arabes qu’à proprement parler turques, eut été une véritable gageure, il n’y a pas si longtemps. Mardin est une ville cosmopolite où Turcs, Kurdes et Arabes cohabitent. Elle a longtemps abrité également une importante communauté chrétienne syriaque et araméenne. Observant le déclin de celle-ci, Ahmet Davutoğlu l’a regretté, en estimant notamment qu’il y avait là une richesse culturelle qui devait être sauvegardée et restaurée. Plus généralement le ministre des affaires étrangères a reconnu que, du fait de leurs obligations, les diplomates turcs n’avaient pas assez l’occasion de se rendre en Anatolie, avant de promettre : «À compter d’aujourd’hui, nous allons prêter plus attention à notre peuple et écouter les perceptions qu’il peut avoir de la politique étrangère.»

Cette conférence de Mardin est donc intéressante à plusieurs points de vue. En premier lieu, les propos du chef de la diplomatie turque illustrent bien la volonté du gouvernement actuel de continuer à casser le clivage qui existait, dans la société kémaliste traditionnelle, entre les élites bureaucratiques et le peuple, sensé être peu concerné par les décisions majeures de politique intérieure et encore moins par la politique étrangère du pays. À Mardin, après leur conférence d’évaluation, les diplomates turcs sont littéralement allés à la rencontre du peuple, déambulant dans les rues du vieux bazar qui descend en étages sur le flanc sud de la ville, se mêlant à la population des cafés traditionnels pour prendre le thé, et entamant même avec les clients de ceux-ci des conversations animées ou des parties de carte. En second lieu, la tenue d’une conférence d’évaluation des ambassadeurs dans le sud-est du pays, et le souci affiché par la diplomatie turque de pouvoir s’appuyer à l’avenir sur une légitimité populaire, ont fait écho aux déclarations du premier ministre évoquant un soutien de la population turque aux nouvelles orientations de sa politique étrangère, en particulier aux positions adoptées récemment à l’égard d’Israël. À Mardin, pour évoquer cette nouvelle approche, réintégrant la politique étrangère dans la politique conduite par un gouvernement civil, alors qu’elle a été longtemps l’apanage de l’establishment politico-militaire, Ahmet Davutoğlu a mobilisé un nouveau concept, celui de «diplomatie publique». On remarquera d’ailleurs que le ministre n’a pas hésité lui aussi à se promener dans les rues de la ville, s’affichant volontiers avec des religieux chrétiens (photo). Enfin, cet épisode inattendu, qui a clos, à Mardin, la conférence des ambassadeurs rappelle aussi l’attention particulière qu’a portée le parti au pouvoir à l’Anatolie et au sud-est, des zones où résident à bien des égards ses meilleurs soutiens électoraux acquis ou potentiels. On se souvient, à cet égard, des voyages, remarqués et répétés, du premier ministre et du président de la République dans ces régions au cours des deux dernières années. Le 14 novembre dernier, au lendemain, de la présentation du projet d’ouverture kurde devant le Parlement, Recep Tayyip Erdoğan s’était précipité à Malatya où il avait déclaré : « Je suis venue 9 fois à Malatya, au cours des 7 dernières années, eux (sous-entendu, les leaders des partis d’opposition), ils n’osent pas aller à l’est de Sivas. » Après la conférence de Mardin, on l’aura compris, même les ambassadeurs turcs n’hésitent pas à se rendre à l’est de Sivas…
Louis-Marie Bureau et Jean Marcou