
C’est la velléité de retour en politique de Mesut Yimaz qui aura finalement eu raison du projet d’union des partis centristes, DYP et ANAP, dans une même formation, le « Demokrat Parti » (Parti démocrate). Mesut Yilmaz qui se fit connaître comme ministre des affaires étrangères à la fin des années 80, au moment du dépôt de la candidature européenne de la Turquie, fut longtemps considéré comme le dauphin de Turgut Özal. Leader de l’ANAP, de 1991 à 2002, il s’était retiré de la politique active après l’échec cuisant de son parti aux élections de novembre 2002, qui avait vu la victoire sans appel de l’AKP de Tayyip Erdogan. Pourtant, les poursuites judiciaires dont il faisait l’objet devant la Cour Constitutionnelle ayant été abandonnées, Mesut Yilmaz essayait depuis quelques semaines d’opérer un « come back » au plus haut niveau. Ce retour n‘étant pas souhaité au sein de l’ANAP par Erkan Mumcu, notamment, Yilmaz a d’abord annoncé son intention de se présenter comme candidat indépendant dans son département d’origine (Rize) et a finalement essayé de s’imposer en s’annonçant comme candidat du futur « Demokrat Parti » puis en négociant avec Mehmet Agar son investiture et celle de ses partisans. Ces manoeuvres ont contribué à faire voler en éclats une unité entre les deux formations qui était encore gestation.
Pourtant, au-delà de cette péripétie et des sombres querelles de leaders qui l’ont accompagnée, il faut bien voir que cet échec était à bien des égards prévisible. Si les deux formations paraissent proches sur l’échiquier politique, elles ont des origines différentes et une base sociologique qui est loin d’être similaire… Le DYP apparaît à l’origine comme l’héritier d’une bourgeoisie conservatrice fortement provinciale issue des premiers efforts de désétatisation des années 50 et 60 tandis que l’ANAP a été porté dans les années 80 par l’apparition d’une classe moyenne néo-urbaine essayant de faire cohabiter nouveaux mode de vie et maintien des traditions religieuses. Le succès d’une telle alliance était d’autant plus incertaine qu’elle apparaissait comme un accord de circonstance très lié au contexte actuel. Ce n’est en effet qu’après le mémorendum de minuit que cette union a commencé à prendre corps alors même qu’évoquée auparavant, elle semblait au point mort.
En outre, un autre problème se posait quant à la nature et l’identité même de la nouvelle formation qui entendait unir les deux partis. Dans les années 50, les premiers Démocrates d’Adnan Menderes apparaissaient comme l’alternative au régime kémaliste étatiste et laïciste pérennisé depuis la mort de Mustafa Kemal ; dans les années 80, l’ANAP de Turgut Özal constituait la réponse à la démocratie contrôlée que les militaires entendaient maintenir après le coup d’Etat du Général Evren. Ce rôle de contestation sociétale de l’Etat néo-kémaliste est largement tenu par l’AKP depuis 2002. En admettant que l’union en question ait fonctionné et que ce nouveau parti démocrate unifié (DYP+ANAP) ait réussi à franchir la barre des 10% lui permettant d’avoir une représentation au Parlement, on voit mal quel aurait pu être son rôle. Pris entre l’AKP et le CHP, il n’aurait pu qu’entrer dans une coalition anti-AKP animée par les partis laïques ou servir de parti d’appoint à l’AKP…
L’échec de cette union risque néanmoins d’avoir un effet non négligeable sur les résultats du scrutin du 22 juillet prochain, celui en particulier de réduire le nombre des formations susceptibles d’avoir une représentation au Parlement, ce qui augmente bien sûr les chances de voir l’AKP retrouver une majorité confortable. Quoi qu’il en soit, si ni l’ex-DYP, ni l’ANAP ne parvient à passer la barre des 10%, il y a fort à parier que le centre droit sera définitivement marginalisé en Turquie. Mesut Yilmaz a d’ailleurs déjà quitté le navire qu’il a contribué à faire sombrer en annonçant sa démission de l’ANAP, un parti dont il avait été pourtant l’un des fondateurs. Il se présentera comme candidat indépendant à Rize…
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