mardi 12 juin 2007

Pourquoi l’Armée fait monter la pression sur l’Irak


Les funérailles de deux officiers et d’un soldat turcs victimes samedi à Sirnak d’une embuscade tendue par des activistes kurdes ont donné lieu à des manifestations d’hostilité envers le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan. Ces manifestations ont été d’autant plus vives que, le même jour, un autre militaire turc a perdu la vie dans des circonstances analogues, près d’Erzincan.
Parallèlement au conflit politique qui oppose l’establishment politico-militaire et le gouvernement sur la détention de la Présidence de la République, l’Irak du Nord et des questions afférentes comme celle de Kirkouk, ont été l’occasion d’accrochages verbaux réguliers entre l’Etat major et l’AKP depuis plusieurs mois. En février 2007, l’annonce par le chef du gouvernement qu’une rencontre avec les chefs kurdes d’Irak était « envisageable » avait provoqué une vive réplique du chef d’Etat major, Yasar Büyükanit, qui alors même qu’il se trouvait aux Etats-Unis, avait fait savoir qu’une rencontre de ce type était tout à fait impensable. On se souvient que Recep Tayyip Erdogan avait réagi à ce propos en essayant d’expliquer qu’il ne s’agissait que d’une position personnelle du Chef d’Etat major mais ce dernier n’avait pas hésité à confirmer que sa déclaration devait être considérée comme celle de l’institution militaire dans son ensemble.
Un peu plus tard, le 12 avril 2007, le Chef d’Etat major, qui tenait une conférence de presse à l’approche de la date limite des dépôts de candidature pour la présidentielle, avait estimé qu’une opération militaire derrière la frontière irakienne était nécessaire pour y détruire les camps d’entraînement des militants du PKK. Toutefois, le général Büyükanit avait pris le soin de laisser la responsabilité d’en prendre la décision au gouvernement en estimant que l’armée était prête mais qu’il fallait qu’une volonté politique se manifeste pour qu’une telle intervention militaire puisse avoir lieu. Cette conférence, qui intervenait juste après un ultimatum de la Turquie à l’Irak demandant à celui-ci de faire cesser les infiltrations du PKK en territoire turc, avait aussi permis au chef d’Etat major de s’exprimer sur le profil du futur président de la République au moment même où l’on ne savait pas encore si Recep Tayyip Erdogan serait ou non candidat.
Dans le contexte des tensions politiques provoquées par l’annulation de l’élection présidentielle et des élections législatives anticipées, la situation en Irak du nord et les risques de déstabilisation dans les départements turcs du Sud-Est sont devenus des thématiques majeures du débat politique national. La gauche et la droite nationalistes reprochent désormais en permanence au gouvernement son impuissance et plus généralement l’establishment politico-militaire en réclamant une intervention derrière la frontière irakienne cherche à mettre le gouvernement en porte-à-faux vis-à-vis de ses alliés américains et européens.
L’armée turque reproche en effet aux Américains d’avoir conforté une situation dangereuse de quasi-indépendance du Kurdistan irakien en faisant disparaître en 2003 le régime de Saddam Hussein. Ce reproche est d’autant plus virulent que les militaires considèrent également que, dans la crise politique actuelle, les Etats-Unis apportent leur soutien au gouvernement de l’AKP, avec l’idée de faire de la Turquie, non plus comme par le passé, une référence de pays musulman laïque mais avant tout, dans un Proche Orient contemporain en pleine restructuration, l’exemple même de ce que doit être un Etat islamique modéré. Dès lors, pour les milieux laïques les plus orthodoxes, la République est en danger et il est urgent sortir de cette logique initiée par la collusion entrevue entre l’AKP, les Etats-Unis et l’Europe (soupçonnée d’être à la remorque des deux premiers). Désormais, derrière la défense de la laïcité et donc de l’identité politique de ce pays, l’establishment politico-militaire entend montrer que c’est l’intégrité territoriale et nationale même de la Turquie qui est en cause. Dans un tel combat, le nationalisme rejoint le laïcisme, car qu’il s’agit en fait de défendre la République laïque tant contre ses ennemis extérieurs que contre ses ennemis intérieurs. Il n’est donc pas étonnant qu’une telle démarche tente d’amener sur le terrain nationaliste la mobilisation laïque à laquelle on a assisté au cours des dernières semaines. Certes, la réussite de cette conversion n’est pas encore jouée au jour d’aujourd’hui mais elle pourrait être facilitée par la survenance d’attentats terroristes dans les grandes villes (comme ceux d’Ankara le 23 mai et d’Istanbul le 10 juin) et par la croissance des pertes militaires turques dans le Sud-Est (notamment de militaires du contingent). Un tel engrenage doit être pris au sérieux car il pourrait à terme menacer le bon déroulement des processus électoraux démocratiques en cours.
JM

mardi 5 juin 2007

Le centre droit en voie de marginalisation


C’est la velléité de retour en politique de Mesut Yimaz qui aura finalement eu raison du projet d’union des partis centristes, DYP et ANAP, dans une même formation, le « Demokrat Parti » (Parti démocrate). Mesut Yilmaz qui se fit connaître comme ministre des affaires étrangères à la fin des années 80, au moment du dépôt de la candidature européenne de la Turquie, fut longtemps considéré comme le dauphin de Turgut Özal. Leader de l’ANAP, de 1991 à 2002, il s’était retiré de la politique active après l’échec cuisant de son parti aux élections de novembre 2002, qui avait vu la victoire sans appel de l’AKP de Tayyip Erdogan. Pourtant, les poursuites judiciaires dont il faisait l’objet devant la Cour Constitutionnelle ayant été abandonnées, Mesut Yilmaz essayait depuis quelques semaines d’opérer un « come back » au plus haut niveau. Ce retour n‘étant pas souhaité au sein de l’ANAP par Erkan Mumcu, notamment, Yilmaz a d’abord annoncé son intention de se présenter comme candidat indépendant dans son département d’origine (Rize) et a finalement essayé de s’imposer en s’annonçant comme candidat du futur « Demokrat Parti » puis en négociant avec Mehmet Agar son investiture et celle de ses partisans. Ces manoeuvres ont contribué à faire voler en éclats une unité entre les deux formations qui était encore gestation.

Pourtant, au-delà de cette péripétie et des sombres querelles de leaders qui l’ont accompagnée, il faut bien voir que cet échec était à bien des égards prévisible. Si les deux formations paraissent proches sur l’échiquier politique, elles ont des origines différentes et une base sociologique qui est loin d’être similaire… Le DYP apparaît à l’origine comme l’héritier d’une bourgeoisie conservatrice fortement provinciale issue des premiers efforts de désétatisation des années 50 et 60 tandis que l’ANAP a été porté dans les années 80 par l’apparition d’une classe moyenne néo-urbaine essayant de faire cohabiter nouveaux mode de vie et maintien des traditions religieuses. Le succès d’une telle alliance était d’autant plus incertaine qu’elle apparaissait comme un accord de circonstance très lié au contexte actuel. Ce n’est en effet qu’après le mémorendum de minuit que cette union a commencé à prendre corps alors même qu’évoquée auparavant, elle semblait au point mort.

En outre, un autre problème se posait quant à la nature et l’identité même de la nouvelle formation qui entendait unir les deux partis. Dans les années 50, les premiers Démocrates d’Adnan Menderes apparaissaient comme l’alternative au régime kémaliste étatiste et laïciste pérennisé depuis la mort de Mustafa Kemal ; dans les années 80, l’ANAP de Turgut Özal constituait la réponse à la démocratie contrôlée que les militaires entendaient maintenir après le coup d’Etat du Général Evren. Ce rôle de contestation sociétale de l’Etat néo-kémaliste est largement tenu par l’AKP depuis 2002. En admettant que l’union en question ait fonctionné et que ce nouveau parti démocrate unifié (DYP+ANAP) ait réussi à franchir la barre des 10% lui permettant d’avoir une représentation au Parlement, on voit mal quel aurait pu être son rôle. Pris entre l’AKP et le CHP, il n’aurait pu qu’entrer dans une coalition anti-AKP animée par les partis laïques ou servir de parti d’appoint à l’AKP…

L’échec de cette union risque néanmoins d’avoir un effet non négligeable sur les résultats du scrutin du 22 juillet prochain, celui en particulier de réduire le nombre des formations susceptibles d’avoir une représentation au Parlement, ce qui augmente bien sûr les chances de voir l’AKP retrouver une majorité confortable. Quoi qu’il en soit, si ni l’ex-DYP, ni l’ANAP ne parvient à passer la barre des 10%, il y a fort à parier que le centre droit sera définitivement marginalisé en Turquie. Mesut Yilmaz a d’ailleurs déjà quitté le navire qu’il a contribué à faire sombrer en annonçant sa démission de l’ANAP, un parti dont il avait été pourtant l’un des fondateurs. Il se présentera comme candidat indépendant à Rize…

lundi 4 juin 2007

Quel avenir pour la réforme constitutionnelle prévoyant l’élection du Président de la République au suffrage universel ?


Dans le sillage du second échec de l’élection d’Abdullah Gül à la Présidence de la République devant la Grande Assemblée Nationale de Turquie (GANT), le 6 mai 2007, la majorité AKP de cette assemblée soutenue par les députés de l’ANAP, a décidé de faire adopter une révision de la Constitution tendant à élire le Président de la République au suffrage universel. Cette réforme s’accompagne d’une réduction du mandat du Chef de l’Etat de 7 à 5 ans (deux mandats consécutifs étant néanmoins possibles) et d’une réduction du mandat des parlementaires de 5 à 4 ans. Adoptée en première lecture par le Parlement, le texte a été présenté au Président Sezer pour promulgation mais, le 25 mai 2007, ce dernier a refusé de l’entériner provoquant la tenue d’une nouvelle lecture devant le Parlement. Convoquée très rapidement pour relancer le processus, la GANT a de nouveau adopté la réforme, le 31 mai. Dès lors, la balle est une nouvelle fois dans le camp du Président de la République qui dispose de 15 jours pour dire s’il accepte d’entériner la révision proposée ou au contraire s’il refuse de le faire, ce qui amènerait, dans ce cas, le recours à un referendum. La perspective de cette réforme pose ainsi à l’heure actuelle deux problèmes majeurs : un problème de fond et un problème de procédure.
Le problème de fond concerne les conséquences institutionnelles et politiques d’une telle modification du scrutin présidentiel. Plus qu’une simple modalité formelle, le passage à une élection du Chef de l’Etat au suffrage universel, dans un régime parlementaire, peut avoir des conséquences très importantes pour l’ensemble de ce régime. On sait qu’en France, une réforme comparable, effectuée en 1962, a eu pour effet de présidentialiser le régime de la Cinquième République. Certes, il n’y a pas d’automaticité entre l’élection du Chef de l’Etat d’un régime parlementaire et un phénomène de présidentialisation. Au Portugal, en Grèce ou en Irlande, le Président est élu par le peuple et pourtant le régime reste parlementaire. De surcroît, la réforme proposée en Turquie tend à empêcher une correspondance des mandats présidentiel et parlementaire en réduisant le mandat du Parlement à 4 ans, après avoir fixé celui du Président à 5 ans. Il y a donc bien en l’occurrence l’idée, semble-t-il, de maintenir la logique parlementaire du système turc et de conserver au Président son rôle d’arbitre en dehors de la dynamique politique principale confiée au Premier Ministre et au gouvernement. Pourtant même si ce pays a toujours été fidèle à un régime parlementaire moniste où le premier ministre gouverne, on n’est pas sûr des effets d’une telle réforme. Par rapport à la Constitution de 1961, la Constitution de 1982 a fortement renforcé les pouvoirs du Président, longuement énumérés par l’article 104 de celle-ci. Elle les a poussés en fait au maximum de ce qu’ils peuvent être dans un régime parlementaire. Il y a donc de forte chance de voir un président, élu au suffrage universel, tenté par la présidentialisation dans un pays où les contrepoids démocratiques sont encore faibles. En outre, le système partisan turc a souvent montré ses divisions ou ses incohérences et cela accroît les risques potentiels de conflits entre le gouvernement, l’assemblée et le Président.
Le problème de procédure, quant à lui, concerne bien sûr les échéances à venir alors même que l’agenda politique turc pour les prochains mois est particulièrement dense et complexe. Si dans 15 jours, le Président refuse d’entériner la réforme, jusqu’à présent, il fallait attendre 120 jours pour organiser un referendum sur le sujet. Cela nous renvoyait au milieu du mois d’octobre. Mais, le 3 juin, le gouvernement a fait voter une loi pour surmonter cet obstacle et organiser le referendum en le couplant aux législatives anticipées du 22 juillet prochain. Ainsi se vérifie la détermination de l’AKP à laver l’affront subi lors des deux tours du scrutin présidentiel, qui ont finalement tourné court, en continuant sa marche vers la présidence. Reste à savoir maintenant si ce couplage électoral pourra avoir lieu et si la réforme sera finalement menée à son terme.
En fait, les incertitudes que fait naître la perspective d’une élection du Chef de l’Etat au suffrage universel pour l’avenir de l’ensemble du système politique turc, sont accrues par les questions que posent le déroulement et l’issue de la procédure en cours. Ce flou juridique et politique n’est pas très opportun au moment où la Turquie connaît une période de tensions importantes et où elle doit renouveler l’ensemble de ses institutions fondamentales (Parlement, Gouvernement et Présidence de la République). Il dangereux malgré tout de se lancer dans des réformes radicales en période de crise.
JM

Le retour du cheval blanc démocrate n’aura pas lieu !


Un cheval blanc sur une Turquie rouge, l’emblème du nouveau parti démocrate (« Demokrat Parti »), qui devait réunir le DYP et l’ANAP, avait fière allure. L’affaire paraissait entendue, les leaders de ces deux formations, Mehmet Agar et Erkan Mumcu, avaient posé devant ce nouveau logo et déjà, quitte à jouer les vieux chevaux de retour, des personnalités politiques annonçaient leur intention de partir en campagne sous les couleurs du nouveau DP. Certains commentateurs avançaient même l’idée que le DP en question pourrait servir de parti d’appoint à l’AKP, si d’aventure la formation de Tayyip Erdogan ne retrouvait pas son score majoritaire de 2002. Eh bien ! il va falloir s’y résoudre, le retour du cheval blanc démocrate est fortement compromis et les prochaines élections pourraient bien voir l'étalon mort-né prendre le chemin des abattoirs… À la veille de la date des dépôts de candidature pour les législatives, en effet, l'ANAP a finalement refusé de rallier la nouvelle formation qui ne fera donc que se substituer au DYP. Le projet semblait pourtant sur les rails mais c’était compter sans les blessures mal refermées qui opposent malgré tout ces deux formations historiques du centrisme turc.

Dans le sillage du Parti de la Justice (Adalet Partisi – AP) de Süleyman Demirel des années 60 et 70, le Parti de la Juste Voie (Dogru Yol Partisi – DYP), refondé par le même Demirel après le coup d’Etat de 1980, se veut l’héritier du premier parti démocrate d’Adnan Menderes et de Celal Bayar. De là, ce cheval blanc qui figure aussi sur tous les blasons du DYP et dont l’acronyme « Demikir at » (« cheval blanc » en turc poétique) signifie bien sûr « démocrate » ! Pourtant, Demirel Baba, renversé par le coup de 1980 et interdit de politique pendant plusieurs années, est supplanté par l’un de ses poulains, le dénommé Turgut Özal, qui a séduit les militaires et dont la nouvelle formation, le Parti de la Mère Patrie (Anavatan Partisi – ANAP), vole avec sa petite abeille industrieuse, de succès en succès dans les années 80. Au seuil des années 90, ce parti dont l’emblème use pour la première fois non seulement de l’abeille, de la carte de Turquie mais aussi de la couleur jaune (il est depuis passé au vert), à la différence du blanc et du rouge traditionnellement utilisés par les autres formations turques, paraît avoir définitivement capté l’héritage des Démocrates. Il prétend cependant le renouveler en lui imprimant un tour à la fois plus traditionaliste et plus modernisateur. Özal, en effet, tout en affichant ouvertement sa foi entreprend de briser les tabous ! Il se permet ainsi de faire le pèlerinage à la Mecque, de rappeler que sa mère est d’origine kurde et même de passer l’armée en revue en short ! Mais celui qu’on appelle le « Président croyant » connaît à son tour l’usure du pouvoir et, devenu Président de la République, il est même contraint de rappeler son rival Demirel à la tête du gouvernement, après avoir perdu les élections de 1991.

Dans les années 90, alors même que Turgut Özal est mort et que Süleyman Demirel est devenu à son tour Président, leurs dauphins, Mesut Yimaz (pour l’ANAP) et Tansu Çiller (pour le DYP) récupérant les conflits de leurs aînés, se livrent une lutte sans merci. Le résultat de ces nouveaux conflits est lamentable ! Pour barrer la route à son rival, Tansu Çiller n’hésite pas à s’allier aux islamistes du Refah et, en 1996-97, permet à leur leader, Necemttin Erbakan, de parvenir à la tête du gouvernement. Mais elle est emportée par la chute du Premier Ministre islamiste à l’issue du fameux « coup d’Etat post-moderne ». Quant à Mesut Yimaz qui reprend les rênes par la suite, son gouvernement s’abîme dans les scandales et la corruption. Lors des législatives de 2002, les deux formations sont sévèrement châtiées par les électeurs turcs. Avec respectivement 9,6% et 5,1% des suffrages exprimés, le DYP et l’ANAP ne franchissent pas la barre fatidique des 10% et ne sont pas représentés au Parlement. Ils ne doivent leur représentation parlementaire actuelle qu’aux changements d’appartenance politique de certains députés élus sous l’étiquette AKP ou CHP.

La composition des listes électorales et le partage des sièges auront donc eu raison de l’alliance éphémère entre ces deux formations, proches idéologiquement mais issues de tranches différentes de l’Histoire turque. Si ce désamour se confirme, le centre-droit turc sur les dernières terres duquel l’AKP risque de bientôt de régner en maître, aura bien du mal à être présent dans le nouvel hémicycle.
Iyiaksamlar Demirkir At !
JM

dimanche 3 juin 2007

L’armée turque et l’Europe


En cette période où les négociations reprennent entre la Turquie et l’Union européenne et dans le contexte d’une année 2007 où les tensions entre l’armée turque et le gouvernement de l’AKP (perçues en Europe, de façon un peu sommaire, comme un affrontement entre le « kémalisme » laiciste et l’ « islamisme »), se sont considérablement accrues, l’armée turque concentre l’attention sur elle, tout en demeurant un objet difficile à appréhender en Europe.

Une telle armée constitue, en effet, un phénomène inhabituel en Europe car sa place dans la société turque n’a rien à voir avec celle qu’elle occupe dans les différents Etats membres de l’UE. L’institution militaire, à laquelle les Européens sont plutôt indifférents actuellement parce qu’elle a généralement un rôle clairement délimité et assez restreint en temps de paix est, en Turquie, une institution de premier plan dont le pouvoir s’étend à de nombreux domaines. Elle bénéficie d’un degré de prestige chez les citoyens turcs très supérieur à celui des autres institutions. L’armée, dans ce pays, est ainsi plus qu’un simple « glaive » aux mains du gouvernement pour assurer la défense du pays. Elle est perçue comme une entité bienveillante dont l’histoire se confond avec celle de la nation turque. Or, un tel pouvoir (notamment politique) heurte les exigences institutionnelles de l’Union européenne à l’égard des pays candidats. La conception européenne de la démocratie suppose, entre autres, une soumission sans réserve de l’armée au gouvernement civil, ce qui n’est pas le cas en Turquie puisque les militaires ont les moyens d’influencer et de mettre sous pression les hommes politiques au pouvoir.

Par ailleurs, l’armée turque révèle un décalage de perception entre les instances européennes et les opinions publiques. On peut en effet schématiquement dire que l’armée pose un problème structurel à l’Europe communautaire alors qu’elle est souvent perçue positivement comme une sorte de « rempart contre l’islamisme » par les opinions européennes.

Du point de vue de l’Union européenne, le pouvoir politique et économique de l’armée semble être incompatible avec le critère politique de Copenhague et l’armée apparaît comme une institution susceptible de menacer la démocratie turque. Dans aucun autre Etat membre de l’UE, l’armée n’a un tel poids. Par ailleurs, l’histoire de la Turquie a démontré que l’armée n’a pas hésité à intervenir, à plusieurs reprises, par la force dans la sphère politique, malgré les moyens institutionnels dont elle dispose, ce qui n’est pas pour rassurer les autorités européennes. Bien que ne relevant pas d’une logique traditionnelle de coup d’Etat militaire car elles ont chaque fois visé à sauvegarder la République turque et n’ont pas donné lieu à la mise en place d’une dictature militaire de longue durée, ces interventions sont révélatrices de la conception particulière qu’ont les militaires turcs de la démocratie. Mehmet Ali Birand constate ainsi un paradoxe entre l’opinion des officiers selon laquelle la démocratie constitue la meilleure forme de gouvernement possible, d’une part, et le devoir qu’il se font de renverser le gouvernement civil, bien que démocratiquement élu par le peuple, s’il vient à contrevenir aux principes du kémalisme (notamment à la laïcité), d’autre part. Cet état de fait révèle que l’armée fait prévaloir les principes kémalistes sur la légitimité populaire, ce qui limite sa fidélité à la démocratie telle qu’on la conçoit dans les pays européens.

Pour ces raisons, lorsque la perspective des négociations d’adhésion se sont ouvertes, les instances de l’Union ne pouvaient pas concevoir qu’on laisse tant de pouvoir aux mains d’une si puissante entité, qui de surcroît a une conception de la démocratie qui n’est pas conforme aux standards européens. Les exigences européennes se sont concentrées rapidement sur le MGK (Milli Güvenlik Kurulu ou Conseil de Sécurité Nationale - CSN), principal moyen d’action « extra-militaire » de l’armée turque. Le premier rapport régulier de la Commission européenne sur les progrès accomplis par la Turquie sur la voie de l’adhésion, en 1998, relève ainsi que « le Conseil de Sécurité Nationale (CSN) joue un rôle essentiel dans la formulation et la mise en œuvre de la politique nationale de sécurité et couvre également tout un éventail de questions politiques […] Les recommandations du CSN ne sont pas juridiquement contraignantes, mais elles influencent fortement la politique gouvernementale. L’existence de cet organe montre que, malgré une structure de base démocratique, la constitution turque permet à l’armée de jouer un rôle civil et d’intervenir dans tous les domaines du champ politique ». Ce rapport poursuit en soulignant « le rôle important joué par l’armée dans la vie politique. L’armée ne fait pas l’objet d’un contrôle civil et semble même parfois agir à son insu lors de certaines opérations militaires répressives d’envergure ». Et lorsque ce rapport fait le bilan des institutions de la Turquie, eu égard des attentes formulées au Conseil européen de Copenhague de 1993, il constate que bien que « l’organisation des pouvoirs publics en Turquie présente la plupart des caractéristiques de base d’un système démocratique […] plusieurs éléments empêchent cependant un fonctionnement de ces pouvoirs comparable à celui en vigueur dans les Etats membres de l’Union européenne ». Parmi ces éléments figure en première place le CSN. C’est ainsi que l’UE va exiger une diminution des pouvoirs et une « civilianisation » (c'est-à-dire la restriction du pouvoir des militaires au profit des civils) de ce conseil qu’elle va obtenir au moins formellement car la révision constitutionnelle de 2001 va réduire le CSN au rang d’institution consultative et provoquer une certaine démilitarisation de cette institution.

En ce qui concerne les opinions publiques européennes, même s’il n’y a pas de soutien explicite de leur part à cette singulière institution militaire, le rôle que joue celle-ci en Turquie est de nature à lui attirer la sympathie de ceux (et ils sont nombreux) qui voient dans l’islamisme une menace potentielle pour l’Europe en cas d’intégration de la Turquie. Car l’armée turque est réputée pour être la « gardienne » des principes du kémalisme, et tout particulièrement de la laïcité. La plupart des interventions de l’armée dans la sphère politique ont été d’ailleurs motivées par des atteintes à un principe à l’égard duquel elle n’est disposée qu’à peu de concessions.

De fait, pour certains d’analystes européens, limiter les pouvoirs du CNS revient à faire tomber le principal rempart face à un « islamisme » turc supposé en développement. Nombreux sont ceux, en effet, qui imaginent que l’islamisme intégriste menace à chaque instant la Turquie, et ce, bien que cette menace soit faible en réalité, compte tenu, d’une part, de la nature même du régime turc qui repose sur une laïcité fortement ancrée dans la société et, d’autre part, du caractère modéré de l’islam qui est celui de la majorité de la population. Ainsi, Alexandre Del Valle, connu pour son opposition à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, se demande si l’Europe n’est pas, par ses exigences, un « ennemi objectif des kémalistes et des militaires, et [une] alliée des islamistes ». Et il va même jusqu’à dire : « Les partisans de la candidature turque doivent surtout garder présent à l’esprit le fait que la Turquie “kémaliste et laïque” dont ils se réclament, et qui est aujourd’hui réduite aux cercles élitaires du « derin devlet », de l’armée et des kémalistes électoralement minoritaires, finira par disparaître avec son intégration dans l’Union et le démantèlement corrélatif des pouvoirs politiques de l’armée turque exigé par les “critères de Copenhague »

L’Union européenne est alors face à un dilemme. Elle, qui exige logiquement que la Turquie se conforme aux normes européennes en matière de relation de l’armée avec le pouvoir civil, ne prend-elle pas un risque ? La place de l’armée est probablement l’un des aspects les plus originaux de la Turquie, mais aussi l’une des questions problématiques de son intégration dans l’Europe. Cette armée non-démocratique aux yeux des instances communautaires mais garante de la démocratie aux yeux des citoyens turcs, constitue ainsi un dilemme inédit pour l’Europe qui a décidément bien du mal à comprendre le cas turc.
Philippe Maurel

Nicolas Sarkozy a-t-il changé d’avis sur la Turquie ?


La position du Président Sarkozy temporisant sur la candidature turque à l’Europe a surpris les commentateurs, impressionnés par l’attitude du candidat Sarkozy qui, à la fin de la campagne présidentielle, avait laissé entrevoir un veto français à la poursuite des négociations d’adhésion avec Ankara. Qu’en est-il exactement ?
Pour comprendre cet assouplissement spectaculaire de la position présidentielle, il faut bien sûr rappeler que l’on est passé en quelques jours d’une situation de fin de campagne électorale à une situation de diplomatie active où la France essaye de sortir de l’impasse provoquée par son « non », lors du référendum sur le traité de Constitution européenne.
Le contraste est, il est vrai, saisissant ! Lors du débat de l’entre-deux-tours, le 2 mai dernier, la « question turque », qui a plutôt été en retrait dans les thèmes de la campagne présidentielle jusqu’à présent, donne lieu à une confrontation longue et animée entre les deux candidats. « Si la France dit non , la Turquie ne rentre pas ! » dit Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal qui lui rappelle que des engagements ont été pris. Quelques jours plus tard, au lendemain de son élection, la relance de l’Europe est devenue l’un des premiers soucis de Nicolas Sarkozy qui annonce que « la France est de retour en Europe ». Or, Bruxelles s’inquiète de la position française sur les négociations avec la Turquie. La France bloquera-t-elle, en particulier, l’ouverture des trois nouveaux chapitres de ces négociations, prévue avant la fin de la présidence allemande, le 27 juin ? Dès la visite qu’il rend au Président de la Commission européenne, peu après son investiture, Nicolas Sarkozy lève l’hypothèque. La candidature turque est pour lui une question secondaire qui ne doit pas entraver la relance de la construction européenne et l’élaboration rapide d’un traité simplifié, se substituant au traité de Constitution européenne. En réalité, c’est d’abord l’urgence de la crise européenne qui écarte provisoirement l’épée de Damoclès française, car la relance de l’Europe est pour le président français un impératif politique et économique.
Le « non » à la Constitution, en effet, a fortement isolé la France, en Europe. Il y a quelques semaines, les 18 pays qui ont déjà ratifié la Constitution européenne, se sont réunis à Madrid pour envisager une solution à la crise institutionnelle que traverse l’Europe. C’est la première fois que la France est absente d’un grand sommet européen. Cette humiliation a profondément touché la diplomatie d’un pays qui s’est toujours considéré comme l’un des acteurs indispensables du projet européen. Dès lors, on comprend que le nouveau président ait voulu profiter de son état de grâce pour changer la donne. « On a perdu trop de temps… il faut maintenant aller vite et le traité simplifié, c'est la seule solution possible pour sortir l’Europe de la paralysie relative dans laquelle elle se trouve à l’heure actuelle », a notamment déclaré Nicolas Sarkozy à l’issue de la conférence de presse qu’il a tenue avec le président de la Commission européenne.
Mais il faut voir que cette attitude présidentielle sur l’Europe rencontre aussi des préoccupations d’ordre économique. En effet, pendant la campagne électorale, Nicolas Sarkozy a annoncé un programme de transformations profondes de l’économie française. Or, celle-ci est désormais fortement intégrée à l’Europe et il est capital, dans cette perspective, que la France retrouve la confiance de Bruxelles ainsi que celle des principaux États-membres.
Secondaire dans le contexte actuel, la « question turque » n’est pourtant pas définitivement entendue. Le Président français a d’ailleurs redit, à Bruxelles, son hostilité à l’entrée de la Turquie dans l’UE. Mais il est vrai qu’il a fortement calmé le jeu en dépêchant à Ankara, son conseiller diplomatique, Jean-David Levitte, pour essayer de trouver « une façon de travailler avec les Turcs ». Le statu quo actuel risque, en effet, de durer un certain temps car, bien que l’idée française de traité simplifiée ait reçu un premier accueil favorable, il faut bien voir que cette route risque d’être longue avant qu’elle parvienne à sortir l’Europe de la crise. Beaucoup des pays qui ont ratifié la Constitution seront en fait dans une position idéale pour exercer des pressions sur le contenu de ce nouveau traité.
Il est donc probable que la « question turque » est appelée à rester une question secondaire pour le Président français pendant encore un certain temps. Sans doute ce dernier espère-t-il que le statu quo actuel permettra aux adversaires de la candidature turque de convaincre les partisans de celle-ci de la nécessité d’envisager une solution alternative dont on se demande bien d’ailleurs ce qu’elle pourrait être. Mais l’on peut également penser que les meilleurs soutiens d’Ankara et la Commission européenne en particulier estiment que le pragmatisme provisoire qu’a affiché Nicolas Sarkozy ces derniers jours sur la « question turque » pourrait devenir un phénomène durable…
JM

vendredi 1 juin 2007

Pourquoi l’AKP a choisi la confrontation.


Depuis le début des débats qui ont précédé la tenue de l’élection présidentielle finalement annulée, on ne peut manquer d’être étonné par l’obstination qu’a eue l’AKP à maintenir le cap pour poursuivre sa démarche de conquête de la présidence. Que ce parti considère qu’il est normal que, dans une démocratie parlementaire, le parti majoritaire puisse élire le candidat de son choix est une chose, mais, compte tenu de ses stratégies antérieures et du tour pris par les événements, on peut penser qu’il aurait été plus réaliste de présenter un candidat acceptable par tous. L’opposition et « l’establishment » étaient d’ailleurs apparemment prêts à accepter une personnalité membre de l’AKP, à condition qu’elle soit consensuelle et que son épouse ne soit pas voilée. Pourquoi donc avoir choisi de suivre le camp laïque dans l’escalade qui l’a conduit à faire de la Présidence un symbole ? Peut-être parce que la Présidence est aussi un symbole pour l’AKP…
Mais si la question de savoir pourquoi l’AKP a pris le risque de la confrontation mérite aussi d’être posée, c’est parce que l’attitude du parti de Recep Tayyip Erdogan a toujours été dominée antérieurement par le pragmatisme et la recherche du compromis. Rappelons en effet que la fondation de l’AKP a pour origine les critiques émises par une tendance modernisatrice du « Refah », dans les derniers mois d’existence de la formation islamiste (fin 1997), à l’encontre de la stratégie adoptée par Necmettin Erbakan lorsqu’il était chef de gouvernement en 1996/97. Ces critiques mettaient en avant le fait qu’un gouvernement islamiste ne pouvait pas se permettre d’engager un bras de fer permanent avec « l’establishment », qu’il devait jouer au contraire la carte du compromis. Ces mêmes critiques furent encore à l’ordre du jour pendant le court épisode du « Fazilet Partisi », notamment lors du seul congrès que tint ce parti avant d’être dissous à son tour, en 2001. La préoccupation globale qui a accompagné la marche de l’AKP vers le pouvoir a été en fait l’idée selon laquelle le parti islamiste, de formation protestataire devait se muer en parti de gouvernement et abandonner la référence à l’islamisme.
Or, depuis le début de la polémique suscitée par la possible candidature de Tayyip Erdogan à la Présidence, tout s’est passé comme si l’AKP avait un but atteindre, une revanche à prendre et une nouvelle étape à ouvrir dans la perspective de la prochaine législature. Pour beaucoup, il y avait là le signe que l’ère de la démocratie sécuritaire était en train de s’achever et qu’on allait voir le bout des interventions militaires dans le système politique turc. Mais certains indices comme la forte présence et les interventions saillantes de Bülent Arinç (l’éminence grise de Milli Görus), dans les semaines qui ont précédé la tenue de l’élection et à des moments déterminants de surcroît, peuvent aussi laisser craindre que d’autres enjeux moins avouables aient été à l’ordre du jour.
Dans cette stratégie de la confrontation, le pas a été franchi avec la candidature d’Abdullah Gül à la Présidence. Le choix inattendu du Ministre des Affaires étrangères a clairement signifié que le renoncement de Tayyip Erdogan ne signifiait nullement une abdication de l’objectif fixé. Abdullah Gül, dont l’épouse voilée a poursuivi la Turquie devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme, à la fin des années 90, n’est en rien un candidat de compromis et sa candidature a accru encore la tension existant au sommet de l’Etat. L’échec de la candidature du ministre des Affaires étrangères lors du premier tour de l’élection, le 27 avril, n’a pas entamé non plus la détermination de l’AKP, Abdullah Gül s’est présenté une nouvelle fois devant l’Assemblée, le 6 mai, et à l’issue de ce second échec, l’AKP a fait adopter par le Parlement une révision constitutionnelle tendant à faire élire le Président au suffrage universel. Ce projet ayant été bloqué par le veto du Président Sezer, l’AKP l’a refait voter par le Parlement et l’a présenté à nouveau au Chef de l’Etat et ce, alors même que la conduite de cette réforme semble être à terme très incertaine. En effet, si Ahmet Necdet Sezer soumet dans 15 jours le texte à référendum après avoir refusé de l’entériner, il faudra qu’au moins 120 jours s’écoulent pour que ce référendum puisse se tenir. Entre temps le nouveau Parlement aura peut-être déjà réélu un Président. Élaboré dans l’urgence dans un contexte de tension, ce texte accroît les incertitudes auxquelles est confrontée depuis plusieurs semaines la vie politique turque. Il n’est jamais bon de conduire des réformes fondamentales en période de crise. Alors pourquoi le faire au risque d’accroître l’instabilité actuelle quand on est un parti soit-disant responsable, mûr et démocrate ?
La conduite aventureuse de cette réforme constitutionnelle notamment amène sérieusement à s’interroger sur la maturité l’AKP qui, après avoir décidé d’abandonner le terrain du compromis semble avoir choisi de jouer la carte de la victimisation. Il y a là un comportement que l’on avait déjà pu observer chez l’AKP au pouvoir, souvenons-nous il y a deux ans du débat sur la pénalisation de l’adultère… En proposant des projets voués à l’échec, c’est-à-dire inacceptables non seulement par l’opposition laïque mais aussi par de larges fractions de la société turque, le parti de Tayyip Erdogan essaye de se poser en victime lorsque finalement les projets en question échouent. La démarche est d’autant plus payante que le parapluie européen fonctionne désormais souvent en faveur du Premier Ministre et de ses partisans. L’Europe qui pendant longtemps avait eu peur des islamistes du « Refah » a été séduite par les post-islamistes de l’AKP. En tout cas, c’est ce que pensent ces derniers dont les leaders ne cessent d’expliquer qu’ils ont le soutien des gouvernements européens. Or la situation est beaucoup complexe, disons ici pour aller vite, que l’Europe se pose encore des questions sur l’AKP, que tous les partisans de l’AKP ne sont pas de parfaits démocrates convaincus des vertus de la laïcité et que tous les membres de l’opposition ne sont pas des militaires en mal de putsch.
Il est vrai que la crise présidentielle et la convocation d’élections législatives anticipées contribuent à polariser les tensions. Mais, alors même que cette crise n’a pas débouché sur une rupture de l’ordre social et politique, on dirait que ses protagonistes s’épuisent actuellement à reproduire les conflits politiques d’antan. Les uns jouent ainsi au coup d’Etat tandis que les autres jouent à en être les victimes. Il est notamment amusant de voir qu’actuellement les militants de l’AKP essayent de mobiliser l’opinion en prétendant que l’on a empêché l’élection d’un « président pieux » tandis que ceux du CHP s’emploient, pour leur part, à convaincre ceux qui seraient tentés de voter pour l’AKP qu’ils risquent de jeter leur suffrage aux orties car l’armée ne permettra pas à ce parti de demeurer au pouvoir.
En dépit des tensions actuelles, soyons optimistes, cette reproduction atténuée des drames du passé est sans doute le signe d’une forme de pacification des rapports politiques. Car fort heureusement, l’armée est dans ses casernes et le gouvernement n’est pas en prison. Mais les Turcs attendent peut-être autre chose de leurs responsables politiques… entre autres qu’ils mettent enfin en scène la démocratie et pour de bon !
JM